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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 10:14











Cormac MCCARTHY
La Route (The Road)

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch.
Éditions de l’Olivier, 2008.



















Une catastrophe planétaire s’est produite. On retrouve un père et son fils rescapés, marchant sur la route en direction du Sud espérant trouver un climat plus doux.

Leurs prénoms ? On ne les saura pas. Les mots : « papa » « l’homme » « l’enfant » « le petit » seront les seuls termes pour les désigner. Que s’est-il vraiment passé sur terre ? On ne le saura pas non plus. Quand l’apocalypse a-t-elle eu lieu ? Il y a 8 ans au moins, peut-être plus. Quelle importance après tout, l’auteur ne cherche pas à décrire une tragédie mais le lien qui unit un père et son fils dans pareille situation et les sinistres pensées qui hantent leurs cauchemars, leurs existences.

L’auteur nous projette dans un monde dévasté, où seules les ruines et quelques être humains subsistent, dans lequel la vie a été remplacée par la survie et où la notion d’agréable a disparu pour laisser place à celle de peur.

Le roman est rythmé par la recherche constante de nourriture, d’un abri et de lutte contre le froid des deux protagonistes. La redondance des événements est entrecoupée de temps en temps par la confrontation avec d’autres être humains. Ces derniers semblent vidés de leur humanité et invariablement perçus comme le mal par le père, tandis que l’enfant espère rencontrer « des gentils » qu’il faut aider.

L’homme veut couper court à toute entraide avec les personnes rencontrées, l’égoïsme est le seul mot d’ordre dans un monde détruit où ce que l’on possède est avidement convoité. Pourtant sa relation avec son fils est faite de générosité, d’altruisme. L’homme ne vit que pour son fils, développant une protection paternelle exagérée se traduisant par un dévouement perpétuel. Il le considère même comme « la parole de Dieu ».

Les rares dialogues sont brefs, concis et souvent ils concrétisent la peur, l’approche de la mort. La notion de mort est omniprésente dans ce roman, à tel point qu’elle finit par constituer l’environnement, comme une menace constante qui ne se compte qu’en semaines, en jours, en heures. L’enfant est d’une lucidité effrayante à ce propos, demandant régulièrement à son père s’ils vont mourir bientôt, parfois même, souhaitant mourir.

Le style d’écriture épuré de l’auteur renforce l’impression d’un monde proche du néant. Les dialogues sont également épurés autant dans le contenu que dans la forme. L’auteur n’indique pas qui parle, il faut le comprendre. L’absence de tirets est également surprenante.

 On ne peut s’empêcher en refermant ce livre de se sentir soulagé de pouvoir échapper à cet univers angoissant. D’autant plus angoissant quand la société dans laquelle on vit nous rappelle sans cesse qu’une catastrophe écologique nous guette. Le roman de Cormac McCarthy sonne alors comme une sombre prédiction. C’est donc un réel plaisir de refermer ce livre et de réaliser qu’on a le ventre plein, peut-être même un peu trop, qu’il fait chaud et que l’on va s’endormir dans un lit douillet !

 
«Au bout d’un moment il se tourna et regarda l’homme. (…)
 Est-ce qu’on va mourir ?
Un jour. Pas maintenant.
Et on va toujours vers le sud.
Oui.
Pour avoir chaud.
Oui.
D’accord.
D’accord pour quoi ?
Pour rien. Juste d’accord.
Dors maintenant.
D’accord.
Je vais souffler la lampe. D’accord ?
Oui. D’accord.
(…)
Tu ferais quoi si je mourrais ?
Si tu mourais je voudrais mourir aussi. »

The Road a reçu le James Tait Black Memorial Prize et le Prix Pulitzer en 2007.


Marion Philippeau, 1ère année Édition-Librairie

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Published by Marion - dans dystopies
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