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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 21:41
 





Dennis LEHANE
Ténèbres, prenez-moi la main
traduction : Isabelle Maillet
Rivages, 2002


























Pulsion meurtrière au service d'un polar.



Dennis Lehane, avec ce huitième polar, signe une profonde analyse sur le meurtre et la perversion. Patrick Kenzie, détective et personnage central de l'histoire, s'engage dans une affaire lugubre : il se met au service de la psychanalyste Diandra Warren qui, ayant reçu une photo de son fils Jason, sans expéditeur, en déduit qu'il est en danger. Après plusieurs jours de surveillance de Jason, Kenzie et son associée Angie lâchent le fil, décident que c'était une fausse alerte... Jusqu'au moment où : « Je lui ai pris le téléphone des mains et me déplaçai de façon à tourner le dos à Mme Warren alors que d'autres lumières s'éteignaient dans l'immeuble voisin, répandant l'ombre comme un liquide sur le parquet, et qu'Oscar m'annonçait qu'on venait de retrouver Jason Warren. En pièces détachées. »

S'ensuit une course folle après le tueur en série, celui qui crucifie, qui récupère les organes de ses victimes par pur sadisme, celui qui finalement a un lien plus que proche avec Patrick Kenzie, le narrateur.

Au delà d'une description lugubre et noire des victimes, Dennis Lehane vient chercher une part de notre inconscient, celle qui nous fait parfois nous demander ce qu'est un meurtre, ce que ressent le coupable. Mieux encore : les meurtriers sont-ils au départ des gens comme tout le monde ? Avec cette dernière question, Denis Lehane place le lecteur au cœur d'une vérité qui dérange, particulièrement avec cette lettre anonyme de la part du tueur adressée à Patrick : « ce qui compte, c'est la souffrance, il faut que tu le comprennes. Au début, j'ai tué quelqu'un presque par hasard, j'ai ressenti remords, répulsion, dégoût de moi. Et très vite, plus par curiosité qu'autre chose, j'ai tué de nouveau, et cette fois, j'ai éprouvé des sensations, disons, agréables, apaisantes, un peu comme celles procurées par une bière bien fraîche à un alcoolique après une période de sevrage, ou par la première nuit d'amour à des amants séparés depuis longtemps. »

Lu sur un week end, parce qu'il est clair que dès que l'on a commencé « Ténèbres, prenez-moi la main », on  ne se sent mieux que lorsque l'on a fini, comme si on pouvait continuer notre vie sans y penser:  au fond, ce livre laisse une empreinte de malaise indélébile, qui transforme notre vision de l'Homme, il nous fait plonger dans les fin fonds d'une limite indicible entre bien et mal.

L'incroyable dénouement nous laisse bouche bée, à tel point que l'on ferme le livre épuisé, comme si l'on s'était retrouvé face au  tueur, à essayer de le comprendre et à se mettre à sa place.

Une expérience insolite, surtout si l'on se lance dans le genre polar.

Emma Foucher
, A.S. Ed.-Lib.

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