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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 00:08



John BERGER
Joue-moi quelque chose
Titre original : Once in Europa
Traduit de l'anglais par Elisabeth Janvier
Editions Champ Vallon / Curandera, 1990
Réédition Le Seuil, Points, 1996

























Joue-moi quelque chose est un recueil de cinq nouvelles à travers lesquelles John Berger nous présente des « situations de l'amour », le tout sur fond de vie paysanne à la fin du XXe siècle, en Haute-Savoie. Des morceaux de vie nous sont racontés : l'histoire d'Odile, veuve à 17 ans ; celle de Boris qui a tout donné, y compris sa vie pour une femme qui n'a d'intérêt que pour ses biens ; ou encore celle de Félix, célibataire.


John Berger, écrivain et artiste anglais, restitue avec une grande justesse ce monde rural et montagnard, grâce à sa propre expérience puisqu'il est haut-savoyard d'adoption depuis les années 70. Au fil des lignes, les montagnes surgissent, puis les hommes qui les habitent, jusqu'à ce que le livre ne devienne plus que l'âme de cet univers, tant et si bien que finalement, il pourrait s'agir de n'importe quelle autre montagne au monde.


Son écriture magnifie l'univers paysan et devient poétique parfois -d 'ailleurs deux poèmes ouvrent et closent le recueil. Cela crée un contraste avec les activités parfois très prosaïques qui sont décrites, et John Berger joue avec ce contraste. Ses personnages ont une réelle profondeur et il nous dépeint des sentiments vrais.


Je m'attarderai sur une nouvelle qui m'a particulièrement touchée : il s'agit de " L'accordéoniste ".

Le personnage principal, Félix, est célibataire et vit avec sa mère Albertine. Mais l'année commence mal (il y a trop de taupes), et en effet Albertine va mourir, laissant Félix seul pour faire tourner la ferme. Il se résigne d'abord à sa solitude, mais il a très vite des accès de colère et de profonde tristesse. Finalement, pour ne pas perdre pied, il sort son vieil accordéon et en joue à ses vaches un soir. L'accordéon devient dès lors sa raison de vivre.


Pour moi cette nouvelle reflète tout le talent de John Berger. Le lecteur est immergé dans le travail de Félix, dans la vie des personnages. Ceux-ci sont très touchants, notamment Albertine qui attend sa mort et qui « voulait bien se charger de leurs commissions pour l'au-delà ». L'écriture est très belle, truffée d'échos, et les contrastes créés deviennent même humoristiques (avec une scène mémorable où Félix tue une taupe !).


John Berger rend avec ce recueil un bel hommage à ces hommes et à ces femmes de la montagne.


« Il s'étendit auprès de sa mère sur le grand lit. Comme ça, il pouvait l'entendre respirer pendant la nuit. Elle s'écarta légèrement, tourna sa tête sur l'oreiller et lui demanda à boire. Il approcha un verre d'eau de ses lèvres. Elle n'eut pas la force de lever la tête. Il dut la lui soulever. Il la sentit toute légère dans sa main, comme une petite laitue. » " L'accordéoniste "



Anaïs B, 1ère année Édition-Librairie


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Published by Anaïs - dans Nouvelle
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