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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 21:15




Mâkhi XENAKIS,
Laisser venir les secrets

Actes Sud, 2008.



























Makhi Xenakis est une plasticienne française. Elle passe son temps à modeler des formes et des mots à travers sculptures, dessins, et écritures. Dans ces œuvres littéraires comme dans ses œuvres plastiques, la femme donne corps au texte.

Laisser venir les secrets.

Le livre comporte deux textes poétiques : « la petite fille » et « jalousie ».

Xenakis scande ses phrases, oublie la ponctuation de sa prose. Pour « respirer ». Nous  « apprend comment rentrer l’air dans nos poumons ». Des illustrations et photographies viennent se fondre entre les deux histoires. Douleurs et guérisons. Secrets de femmes. De petites filles.

« La petite fille », on la surprend dans sa nuit.

Dessins de l’auteur et photographies d’elle, enfant. L’histoire s’annonce autobiographique. Monstres crayonnés. Peurs du lit. Angoisse suffocante de monstres tentaculaires. Elle comprend qu’il faut « les laisser venir ».Lutter alors contre la peur de la peur. La fillette  retrouve son souffle dans le dessin. Araignées terrifiantes, méduses, yeux, visages encerclent les mots.

Plus qu’une crainte des monstres, véritable description de cette matière fondatrice qu’est la peur dans nos nuits d’enfants, marquant à jamais notre inconscient imaginaire. A travers les monstres, peur de la peur, du vide, du soi. Peur de vivre. Ces peurs sont celles d’une vie. Inquiétudes existentielles.

Si l’exorcisation doit se faire, se sera par le dessin pour cette enfant.
S’ajoute à la peur, un autre « secret » : le désir. L’un et l’autre étroitement liés. Le désir charnel chez cette petite fille est ardent. Elle y hurle sa force de vie. Force de vie et désir qu’on retrouve dans les œuvres graphiques présentées.
                                                              
« Jalousie ». La prend au corps. Histoire d’une épouse, trompée par les amants.
Temps et cadre sont inexistants. La femme, happée par le vertige de ne plus être. Son univers cassé. Tourbillon de douleur, sorte de mort physique violente. La jalousie. Après le texte,  esquisse d’un nu, comme un gouffre à l’intérieur. Gangrené. Vertige de mort et apnées. L’Autre la détruit en tant que femme  Alors cerner au plus près cette jalousie. Comprendre et passer. Après. Le désir d’être, la perception de son corps dans l’instant, la volupté du temps, transforment son inertie pré-mortem en pulsions de vie.
«       elle se sent devenir une épave       objet inanimé      inutile  flottant   ballotté  perdu au milieu de la mer  de la mer noire  Médée  elle comprend soudain la douleur de Médée   son acte (…)elle se sent un peu moins dans le vide       elle marche          marche ne pense pas  elle veut juste garder l’état dans lequel elle se trouve    l’air frais du matin sur sa peau (...) »
 
Les illustrations du livre, au pastel noir, représentent des marées de cellules du corps humain, traduisant l’ivresse de vie grâce au corps vu de l’intérieur comme transposition métaphysique du moi. Tourbillon de cellules, gonflées à bloc de gouaches. Tourbillon de vie, sensation extrême de vertige intérieur.

Mâkhi Xenakis fait aussi entendre la singularité de sa voix, « pareille au ressac d’une mer familière » (dixit Louise Bourgeois, sculptrice française) dans les folles d’enfer de la Salpêtrière (2004) ; Parfois seule (1999) ; Louise Bourgeois : l’aveugle guidant l’aveugle (2008) ; et Peurs (1994).


Chloé Dragna, 1ère année bibliothèque-médiathèque

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