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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 18:30






Jean ECHENOZ
Courir

Editions de Minuit
2008

























L'auteur

Jean Echenoz est né en 1947 à Orange. Il a publié son premier roman, Le Méridien de Greenwich en 1979. Ensuite, il a notamment obtenu le prix Médicis avec Cherokee en 1983 et le prix Goncourt en 1999 avec Je m'en vais. Courir est son treizième roman. Avec ce texte, Echenoz s'attelle pour la troisième fois à la biographie d'un personnage célèbre. Le triptyque a été entamé par Jérôme Lindon en 2001 puis viennent Ravel en 2006 et enfin Courir.  La particularité de cet auteur est qu'il a toujours été publié aux éditions de Minuit.

Résumé

Le récit commence en 1938 en Moravie, région de la Tchécoslovaquie et il coïncide avec l'arrivée des Nazis. Emile a 17 ans, il est beau, il sourit beaucoup mais il ne court pas. Il déteste cela. Alors qu'il est ouvrier dans une usine de chaussures, Bata, on lui impose de courir à l'occasion d'un cross. Le sport est une corvée pour lui mais il n'a pas le choix, il se plie aux règles, fait de son mieux. Il court si bien qu'il arrive second de ce cross-country organisé par la Wehrmacht. A partir de cet instant, il ne cessera plus de courir, de progresser et de gagner. Sa méthode d'entraînement est basée sur la vitesse et la souffrance, cela va forger sa légende. Il travaille tellement dur à l'entraînement que les courses sont pour lui synonyme de plaisir. Une fois la guerre finie, il s'engage comme simple militaire dans l'armée. Ainsi à chacune de ses grandes victoires, il est promu à un nouveau grade dans l'armée. Malgré son absence absolu de style, son palmarès est éloquent :

quadruple champion olympique entre 1948 et 1952
18 records du monde
triple champion d'Europe

Zatopek est l'idole du pays et devient suite à ses innombrables succès l'emblème du régime communiste. La « locomotive tchèque », son surnom, reste invaincue de 1948 à 1954 sur 10 000m. C'est un sportif d'élite et il devient un instrument de propagande idéal. Il représente le parti aux quatre coins du globe et ne cesse d'être promu au sein de l'armée.
 
A la fin sa carrière sportive, après les jeux de Melbourne en 1956, il est nommé colonel. Ensuite, il devient directeur des sports au ministère de la défense jusqu'en 1968.


Lors du printemps de Prague en août 1968, alors qu'il défend la cause des Tchécoslovaques, il prend la parole tant bien que mal devant les manifestants. Les Soviétiques le sanctionnent et le radient de l'armée. Il est expédié dans une mine d'uranium pendant 6 ans puis devient éboueur. Cette dernière mission est un échec pour le parti. Deux ans plus tard, il est libéré et reprend le cours de sa vie.


Style et analyse

Echenoz respecte la chronologie des multiples exploits du Tchécoslovaque. Il ne met pas de dates, ni de temps pour les courses de Zatopek. Il survole les principaux résultats de sa carrière mais en revanche, il s'attarde plus sur des anecdotes particulières et des points de caractère du coureur. Il est intéressant de remarquer que Zatopek a exclusivement couru sous des dictatures (nazie et soviétique). Il a toujours couru pour quelqu'un, dans un premier temps l'usine, ensuite l'armée et enfin le PC.

On peut noter un parallélisme entre la première phrase du premier chapitre et celle du dernier. Premier chapitre : « Les Allemands sont entrés en Moravie.»
Dernier chapitre : « Les Soviétiques sont entrés en Tchécoslovaquie. » Les périodes historiques sont indissociables du parcours de Zatopek. Echenoz nous le fait remarquer à sa manière. Dans le roman Je m'en vais, il a utilisé la même phrase introductrice et finale "Je m'en vais". Il reprend la même sorte de procédé avec Courir.  C'est une boucle historique, plus de 30 ans d'occupation.

Dans ce roman, on assiste à la construction et à l'ascension inéluctable d'une vedette jusqu'à sa consécration. L'écriture d' Echenoz est épurée, son style descriptif sied à merveille car il est dénué de tous détails inutiles. Il y a beaucoup de rythme dans le roman à l'image du personnage central. L'auteur fait ressortir une sorte de côté candide chez l'athlète, cela le rend sympathique et agréable.

Extraits

« Ce n'est pas normal, ce n'est absolument pas normal. Ce type fait tout ce qu'il ne faut pas faire et il gagne. » [p.46]

« Emile, on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. » [p.49]

« Quand il parcourt les rues de la ville derrière sa benne avec son balai, la population reconnaît aussitôt Emile, tout le monde se met aux fenêtres pour l'ovationner[...] Jamais aucun éboueur au monde n'aura été autant acclamé » [p.141]

Sources

http:/www.volodalen.com/32historique/zatopek.htm

http:/www.leseditionsdeminuit.com


Quentin Legeard
, 2ème année Bib.-Méd.


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commentaires

Chatte Anglaise 11/10/2016 17:50

Courrir c'est un peu comme faire l'amour, ca épuise et ca fait suer :)

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