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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 20:27




Didier DAENINCKX
Camarades de classe

Gallimard, 2008
Collection Blanche































Dominique Boudet, anciennement Vayon, est cadre dans une agence de publicité. C’est à travers les yeux de Dominique que le lecteur suit le fil de l’histoire. Cette quinquagénaire est minée par les soucis de son mari, qui se laisse envahir par la peur du licenciement, à quelques années de la retraite ; si son entreprise se séparait de lui, François Boudet ne pourrait pas retrouver de travail.

Un jour, alors que Dominique vaque à ses occupations sur son ordinateur, elle reçoit un e-mail, destiné à l’origine à François. Elle ne peut s’empêcher de l’ouvrir et découvre un message d’un ancien camarade de lycée de François qui tente de renouer contact avec lui grâce au site « camaradesdeclasse.com ». En effet, Denis Ternien souhaite que son ancien meilleur ami devienne parrain de sa fille. Dominique répond au nom de son mari en déclinant la demande de Denis. Alors qu’elle croyait cette réponse anodine et pensait qu’elle serait sans suite, Dominique se rend compte qu’un forum des anciens camarades de classe a été créé ce qui aiguise sa curiosité et la pousse à susciter les confidences de ces garçons devenus des hommes, toujours en se faisant passer pour François. Lorsqu’elle prend la décision d’usurper l’identité de son mari, Dominique n’arrive pas à déterminer pourquoi elle fait cela. Peu à peu, elle se rend compte qu’elle souhaite retrouver l’ancien François, celui qui n’avait pas tous ces soucis en tête et qui ne se posait pas autant de question sur son avenir.

Et puis il y a le fameux Armhur Tarpin, un ancien camarade de classe de François qui fait des révélations blessantes sur d’anciens camarades. Ses propos s’avèrent dérangeants et Armhur Tarpin couche sa prose sur le forum de plus en plus fréquemment.

Grâce au site « camaradesdeclasse.com » tous les anciens enfants d’Aubervillier font un bond dans le temps pour revivre la fin des années 60, leur engagement pour les idées communistes et révolutionnaires de 1968, mais aussi les groupes yéyés qui ont marqué toute une génération. De cette correspondance électronique, germent des visions contradictoires d’un même passé qui s’affrontent et chacun semble détenir une version qui lui est propre. Cet ouvrage nous fait découvrir qu’il n’y a pas une vérité mais des vérités, les camarades de classe retombent en enfance lorsqu’ils racontent leurs histoires mais certains d’entre eux ne sont pas ravie de se replonger dans le passé et ils semblent tous revivre leurs souvenirs avec leurs personnalités.

Depuis 1964, ces anciens camarades ont connu des itinéraires divers, marqués par Mai 1968 et la culture communiste. L’un est devenu chanteur, l’autre est à présent chimiste ou universitaire. Mais la photo de classe autour de laquelle s’organisent ces confrontations virtuelles dissimule un mystère d’un autre acabit.

Daeninckx revisite avec exactitude et altruisme la période à laquelle le parti communiste était à son apogée et nous raconte l’histoire de cette génération inscrite malgré elle dans les bouleversements des années 1960 et 1970. Dans ce roman court mais néanmoins profond par les thèmes abordé, Didier Daeninckx touche au problème de l’identité, qui dans ces années était dérangeant tant les garçons étaient cantonnés dans un cadre strict : celui de la famille. L’image du père prenait toute la place et le fils devait suivre ses traces et transmettre lui aussi les mêmes valeurs à sa progéniture. Mais la société du moment cherche à faire exploser ses images et ses cadres, ce qui crée un paradoxe qui bouleverse la question de l’identité. Didier Daeninckx a eu l’idée d’écrire ce roman lorsqu’un ancien camarade de classe a tenté de reprendre contact avec lui. Cela lui posait problème car il ne voulait pas revenir 40 ans en arrière. Cela l’a troublé d’être renvoyé à son passé par internet puisque c’est un outil moderne, qui n’existait pas dans les années 60. Il y a finalement un paradoxe, une ambiguïté, puisqu’il s’agit de se replonger dans le passé grâce à la modernité d’Internet.

Ce roman épistolaire est construit avec des emails très littéraires - « travail très littéraire sur quelque chose qui ne l’est pas » dit Daeninckx - mis en parallèle avec la volonté qu’a l’auteur d’écrire sobrement. Daeninckx nous offre sa réflexion sur le passé, question récurrente dans les œuvres de l’auteur. On ne gagne pas forcément à faire revivre le passé, « (...) mais pourtant si on ne le décrypte pas on est condamné à le revivre encore et encore ».

Charlotte Coutou, 2ème année Ed-Lib.

Voir aussi

les articles de Claire et Charlotte sur Meurtres pour mémoire.


l'article de Margaux G. sur Cannibale.

l'article de Margaux sur Ceinture rouge
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