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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 00:53




Alberto Moravia,
Le Mépris
(Il Disprezzo) 1954
1955 pour l’édition française
traduite par Claude Poncet, GF




















BIOGRAPHIE (source Wikipédia)


Alberto Moravia, pseudonyme d’Alberto Pincherle, a une vie aussi riche que son œuvre. Né a Rome en 1907, il est atteint d’une tuberculose dans son enfance. Il restera immobile pendant huit ans, ce qui lui permettra d’écrire son premier roman, Les Indifférents, publié à compte d’auteur en 1929. Sa vie est marquée par de nombreuses péripéties. Pendant la guerre, Moravia fuit le fascisme (il est issu d’une famille juive) et vit quelque temps dans la clandestinité, période qui hantera toute son œuvre. Après la guerre, il revient à Rome où il deviendra écrivain mais aussi essayiste, scénariste (comme le héros du Mépris) et journaliste. De plus, sa vie est marquée par de forts engagements politiques qui l’amèneront dans son œuvre à avoir toujours un œil critique sur la société de son époque.

RESUME DE L’ŒUVRE

« L’objet de ce récit est de raconter comment, alors que je continuais à l’aimer et à ne pas la juger, Emilia au contraire découvrit ou crut découvrir certains de mes défauts, me jugea et, en conséquence, cessa de m’aimer.» Les premières lignes du roman sont plus qu’explicites. Elles nous plongent au cœur des pensées du narrateur. Riccardo, jeune scénariste, réalise du jour au lendemain que sa femme Emilia ne l’aime plus. Ainsi, tout au long du roman, Riccardo s’efforcera de comprendre les cause de son mépris, sans jamais y arriver. C’est lors d’un voyage à Capri que tout se déclenchera. Battista, grand producteur, propose à Riccardo d’écrire le scénario d’une adaptation de L’Odyssée, en compagnie d’un metteur en scène allemand, Rheingold. C’est dans ce lieu paradisiaque que Riccardo réalisera que sa femme et Battista ont une liaison et que si Emilia le méprise, c’est parce qu’il ne s’en est jamais rendu compte.

Analysant les analogies entre condition sociale et rapport amoureux, Moravia en décrivant un amour en chute libre, lève le voile sur sa vision de la vie romaine d’après guerre.

J’ai choisi d’analyser le livre sous quatre optiques différentes : les rapports Emilia/Riccardo, la relation triangulaire Emilia, Riccardo, Battista, l’explication du mépris par l’intertextualité et une analyse plus approfondie du personnage de Riccardo.


     
LES RAPPORTS ENTRE EMILIA ET RICCARDO

Ce livre décrit la décadence du couple de la vie moderne. Emilia et Riccardo vivent ensemble depuis deux ans et, du jour au lendemain, l’amour disparait pour se transformer en mépris. Pourquoi ? C’est ce que Riccardo va essayer de comprendre. Ecrit d’un point de vue interne, ce récit nous projette ainsi dans l’esprit d’un homme torturé et incompris. Sa femme n’arrive pas à lui expliquer pourquoi elle le méprise car elle aimerait que ce dernier comprenne de lui-même. Emilia lui donne toujours de fausses excuses, répond à côté ou fait preuve de mauvaise foi. Cette perte de la communication est mimétique d’un nœud interne, d’une déchirure qui ne trouve aucun moyen pour s’exprimer. Le narrateur entre dans une crise de paranoïa, il devient fou et violent face à cette « femme-statue » à la beauté glaciale, attitude qui ne fait qu’amplifier le mépris. Ce couple est dans l’incapacité de résoudre le problème : « Jamais dans nos discussions intimes, nous n’étions allés jusqu’à la vérité, nous n’avions jamais procédé que par allusion ». Cet aveu de Riccardo en est la preuve. Le nœud du conflit est toujours en digression, habilement détourné. Moravia tient ainsi son lecteur en haleine, mais plus loin que cela, en peignant les difficultés du rapport amoureux, il nous met devant nos propres contradictions. Son texte prend une portée universelle. Qui n’a jamais souffert en atteignant ce point de non-retour face à la personne aimée ?

UNE RELATION TRIANGULAIRE



Interprétée au cinéma dans l’adaptation de Godart par Brigitte Bardot, Emilia représente (physiquement) l’idéal féminin dans toute sa splendeur. Son corps évoque un sentiment de puissance et de grandeur. Riccardo est déchiré entre sa beauté presque divine et son matérialisme. Il ne peut pas concevoir qu’un être dont la beauté est si idéale puisse aspirer à des choses si terre à terre (une des explications du fait que même si elle méprise Riccardo, elle ne le quitte pas, c’est sa peur de se retrouver sans son confort casanier). Cette situation pathétique horripile Riccardo. En effet, ce dernier se définit lui-même comme un idéaliste. C’est un homme d’esprit, pour qui l’argent tient une place secondaire dans la vie. Pourtant, c’est cela qui le perdra. Si Emilia le trompe avec Battista, c’est parce que ce dernier se définit à l’opposé de Riccardo. Battista est un producteur riche et pragmatique, viril et exubérant. C’est un homme ancré dans le réel, il aime  les grosses voitures et les belles femmes. Son leitmotiv : « Le premier billet de mille gagné, le voila l’Idéal ! ». Cet ancrage dans le monde est ce qui manque à Riccardo. A l’inverse de Battista, il ne prend jamais les choses en main mais se contente de fuir. C’est pour cela qu’Emilia ne pourra jamais l’aimer et que sa décision est irrévocable. Elle préfère partir avec un homme qui lui donnera son confort casanier et qui la dominera, ce qui provoque en Riccardo un véritable cataclysme. Riccardo est un homme blessé.

L’ EXPLICATION DU DRAME PAR L’INTERTEXTUALITE

Battista veut faire une adaptation cinématographique de L’Odyssée. Il demande à Rheingold et Riccardo d’en écrire le scénario. Pourtant, ce film ne pourra jamais voir le jour. En effet les trois hommes n’arriveront jamais à se mettre d’accord, ayant tous trois une interprétation différente de l’œuvre. Battista veut en faire un film commercial, « spectaculaire ». Son but est de faire de l’argent. Il veut faire d’Ulysse un super héros qui combat monstres et géants. Il va même jusqu’à comparer Polyphème à King Kong, preuve de son inculture : il confond Hollywood et les textes fondateurs ! Battista n’a aucune sensibilité littéraire, ce qui a le don d’exaspérer Riccardo, qui souffre réellement en réduisant L’Odyssée à un script de cinéma. Pour lui, l’œuvre magistrale d’Homère ne doit pas être interprétée. A ces deux interprétations, va se heurter une troisième, celle de Rheingold. Ce dernier s’intéresse aux rapports psychologiques entre Ulysse et Pénélope. Lors de l’épisode de la barque, Rheingold explique à Riccardo sa vision, une vison qui va se profiler comme une explication du mépris d’Emilia. Avant la guerre de Troie, Pénélope a plusieurs prétendants qui la couvrent de cadeaux sous le nez d’Ulysse. Pénélope aimerait qu’Ulysse chasse ces prétendants alors qu’Ulysse craint de leur déplaire. Pénélope ne supporte plus la passivité d’Ulysse, elle cesse de l’aimer et le méprise. C’est la raison pour laquelle il part pour la guerre de Troie, pour fuir son amour déchu. Au final, l’intertextualité nous permet de comprendre les réelles raisons du mépris d’Emilia. Coup de maître de l’auteur qui fait passer la clé de son œuvre dans la bouche d’un personnage secondaire. Etant donné que le couple est incapable d’avouer la véritable déchirure, c’est au lecteur de faire le lien. Evidemment, Riccardo est en parfait désaccord avec cette vision, « une profanation » selon ses propres termes, ce qui montre une fois de plus son incapacité à résoudre ses problèmes.

RICCARDO VS LE MONDE, UNE AME ROMANTIQUE ISOLEE



Le roman étant écrit à la première personne, le lecteur ne peut que s’identifier à Riccardo qui nous plonge au cœur de son monde torturé. Il en devient passionnant d’étudier ce caractère qui se profile comme un véritable personnage romanesque. Que ce soit Battista, Emilia ou Rheingold, Riccardo est en désaccord avec tout le monde. Il se retrouve seul car il est le dernier à essayer de conserver une vision noble du monde. Ses aspirations littéraires l’amènent à vouloir écrire des pièces de théâtre mais Emilia l’oblige à travailler dans le cinéma, activité dans laquelle il se sent dévalorisé. Cela va ainsi au fil de la lecture, Riccardo finit par se retrouver seul, en contradiction avec tous les gens qui l’entourent. La raison de son isolement est simple: A l’inverse de Battista, Riccardo n’arrive pas à affronter le réel, il est continuellement en fuite et ne fait rien pour reconquérir Emilia. Ainsi, il se crée une deuxième vie dans son esprit, une vie où Emilia l’aime et le désire encore. Même après sa mort, il pense que son œuvre, « Le Mépris », va pouvoir les unir éternellement. Finalement, Riccardo est un esthète, il confond l’art et la vie. Par exemple, lorsqu’il voit Emilia nue sur  la plage, ce n’est pas une femme qu’il admire, mais une peinture. Il a un regard poétique sur sa femme, même si cette dernière le méprise. Il va même jusqu’à la désirer « spirituellement ». Ce qu’il aime chez elle, c’est le concept de femme qu’elle dégage, sa puissance évocatrice. C’est pour cela qu’il ne peut pas affronter la réalité, sa vie est un Idéal. C’est une vision réellement pure de l’Amour même si elle est utopiste. Moravia nous ramène à nos problèmes intimes. La femme moderne cherche un homme viril qui la domine. La société nous fait aspirer à ce qu’elle veut que nous soyons, comme Riccardo le dit si bien, « elle laisse végéter les meilleurs et protège les pires ». Il n’y a plus de place pour les esthètes, il faut agir. Cette absence d’Idéal peut détruire un homme. La sensibilité de Riccardo en est la preuve. Cependant, à la fin du roman, Riccardo, même s’il est seul et désespéré, sait au fond de lui qu’il est supérieur à ses « ennemis ». En effet, il aspire à un monde plus noble, celui qu’ Homère peint dans L’Odyssée, même si ce monde n’est pas visible pour la plupart des gens. Ainsi plus loin qu’une description de la décadence du rapport amoureux, Moravia élargit sa vision à une critique acerbe de notre société, non plus spirituelle mais matérialiste.

Margaux Lamongie, A.S. Ed-Lib.

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commentaires

yan 03/05/2013 10:58

Dans ce récit, l'amour ne disparait pas du jour au lendemain.
Le désamour d'Emilia est un processus un peu plus long, et c'est encore après un peu plus de temps que Riccardo s'en rend compte.

"Riccardo réalisera que sa femme et Battista ont une liaison et que si Emilia le méprise, c’est parce qu’il ne s’en est jamais rendu compte"

C'est une des hypothèses de Riccardo, mais cette raison seule n'est pas suffisante pour justifier le mépris d'Emilia.
Si elle n'arrive pas à lui expliquer pourquoi elle le méprise, ce n'est pas parce qu'elle aimerait qu'il comprenne par lui même.
C'est plutôt qu'elle même n'arrive pas à formaliser les raisons de ce sentiment, et finalement n'en voit pas la peine.

"A l’inverse de Battista, il ne prend jamais les choses en main mais se contente de fuir"
C'est aussi par là que Battista est plus attirant que Riccardo pour Emilia.

"La femme moderne cherche un homme viril qui la domine"
Oui pour Emilia en tout cas.

Riccardo a voulu tout sacrifier à sa femme qu'il a idéalisée. Il a renié ses valeurs et s'est abaissé à se justifier devant elle.

baiben 29/01/2010 16:52


bonsoir vraiment le roman d'alberto moravia le mépris il est extraordinaire personellemnet je l'ai lu il m'a tellemnt plu c'est une belle histoir en meme temps d'amour et de trahaison lorsque j'ai
lu le roman vraiment j'ai plangeé dans le fond de cet belle histoire


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