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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 22:07





Henry JAMES
Sir Edmund Orme

in Histoires de fantômes,
Flammarion, 1993,
G.F. bilingue






























Ecrite en 1891, "Sir Edmund Orme"  n’occupe qu’une position mineure parmi le petit nombre de nouvelles fantastiques écrites par Henry James entre 1868 (année de la publication de De Grey : a romance, sa première nouvelle du genre) et la fin de sa vie (1916) ; son récit fantastique le plus connu reste Le tour d’écrou, une autre histoire de fantôme parue en 1898.
























"Sir Edmund Orme" est racontée à la première personne par un jeune homme de la bonne société anglaise ; fréquentant les Marden (une mère et sa fille), il s’éprend sincèrement de la jeune fille, Charlotte, mais ne manque pas de remarquer que sa mère, dans des instants parfaitement anodins, est parfois subitement saisie d’une profonde angoisse, incompréhensible. Après plusieurs visites et alors qu’il prend conscience de son attachement profond pour Charlotte, il découvre l’existence de Sir Edmund Orme, un jeune gentilhomme que personne, hormis Mrs Marden et lui-même, ne semble voir. Mrs Marden lui explique que cet homme est le fantôme de son premier fiancé qui s’est suicidé quand elle a choisi d’en épouser un autre ; depuis la mort de Monsieur Marden, Sir Edmund Orme s’est attaché aux pas de sa fille - qui ne se doute de rien – veillant à ce que celle-ci ne reproduise pas la trahison de sa mère en brisant le cœur d’un jeune homme amoureux.

Le rôle du fantôme dans la nouvelle fantastique est généralement un rôle punitif ; son apparition dénonce les dysfonctionnements qui se cachent sous le carcan vertueux de la bourgeoisie et de l’aristocratie anglaise (meurtres, mauvais comportement…) et, d’une façon ou d’une autre, présage le rétablissement de la justice par le châtiment des coupables. C’est le cas ici, conférant à l’apparition d’Edmund Orme une valeur morale. C’est un personnage muet, un observateur inactif dont la présence est symbolique, rappelant sans cesse à la mère la faute qu’elle a commise dans le passé et incitant le narrateur amoureux à la prudence quant au comportement de la jeune fille :

« C’était un cas de justice vengeresse, les péchés des mères, à défaut de ceux des pères, retombant sur les enfants. La malheureuse mère devait payer en souffrances les souffrances qu’elle avait infligées ; et comme la disposition à se jouer des légitimes espoirs d’un honnête homme pouvait surgir de nouveau, à mon détriment, chez la fille, il fallait étudier cette jeune personne, pour qu’elle eût à souffrir si elle causait le même mal. Peut-être marcherait-elle sur les traces de sa mère, par quelque trait de perversité caractéristique, tout comme elle lui ressemblait par le charme ; et si on décelait cette impulsion, autrement dit, si elle était surprise à manquer à sa parole ou à commettre quelque acte cruel, ses yeux s’ouvriraient sur-le-champ, par une insidieuse et impitoyable logique, sur la « parfaite présence » qu’elle devrait alors incorporer, comme elle pourrait, dans sa conception de l’univers d’une jeune demoiselle. »

Le fantôme, qui terrorise Mrs Marden et risque d’effrayer Charlotte, fascine le narrateur qui ne le craint pas ; au contraire, il se plait à se considérer comme un cas intéressant à analyser : à une époque où l’on évoque souvent par des ouï-dire des témoignages de rencontres de fantômes, il se plait à être le spectateur curieux d’un de ces phénomènes :

« Nul doute que je fusse en proie à une grande exaltation. Je n’en revenais pas de la distinction qui m’était conférée et de l’exception – au sens d’un mystique élargissement de vision – faite en ma faveur. »

Ce détachement du narrateur confère à la nouvelle une ambiance insolite, fantastique, mais pas effrayante ; l’angoisse présente est celle de Mrs Marden, c’est à dire la frayeur d’un coupable face à un juge, purgeant sa peine et craignant qu’une autre ne s’y ajoute, comme si le fantôme était une personnification de ses remords. Les innocents – c’est-à-dire ici le narrateur et, par identification, le lecteur, savent qu’ils n’ont rien à craindre de l’apparition, qui les protège du statut de victime :

« Je finis par sentir qu’il était mon allié, veillait sur mes intérêts, attentif à ce que l’on ne me jouât aucun tour et que mon cœur au moins ne fût pas brisé.»

    Comme toute histoire de fantôme, sa tâche moralisatrice accomplie et une fois la justice rendue, l’esprit, enfin apaisé, disparaît, cessant définitivement de hanter les vivants.

«Ce fut miséricordieusement notre dernière vision de Sir Edmund Orme. »

Fany Daouk, AS Ed-Lib

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Published by Fanny - dans Nouvelle
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