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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 20:05




Patrick Modiano,
Dimanches d’août

Gallimard, 1989
Collection Folio


















L’auteur


Patrick Modiano est né en 1945 à Boulogne-Billancourt. Depuis son premier roman, La place de l’étoile, publié en 1968 et pour lequel il a reçu le prix Roger Nimier, il a écrit une trentaine de romans et récits, ainsi que des scénarios pour le cinéma et la télévision, des textes de chansons et des albums pour la jeunesse. Il est notamment connu pour avoir, dans plusieurs de ses romans, décrit de façon assez réaliste la période de l’Occupation alors qu’il ne l’a jamais connue. Son huitième livre, Rue des boutiques obscures, a reçu le prix Goncourt en 1978. Patrick Modiano a également reçu en 1984 le prix de la fondation Pierre de Monaco pour l'ensemble de son œuvre.

Dimanches d’Août est son quatorzième livre, paru chez Gallimard (collection Blanche) en 1986 ; il a été adapté au cinéma par Manuel Poirier en 2001, sous le titre Te quiero. L’histoire du film a été transposée de Nice à Lima, au Pérou.


L’histoire

Nice, boulevard Gambetta. Jean, le narrateur, s’est arrêté devant un étal de camelot, intrigué par le vendeur qui s’agite pour vendre ses manteaux. Cet homme, ce personnage plutôt déplaisant qui semble avoir perdu de sa prestance, il le reconnaît, c’est Villecourt. Il ne l’a pas vu depuis leur première rencontre dans le Val de Marne, il y a sept ans. Là où Jean a connu celle par qui tout a commencé : Sylvia.

« Tout finit par se confondre. Les images du passé s’enchevêtrent dans une pâte légère et transparente qui se distend, se gonfle, et prend la forme d’un ballon irisé, prêt à éclater. »

Ses souvenirs affluent alors de toutes parts. Au beau milieu de sa vie quotidienne qui semble pesante et passive, Jean se remémore l’histoire toute entière, par bribes. Valsant entre retours en arrière nostalgiques et récit du présent, des plages fluviales de la Marne à la promenade des Anglais, le lecteur entre de plain-pied dans un épais mystère.

Tout commence par l’arrivée de Sylvia à Nice, où l’attend le narrateur : et l’on comprend alors qu’ils viennent s’y cacher ; puis il y a ce diamant, la Croix du sud, que Sylvia porte autour du cou sans jamais l’ôter : et l’on devine que derrière ce bijou se cache un lourd secret ; enfin il y a, sur la terrasse d’un café niçois, la rencontre avec les Neal, un couple d’Américains quelque peu difficiles à cerner et qui n’inspirent pas confiance à Jean. S’il avait su...

« Plus que l’odeur de la chambre, [...] ce diamant qui scintillait dans la demi-pénombre était brusquement à mes yeux la marque éclatante d’un mauvais sort qui pesait sur nous. »

La Croix du Sud est bien au cœur même de l’intrigue. C’est autour de lui que gravitent les personnages, tantôt flous et cotonneux comme Sylvia, qui ne le quitte jamais même pour dormir, ou inquiétants comme les Neal, qui insistent pour l’acheter, ou Villecourt, qui poursuit le couple jusqu’à Nice pour le récupérer. C’est lui qui a mené Jean et Sylvia à Nice, c’est lui aussi qui les mènera à leur perte.

« Jamais nous n’avons été aussi heureux qu’à ces moments-là, perdus dans la foule au parfum d’ambre solaire. [...]Nous étions comme tout le monde, rien ne nous distinguait des autres, ces dimanches d’août ».

Patrick Modiano semble s’être inspiré d’éléments de sa propre vie pour écrire Dimanches d’Août. Dans Un Pedigree, son autobiographie parue en 2005 chez Gallimard, il écrit : « [Ma mère] passe avec mon père les mois de juillet et août 1943 dans une auberge de la Varenne-Saint-Hilaire, Le Petit Ritz. […] Baignades dans la Marne. » La Varenne-Saint-Hilaire est justement l’endroit où se rencontrent Sylvia et Jean pour la première fois : elle habite là avec Villecourt et la mère de celui-ci, tandis que Jean est de passage pour photographier les plages fluviales de la Marne.

On peut également remarquer que le prénom que Modiano donne à son narrateur, Jean, est aussi son deuxième prénom.

Enfin, l’histoire de la Croix du Sud est visiblement tirée de la vie d’Albert Modiano, le père de l’auteur, qui avait lui-même acheté à un ami banquier un diamant portant ce nom : « Georges Giorgini-Schiff avait ses bureaux 4 rue de Penthièvre. Mon père lui a acheté un très gros diamant rose la « croix du sud » qu’il tentera de revendre après la guerre, quand il n’aura plus un sou. » (Un Pedigree)


Conclusion

La construction du récit est telle que le lecteur, tenu en haleine, est mis à contribution : il tente forcément de reconstituer la chronologie des faits puisque l’histoire d’amour, mêlée à l’énigme policière, oscille sans arrêt entre le temps de la narration (le quotidien de Jean à Nice) et le temps de l’histoire (récit éclaté de ses souvenirs). La nostalgie, en trame de fond, participe à l’unité du roman.

Sources

 Modiano, Patrick. Un Pedigree. Paris: Gallimard, 2005.
http://pagesperso-orange.fr/reseau-modiano/

Pauline L., AS Bibliothèques-Médiathèques

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