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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 19:08





Stefan Zweig,
Amok ou le Fou de Malaisi
e
,

suivi de Lettre d’une inconnue
et de La ruelle au clair de lune
Traduction de Alzir Hella et Olivier Bournac, revue par
Brigitte Verne-Cain et Gérard Rudent
Préface de Romain Rolland
Éditeur : Librairie Générale Française
Collection Le Livre de poche
2 octobre 1991

















Présentation & généralités…


Qui est Stefan Zweig ?

Stefan Zweig est né en 1881 à Vienne en Autriche. Il est issu d’une famille de riches industriels dans le textile. Sa famille est israélite mais non pratiquante. Zweig est d’ailleurs très loin des préoccupations religieuses. Il entre dans une prestigieuse école viennoise où il acquiert une solide culture générale. Il se passionne pour les arts, l’histoire et la philosophie. Après avoir obtenu son baccalauréat, il entre en faculté de philosophie. Il commence à cette époque à écrire des poèmes et à voyager (Belgique, Allemagne, France…).

En 1904, il devient docteur en philosophie. Il continue ses excursions à travers l’Europe puis l’Asie, les Etats-Unis, Cuba, la Jamaïque… Zweig aime rencontrer de nouvelles cultures.

La Première Guerre mondiale le traumatise par sa violence et sa cruauté. En effet, Zweig est profondément pacifiste. Entre 1917 et 1934, les publications s’enchaînent, Zweig parvient à se bâtir une notoriété.

La montée du nazisme commence à l’oppresser. En 1933, les œuvres de Zweig retrouvent celles d’auteurs comme Sigmund Freud, Albert Einstein, Bertolt Brecht, Paul Klee… sur une place de Berlin où ils sont tous brûlés en autodafé.

Cette action n’est pas anodine, comme le dit Heinrich Heine, « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes.  »

En 1934, il fuit ce contexte pour se réfugier à Londres.

L’entrée des troupes hitlériennes en Autriche le dissuade de rentrer définitivement chez lui. Après un passage à New York, il s’installe au Brésil où il finit ses jours.

En février 1942, il décide de mettre fin à ses jours avec sa femme. Ils ne supportaient plus la tournure que prenaient les choses, la haine et le malheur ambiant.

Zweig est aujourd’hui reconnu pour des œuvres comme La Confusion des sentiments (1926), Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme (1929) ou encore le Joueur d’échecs (édité à titre posthume en 1943)… Notons également ses talents de biographe. Il a signé soixante œuvres.

De l’image donnée par cet homme émane un profond sentiment d’injustice et d’incompréhension. A travers des anecdotes et biographies se dessine une personne qui souffre de l’intolérance et  du manque de compassion entre les hommes. Son œuvre est marquée par cette tentative de comprendre la logique des comportements les plus troublants voire inexcusables…



Présentation de la nouvelle : Amok ou le Fou de Malaisie


Stefan Zweig porte un grand intérêt aux cultures du monde, il est très curieux de découvrir les mœurs indigènes par exemple. En 1908, il part quelques mois en Asie ; ses biographes supposent qu’il y a puisé son inspiration pour la rédaction d’Amok.

L’auteur à travers cette œuvre tente de dresser une sorte de portrait du psychisme humain dans ce qu’il a de plus paradoxal et de plus incompréhensible. Le phénomène de l’amok illustre bien cette perte de contrôle.

Initialement, Amok  a été publié dans un journal viennois en 1922 et va être intégré dans un recueil de cinq nouvelles la même année.

L’édition française place Amok en tête d’un recueil de seulement trois nouvelles :Lettre d’une inconnue et la Ruelle au clair de lune. Ces trois écrits sont dans la même logique : faire réfléchir et susciter un questionnement sur la définition de l’humanité et ses limites.

Adaptations cinématographiques : 1927 par Constantin Mardjanov, 1934 par Fédor Ozep,
1944 par Antonio Momplet et 1993 par Joël Farges.


Synopsis

Calcutta. Un voyageur embarque sur l’Océania pour regagner l’Europe. La nuit cet homme sort sur le pont prendre l’air, au calme. Sa rêverie est troublée par l’irruption d’un inconnu.

La discussion peine à s’enclencher mais finalement le mystérieux visiteur se laisse aller à quelques confidences… Nous apprenons qu’il est médecin, exilé de force en Malaisie après une faute professionnelle. Sa vie là-bas n’a été qu’en empirant : solitude, mal du pays, alcool… bref, il se retrouve dans une sorte de léthargie mentale, dans un ennui profond.

L’arrivée d’une riche Anglaise dans sa vie va tout bouleverser jusqu'à un point de non retour. Cette dame est venue frapper à sa porte avec l’intention de se faire avorter le plus discrètement possible. La bourgeoise pétrie d’orgueil énerve le médecin qui souhaitait un peu plus de considération. Une proposition indécente du docteur va clore ce rapport de force, la belle blonde tourne les talons et s’échappe. Fou de rage, le docteur part alors à sa poursuite en oubliant morale, bienséance et conscience. Son état incontrôlable le mène en ville où il tente de reprendre contact avec elle. Peu à peu, il reprend ses esprits. Pris de remords, il cherche à s’excuser, seulement il est trop tard. Lorsqu’il parvient à la voir, la gente dame est mourante… L’opération sauvage a mal tourné. Le médecin va alors rester à son chevet jusqu’à ses derniers instants. En lui promettant de garder son secret à jamais, il se chargea d’annoncer la terrible nouvelle au mari dès son retour…

Nos deux confidents se séparent, comme si de rien n’était… La nouvelle se referme sur un étrange fait divers…

Munch, Le Cri

Qu’est ce que l’amok ?


L'amok est un comportement spécifique à la culture malaise, par lequel le sujet, pour venger la mort de l'un des siens ou simplement pour une insulte, « court l'amok » et tue autant de personnes qu'il le peut jusqu'à ce que lui-même soit mis à mort. Par extension, le terme désigne un forcené dont le symptôme est la grande propension du sujet à injurier ceux qui l'entourent. Dans certains cas, une maladie mentale peut être associée à l’amok.

Dans le livre de Zweig, le médecin est frappé de ce syndrome qu’il définit lui-même comme un état plus fort que l’ivresse, « c’est de la folie ». Ici le médecin est bel et bien dans une course destructrice mais ne tue pas. Il ne contient ni ses gestes ni sa force mais est plus dans un état de violence extrême que dans la pulsion meurtrière. Le comportement de « l’intruse » a été le déclencheur d’un mal être latent qui gangrénait l'homme depuis un moment.

Au cours du récit, Zweig traduit cet état d’excitation intense à couper le souffle par un récit haletant. L’emploi des points de suspension montre une certaine confusion, la profusion des pensées et la difficulté de mettre de l’ordre dans tout cela. Il donne une définition de l’amok : le déclic est intempestif, brutal. On passe d’un état quasi léthargique à une fureur hors norme. « Il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où…[…]Tandis qu’il court, la bave lui vient aux lèvres, il hurle comme un possédé… » A la lecture de cet extrait, on pourrait croire être face à un chien enragé.



Comprendre Amok : les méandres de la psychologie…


Le récit cadre ou l’enchâssement

D’emblée, la structure du texte apporte une dimension confidentielle. L’emploi de l’enchâssement est vraiment très intéressant dans l’approche d’une confession relevant de la nécessité vitale.  

Le narrateur en voyage en Asie souhaite rentrer en Europe. Il embarque à Calcutta. Ce bateau est surchargé, il y a beaucoup de monde. Le récit « extérieur » s’installe. Le narrateur se réveille oppressé en pleine nuit et décide de faire un tour sur pont. Un calme apaisant y règne. S’imprégnant de l’air du large, il se laisse aller à la flânerie. C’est là qu’un homme mystérieux fait irruption dans ses pensées.

Le récit « interne » se met peu à peu en place. Les interruptions du monde extérieur sont très présentes : « la cloche du navire », « le verre cliqueta légèrement dans l’obscurité »… Au fil de son discours, son interlocuteur s’efface à certains moments pour venir à point nommé relancer la machine et lui signifier son écoute.

Le récit cadre soutient ici le récit intérieur.

Le médecin raconte son histoire à une oreille attentive, rappelant étrangement une séance de thérapie. Il cherchait désespérément quelqu’un à qui parler, une personne qui tiendrait le rôle d’un médiateur, d’un confident.

Il est important de souligner le fait que cette discussion à bâtons rompus se déroule en pleine nuit, à la lumière des étoiles. La nuit est propice aux rêves, aux cauchemars. Elle dénote quelque chose de secret, de malsain, la volonté de dissimuler, les non-dits…

Autrement dit, le récit cadre nous rapproche de la réalité alors que le monologue du médecin reste délirant. Le premier narrateur en vient même à se demander si cette rencontre a bel et bien été réelle. Un parallèle entre la réalité et la fiction en ressort.

Le contexte du bateau symbolise beaucoup de choses. La traversée matérialise l’évolution : le déplacement géographique implique nécessairement le temps qui passe, temps nécessaire à un travail sur soi. Etre sur un bateau entre l’Asie et l’Europe, c’est être dans un no man’s land, coupé de toute communication extérieure. L’isolement des deux narrateurs est à deux niveaux : sur un bateau au beau milieu de l’océan, sur le pont désert en tête à tête.

Cette situation facilite la confession et surtout évite tout désistement. Le médecin se retrouve face à lui-même en quelque sorte, rien ne l’empêche de se confier si ce n’est la honte.

Plus généralement, le récit cadre est redondant dans l’oeuvre de Zweig… Par ce biais, il se permet de narrer des histoires amorales. Ce discours qu’on pourrait qualifier d’indirect lui donne la liberté d’aller plus loin.


Les personnages

« Il est l’artiste-né, chez qui l’activité créatrice est indépendante de la guerre et de la paix et de toutes les conditions extérieures, celui qui existe pour créer : le poète, au sens goethéen. Celui pour qui la vie est la substance de l’art ; et l’art est le regard qui plonge au cœur de la vie. Il ne dépend de rien, et rien ne lui est étranger : aucune forme de l’art, aucune forme de la vie » écrit Romain Rolland dans la préface.

Zweig est très attaché à la psychologie de ses personnages. A travers son œuvre, il décortique les passions humaines même sous leurs aspects les plus abjects.

L’amok se définit lui-même pendant sa période de « transe ». L’attachement qu’a mis Zweig à décrire le contexte dans lequel tout se déroule nous permet de comprendre un peu mieux.

L’aspect pathologique parfaitement décrit dans les pages d’Amok se retrouve dans le Joueur d’échecs. Ces deux nouvelles se retrouvent sur plusieurs points. L’image de l’obsessionnel maniaque ne se manifeste pas de la même façon, ce que Zweig met un point d’honneur à souligner. L’influence de son ami Freud est ici évidente.

D’autres écrits se sont construits autour d’une problématique psychologique, la passion amoureuse, des sentiments démesurés, la perte de toute conscience des choses...





Aujourd’hui Stefan Zweig est toujours d’actualité avec la parution d’une nouvelle inédite Le Voyage dans le passé, chez Grasset, édité en 1929 à Vienne…












Pauline COSTA, AS Edition/Librairie





Voir aussi :


Witold Gombrowicz et Stefan ZWEIG, article de Mélaize


Articles de Marion et Coralie sur Amok

Articles de Claire et de Charlotte sur Vingt-quatre heures de la vie d'une femme.

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Published by Pauline - dans Nouvelle
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