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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 21:00







Taniguchi et Utsumi,
L’Orme du Caucase
, 1993
Traduction Marie-Françoise Monthiers et Frédéric Boilet,
Adaptation graphique Frédéric Boilet
Castermann « Ecritures », 2004

 













L’Orme du Caucase est un recueil de huit nouvelles écrites par le scénariste japonais Utsumi en 1993, et mises en dessins par Jirô Taniguchi. Il a été publié en 2004 en France dans la jolie collection « Ecritures » des éditions Casterman.

Taniguchi est né en 1947 au Japon, et a publié sa première histoire à dix-neuf ans. Il connaît un rapide succès à travers le monde, notamment grâce à L’Orme du Caucase. Certains critiques le qualifient même d’ « artiste incontournable du neuvième art ». Il a notamment remporté plusieurs prix au festival d’Angoulême, ces dernières années, pour le premier tome de Quartier lointain et le deuxième tome de Sommet des dieux.
 
Son style est caractérisé par des dessins au trait fin, croquant des personnages tout aussi doux. C’est là un détail important chez Taniguchi, comme le souligne le critique Yoshikawa dans sa postface du livre : les protagonistes sont « gentils ». Les histoires sont tendres, les thèmes traités d’une manière peu commune.
Dans ce recueil en particulier, les sujets abordés sont originaux et traités avec finesse : des relations familiales, aux rapports entre l’homme et la nature, tout est juste ici. Afin d’entrer plus en détail dans la présentation de cette œuvre, j’ai choisi de m’attarder sur deux nouvelles en particulier qui démontrent bien la douceur de Taniguchi. : « L’Orme du Caucase » et « Dans la forêt ».
 
La première nouvelle, « L’Orme du Caucase », a pour personnages principaux un couple aux environs de la soixantaine. Ils viennent d’acheter une nouvelle maison, et lors de l’emménagement, découvrent que le jardin, qui les avait tant séduits, a disparu : tout est rasé. Ils font appel à un jardinier pour faire refleurir ce coin de nature ; celui-ci se plaint d’un arbre, un orme du Caucase, qui fait trop d’ombre au reste du jardin. Pour la première fois, le couple remarque cet arbre. Quelque temps après, lors de la chute automnale des feuilles, les voisins s’exaspèrent  de cet arbre qui en perd trop et les oblige à nettoyer quotidiennement leur pas de porte. Les nouveaux habitants prennent donc la décision de couper cet arbre, mais, à l’arrivée du printemps, ils sont saisis par sa beauté et commencent à avoir des doutes. La rencontre avec l’ancien propriétaire, qui leur racontera son amour envers l’orme, leur fera clairement remettre en cause leur jugement hâtif sur le sort de l’arbre.

J’ai aimé cette histoire pour la douceur des personnages : même les grincheux voisins ne sont pas agressifs. Les personnages mis en scène sont loin des clichés « jeune cadre dynamique » : c’est un couple de retraités qui cherche à vivre paisiblement. Il n’y a pas de grand rebondissement, aucune cruauté, simplement l’histoire est sincère et belle. De plus, il y a une certaine dualité entre les personnages, comme l’ancien propriétaire, qui entretiennent une relation respectueuse avec la nature, et l’égoïsme des autres hommes. Comment cohabiter avec la nature quand on ne s’attache qu’à son propre territoire ?
 
La seconde nouvelle que je vais évoquer s’intitule « Dans la forêt ». Deux jeunes frères, suite à un déménagement, ont perdu leur chienne Akita. Téméraires, ils s’aventurent dans la ville pour la retrouver, et vont jusqu’à combattre leur peur en traversant la forêt. Leur étoile du berger est plus physique : ils se laissent guider par des aboiements qu’ils ont identifiés comme étant ceux de leur chienne. Après une longue marche, ils trouvent le jardin d’où viennent ces aboiements, avec un chien de la même race que la disparue Akita. Fous de joie, ils lui font de grands câlins. Ils doivent rentrer chez eux. Le grand frère promet à son cadet qu’ils reviendront souvent lui rendre visite, et décide en son for intérieur de lui taire qu’il a aperçu chez « Akita » des attributs masculins dans son entrejambe.

Cette histoire m’a plu tout d’abord pour la description des relations fraternelles. Elles sont généralement abordées avec beaucoup de clichés usant d’une psychologie étrange. Ici, au contraire, les rapports entre les deux frères semblent très naturels : le grand frère provoque le petit quand celui-ci craint trop d’aller dans la forêt, puis le rassure, et finalement choisit de le protéger. L’attachement envers les animaux domestiques est traité avec délicatesse. A aucun moment, les enfants ne sont ridicules dans leur recherche d’Akita. Enfin, la mise en scène du scénario diffère ici un peu des autres nouvelles : on commence directement dans la forêt, puis, par flashback, on apprend la raison de la quête des enfants.
 
Les autres nouvelles s’inscrivent toutes dans ce ton chaleureux. Loin des stéréotypes, Taniguchi met son coup de crayon juste et extrêmement bien travaillé au profit de ces histoires sincères et douces. Pour conclure, voici l’auteur lui-même expliquant une des raisons de sa manière de travailler : « Si j’ai envie de raconter des petits riens de la vie quotidienne, c’est parce que j’attache de l’importance à l’expression des balancements, des incertitudes que les gens vivent au quotidien, de leurs sentiments profonds dans les relations avec les autres. […] Dans la vie quotidienne, on ne voit pas souvent des gens hurler ou pleurer en se roulant par terre. »

 

Stéphanie Khoury, 1ère année Ed/Lib
 
Voir également les articles de Nathalie et de Marion.

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commentaires

Alazuli 29/10/2015 15:48

la chienne s’appelle Koro, et non Akita, car Akita est une race de chien.
C'est la seule imperfection que j'ai trouvé, sinon le résumé est parfait ! C'est vraiment agréable de tomber sur un texte aussi précis !
Merci beaucoup de cette aide précieuse, dont j'avais bien besoin pour mon exposé !

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