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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 19:08






Jean-Pierre ANDREVON
Le travail du furet
,
Gallimard, 2004
Folio/SF n°162































« Pendant qu'il était en train de me raconter sa vie, j'avais commencé à tripoter mon Nachita, que j'avais ramassé sur mon lit. Sans avoir l'air de rien, je jouais avec le chien et le cran de sécurité, clac, clic, clac, clic.
Quand Steranko m'a jeté :
- Alors, qu'est-ce que tu vas faire?
J'ai simplement répondu :
- Mon boulot.
Et d'un même mouvement j'ai débloqué le cran, j'ai levé le bras, j'ai rabattu le chien en arrière et j'ai pressé la queue de détente. Le pistolet a sauté dans ma main, la 11,7 est rentrée dans la poitrine de Steranko juste sous le sternum, comme on nous l'apprend à l'entraînement, et lui a fait éclater le coeur.
Steranko a bondi en arrière, il est venu heurter le mur contre le poster de Bogart, il avait l'air très étonné. Steranko, pas Bogart. Bogart ne s'étonne jamais de rien. [...]
Un peu de sang avait giclé de son dos quand la balle l'avait traversé avant de faire un trou dans le mur, et avait éclaboussé le veston noir de Bogey. Steranko m'aurait vraiment fait chier jusq'au bout.
Mais il était parti au pays des grandes chasses sans connaître les réponses à ses questions. Il était parti avec une seule certitude : on n'échappe pas au contrôle, pas plus que les poules n'échappent au furet. »

Le travail du furet, page 110.


    Le décor est planté ! Pas tout à fait en réalité. Il faut ajouter que cette histoire se passe en France, à Paris, aux alentours de 2064. La Tour Eiffel est toujours là avec ce bon vieux périphérique parisien et nous sommes toujours soixante millions d'habitants. Rien de bien différent en somme ? Eh bien si.

    La grande différence du XXIe siècle, c'est que tout va très bien, la population se porte à ravir, les conditions de vie sont très bonnes, la mortalité diminue, la population est florissante !

    Mais pour éviter une surpopulation difficile à gérer en raison des pénuries de ressources naturelles, 400 000 citoyens sont supprimés chaque année. Mais attention ! Aucun favoritisme ! Atropos, le Grand Ordi, procède chaque matin à un tirage au sort funeste.

     Sa volonté est éxécutée tous les jours par les furets, sortes de fonctionnaires assermentés qui “liquident” leurs “gibiers” de la façon qui leur semble la plus appropriée.

    Notre héros, vous l'aurez compris, est un de ces furets. Il opère quotidiennement de façon méthodique, sans se poser de questions, jusqu'au jour où l'ombre d'un complot pointe le bout de son nez et menace la vie du seul être qui importe dans son existence : Jos.

    Nous sommes donc entraînés dans cette histoire à travers les pensées de notre furet.  En effet, le récit est à la première personne, notre héros est aussi le narrateur, ce qui confère une proximité très importante voire presque génante parfois.

    Le héros n'a pas de nom, ce qui renforce l'aspect bestial et inhumain de sa fonction. Grand fan de films noirs des années cinquante, il nous entraîne lors de ses chasses aux “gibiers”, dans les différentes strates sociales de cette France terrifiante. En effet, dans cet univers, les technologies de pointe ont définitivement séparé la population en castes avec, d'un côté,  le Centre riche, sorte de Dysneyland aseptisé, où le soleil brille toujours, de l'autre, la Nécrozone, ghetto minable, où la pluie constante ne parvient pas à laver les maux de la société.

    Nous suivons le furet dans ses chasses quotidiennes où sa seule préoccupation et de savoir quel procédé choisir pour éliminer ses victimes. Tout est permis, on passe du meurtre propre à la torture la plus sanglante, sous l'indifférence générale du reste de la population........ après tout, tant que ça tombe sur les autres, ça ne tombe pas sur nous !

    Mais l'affaire est louche, la rumeur monte, la sélection serait truquée. Notre furet commence à réflechir, à fouiner..... mais pas au bon endroit. Quand il comprend, il est déjà trop tard : Jos, sosie de Jean Seberg, est sélectionnée par le Grand Ordi. Le furet se lance alors dans une nouvelle chasse. Il veut renverser ce système qui l'a trompé, qui lui a pris tout ce qu'il aimait.

    Le travail du furet, est donc une aventure qui nous questionne sur notre rôle à jouer dans une société sous contrôle et surtout quelles sont nos possibilités d'action ou de rébellion. Notre libre arbitre a-t-il encore quelque valeur ?
    Ce livre, dans la lignée de 1984 ou Farenheit 451, est un cri d'alarme sur ce qui attend notre société. Avec beaucoup de cynisme et d'humour noir, Jean-Pierre Andrevon nous livre un roman d'anticipation filmé en noir et blanc avec une fin tout aussi glaciale que notre furet. En effet, l'avenir ne nous réserve aucun happy end, aucune morale salvatrice. Cette constatation s'impose à nous, les furets sont parmi nous.


http://jp.andrevon.com/

Tracy, AS BIB

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Published by Tracy - dans dystopies
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