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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 21:34









Andrea G. PINKETTS,

Le sens de la formule,

traduit de l’italien par Gérard Lecas,

éditions Payot & Rivages, 1998.




















La trilogie de Lazare Santandrea est en réalité composée de cinq romans traduits en français: Le sens de la formule, La Madone assassine, Le Vice de l’agneau, L’Absence de l'absinthe et Turquoise fugace. L’action se déroule à Milan, au début des années 90.

Lazare Santandrea est un ivrogne et un coureur de jupons. Il est arrogant. À 30 ans, il vit toujours chez sa mère, touchante par tant de tolérance envers son fils exaspérant. Tous ces défauts, Lazare en est tout à fait conscient, il les assume, il les exacerbe. Cela l’amuse et nous aussi. Car pour sa défense, il brandit son incroyable générosité, son sens aigu de la formule, et son art de la séduction.

Pinketts définit son héros comme un double de lui-même, «plus grotesque, plus séducteur, plus milanais». En bref, une version fantasmée de lui-même, en personnage de fiction. La narration est à la première personne. Pinketts se fait donc par procuration l’anti-héros de ses polars. La proximité, l’assimilation de l’auteur et du héros est flagrante. Elles se ressentent dès la première lecture. L’implication de l’auteur dans la narration en fait la qualité.
 
Le héros de Pinketts, ainsi que la plupart de ses personnages secondaires sont des marginaux (ses amis  : Caroli l’acteur raté, qui s’obstine à vouloir faire du cinéma à Milan, alors que le cinéma italien se fait à Rome ; Pogo le Juste, chauffeur de taxi surdiplômé et véritable encyclopédie vivante; Leone la sociologue nymphomane…et bien d’autres, plus décalés les uns que les autres). En général, l’action se déroule dans les bars de Milan, où notre héros passe bien entendu une bonne partie de son temps, ce qui en fait le témoin privilégié de son époque. Il assiste à un défilé de l’espèce humaine. Il l’aime avec ferveur, l’analyse et la critique avec passion. Parfois la désillusion le guette, il sombre alors dans un complet désabusement, et noie son chagrin dans l’alcool.

L’humour est extrêmement présent. Le style est très théâtral, on y retrouve d’ailleurs les cinq formes de comique distinguées au théâtre : le comique de caractère, le comique de mots, le comique de gestes, le comique de situation et le comique de mœurs. Pour moi, les personnages se rapprochent de ceux de la Commedia dell’arte : Lazare serait une sorte d'Arlequin, dont le côté Scaramouche prend quelquefois le dessus.

Mais ces romans sont avant tout des polars. Un polar sans policiers. On peut à la limite considérer Lazare Santandrea comme une sorte de détective privé. L’intrigue est toujours étrangement absurde, déroutante, et le lecteur se laisse prendre au jeu : ainsi on poursuit avec Lazare une mystérieuse madone tueuse de clochards et son armée d’anges vengeurs ; à moins que ce ne soit cette femme-enfant de 60 ans, ancienne lauréate du concours de bonté de 1939, restée bloquée à l’âge béni de ses 7 ans, qui  assassine allègrement les pigeons et les pauvres hères qui hantent les rues de  Milan ; ces rues sont également hantées par  un étrange petit chaperon rouge qui s’est approprié l’identité et les mensonges de Nicky la mythomane au physique ingrat qui a brutalement disparu ; et quel terrible secret cache donc le jeune Absinthe Orsoni, enfant précoce et dénué de tout sentiment ?
 
Cependant , on constate que l’intrigue est souvent longue à venir, ce qui oppose le style de Pinketts à celui des polars classiques.  Pour ma part, je ne considère  pas forcément les romans de Pinketts comme des thrillers. Ce n’est en tout cas pas la définition principale que j’en ferais. Je décrirais plutôt cette œuvre comme habitée d’un profond humanisme, sensible et baroque. La lecture de Pinketts m’a soulagée de mon habituel cynisme. Avec Lazare, on retrouve un peu d’innocence et de foi en l’humanité.


Marie Lambolez, 1ère année Ed.-Lib.

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