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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 21:20












Christian GAILLY
Un soir au club

Editions de Minuit , 2001



















Biographie

Christian Gailly est né en 1943 à Paris. Il est issu d’une famille modeste, peu tournée vers la culture. Il découvre le jazz à 16 ans. Son père lui offre un saxophone. Il en jouera pendant dix ans avant de tout abandonner. En effet, il vit 1968 comme une année de raison. De peur de ne pouvoir vivre de sa passion, il  la délaisse et devient technicien chauffagiste, métier qu’il exercera trois ans. Puis à l’age de 25 ans, il entame une psychanalyse qu’il dit être à l’origine de son désir d’écrire. En 1980, à 37 ans, il ouvre un cabinet de psychanalyse.

Suite à la lecture de l’Innommable de Samuel Beckett  il dira : « il m’a semblé que Beckett sortait de nulle part, qu’il s‘autorisait à écrire comme il l’entendait et non en vertu d’un quelconque héritage littéraire. J’ai même cru naïvement qu’il était presque illettré. Je me suis dit alors : "c’est donc possible !" » 1 Il se met à écrire et quelques années plus tard, en 1987, Jérôme Lindon, le directeur des éditions de Minuit le contacte. C’est ainsi que débute son aventure littéraire.


Résumé


Simon Nardis, pianiste de jazz renommé, reconverti en technicien chauffagiste décide par professionnalisme d’aider, un soir, un ingénieur en difficulté. La réparation s’éternisant, il téléphone à sa femme Suzanne pour l’avertir de son retour prochain par un train de nuit. Train qu’il ne prendra jamais. Ni celui-ci ni un autre d’ailleurs. Sa rencontre avec Debbie, chanteuse et patronne du Dauphin Vert, une boite de jazz, modifie le cours de son existence. L’amour commun pour la musique est à l’origine d’un coup de foudre entre un homme et une femme plus tout jeunes. Et puis ce piano sur la scène qui n’attend que lui ! La passion dévorante qui l’animait autrefois refait alors surface. Lui qui  pratiquait « l’art au péril de sa vie » ne résiste pas à la tentation de rejouer. Dans cette boite de nuit tout peut recommencer.  Tout ce qu’il  avait voulu oublier resurgit malgré lui. Il va devoir redevenir le soliste de sa vie. Suzanne avertie par son mari de la tournure des événements, part le rejoindre en voiture. La fatalité s’en mêle…

Autour du style

Minuimaliste de renom, Christian Gailly promène le lecteur dans les méandres d’un roman traditionnel, «  remotivé » par une écriture sobre et ciselée… Ce mélange détonnant n’en est pas moins harmonieux grâce à un fil tendu qui traverse le roman : la passion pour la musique. L’amour pour le jazz de l’auteur et du narrateur teinte les mots et la structure du récit d’une douce et entraînante musicalité.


Est-il possible de tout recommencer ? La passion pour la musique peut elle à nouveau transcender comme au premier jour ? et d’un point de vue plus littéraire : qu’est ce que le style ?

Christian Gailly par le biais de Simon Nardis s’interroge sur le style, sur le sien.

Il est l’identité du créateur. Il lui est propre ; il est reconnaissable. Il est reconnaissable car singulier. Singulier et « éternel ». Toutefois, il n’est pas à l’abri de l’imitation. Faut-il voir l’imitation comme une « dépossession » ? Simon Nardis veut faire entendre ce « qu’un style a d’inimitable » puisqu’il tient à « la respiration, au rythme intérieur ». Un soir au club est selon moi un merveilleux exemple des spécificités de l’écriture de Christian Gailly.

La narration est prise en charge par un ami, peintre, de Simon Nardis. A la façon d’une mise en abyme, celui-ci raconte une histoire que Simon lui a lui-même racontée. Cela justifie les failles qui peuvent subvenir dans la narration et la familiarité du ton, les digressions qu’il introduit dans l’histoire pour justifier sa légitimité de narrateur qui sont un exemple de l’originalité inhérente à ce roman.

La singularité de ce texte réside aussi dans la corrélation entre le rythme imposé aux personnages par le monde extérieur et le rythme même de l’écriture. Ainsi, la temporalité du récit tressaille à chaque train volontairement ou non manqué par le narrateur. Le temps  s’enfuit  mais est constamment rappelé à l’ordre par la ponctualité des horaires de train.

L’omniprésence de la musique participe au rendu de cette impression. Le rythme puise avant tout son intensité dans la musicalité du texte. Les romans de Christian Gailly et notamment Un Soir au Club sont semblables à des partitions. La structure même de l’œuvre en témoigne. Au rythme de On  green dolphin street, le récit semble mimer la structure d’une partition, celle jouée par un trio de jazz : l’introduction et la conclusion rigides encadrent  les fluctuations d’une mélodie permise par les caractéristiques du jazz. Parfois les phrases s’enchaînent de façon abrupte mais dans la majeure partie de l’œuvre, le rythme est très soutenu : on finit la lecture de ces phrases à bout de souffle. Les mouvances et ondulations rythmiques plongent le lecteur au sein même de la mélodie.

Tout en cherchant à ne pas dénaturer la neutralité inhérente à l’écriture minimaliste, Christian Gailly introduit par touches un panel d’émotions.  Le protagoniste aborde le futur comme il délaisse le passé, comme entraîné par la musique. Comme je l’ai été à la lecture de ce texte.

Les émotions sont simples et la musicalité intense.


Camille Caup, A.S. Bib.

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