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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 12:00





Roberto BOLAÑO
Des putains meurtrières ( Putas Asesinas)

traduit de l'espagnol par Robert AMUTIO
Christian BOURGOIS éditeur, 2003



















L'auteur


Imaginez vous jeunes, plein de projets. A vingt ans on a des envies pour le futur, et des idées à la pelle. Peut-être comme Roberto Bolaño rêvez vous de devenir poète ? Et d'un coup tout s'effondre, il faut partir et tout laisser. Vos rêves s'envolent .Votre vie change du tout au tout en une seconde. Vous voilà propulsé dans un monde qui n'a plus de sens, un monde que vous n'imaginiez même pas ! Eh bien voici l'histoire tragique de l'Amérique latine.

Roberto Bola
ño est né en 1953 à Santiago, au Chili. Il a vécu au Mexique mais se trouvait dans son pays natal lors du coup d'état du général Pinochet en 1973. Les militaires ont alors pris le pouvoir et écrasé les partisans du président socialiste Allende. La répression fut très violente. Les prisonniers furent torturés, battus, certains avions jetèrent des personnes vivantes à la mer. L'horreur de cette dictature (et de celles des pays voisins) est souvent méconnue.

Bola
ño fut emprisonné pendant un court moment avant de réussir à fuir en Europe. S'ensuit une longue promenade dans les pays européens et au Mexique. De nombreux auteurs se sont trouvés en grand danger, ils étaient les ennemis du gouvernement en place. Comme dans toute dictature les artistes étaient des hommes très surveillés. La plupart étaient socialistes et furent  traqués par les militaires. Pablo Neruda, grand poète chilien fut tué en 1973 dès la première année de dictature. La fuite était la seule solution pour survivre. La résistance était impossible.

Il est important de rappeler que le monde était divisé en deux blocs à cette époque. L' Amérique latine était sous l'inflence des révolutionnaires communistes. Comme en France un mouvement artistique (Aragon par exemple) a défendu cet idéal d'égalité. Roberto Bola
ño faisait partie de cette génération socialiste qui a vu ses rêves brisés par le régime de Pinochet. L'Amérique latine semblait sur une voie positive mais la dictature a rompu ce processus. L'auteur est un témoin de la répression, de l'exil et de la souffrance provoqués par les militaires. Il est important de souligner ce contexte très dur et marquant pour comprendre ce recueil de nouvelles.

Roberto Bola
ñ
o a connu son premier succès avec La Littérature nazie en Amérique du Sud. Puis il a écrit environ douze ouvrages, des romans, des recueils de nouvelles et des poèmes. Il commence à être reconnu en tant qu' écrivain dans les années 90. Il a obtenu des prix littéraires, dont le prix Romulo Gallegos en 1999. C'est le prix le plus important en Amérique du Sud. Aujourd'hui il bénéficie d'une certaine reconnaissance chez les personnes de lettres. Il commence à être lu et devient un écrivain « à la mode ».


Le recueil

Des putains meurtrières est un recueil de treize nouvelles. Dans chaque récit on retrouve une atmosphère « indescriptible »: comme un cauchemar, un mauvais rêve qu'on voudrait chasser .Le narrateur vit des choses qui frôlent souvent le surnaturel, qu'il ne peut pas expliquer. Le personnage principal est dans un pays étranger, de passage ou bien pour y retrouver un ami... Puis il est embarqué dans des histoires à dormir debout ! D'ailleurs l'action se passe souvent la nuit, dans des endroits sombres, enfumés et sentant l'alcool fort. Le brouillard, la fatigue et l'alcool empêche le personnage de voir clair dans ce qu'il vit. Cependant il ne cherche pas à fuir ces ambiances, il ne s'y plaît pas non plus. Il est là tout simplement. Sans le vouloir vraiment mais sans avoir envie de partir pour autant. Pour aller où ? Et pour faire quoi ? Il subit plus qu'il ne vit ces situations sans jamais chercher à les comprendre. Peut-être que ces moments de cauchemar sont une métaphore de ce qui s'est passé dans son pays : la dictature comme une blague, quelque chose de vraiment improbable et qui pourtant a bien eu lieu.


Ces récits sont l'histoire d'un homme errant. L'errance est vraiment le mot le plus juste pour décrire ce que vit le personnage. Il erre. D'un pays à l'autre, d'un ami à l'autre, d'une histoire à l'autre. Tout cela n'a pas vraiment d'importance. Il a baissé les bras. Il subit la vie, l'accepte comme elle est et n'aspire pas ou devrais-je dire plus au bonheur. Il n'a pas de projets. A quoi bon ? Il ne croit plus en rien sauf en des valeurs sûres qui le font se sentir un peu mieux : les prostituées, l'alcool, la lecture. On a vraiment la sensation d'être face à un homme brisé, qui n'a plus foi en rien. Un homme dévasté par son passé. Les histoires sont déroutantes et parfois crues. On parle des « putes » comme de passe-temps, les meurtres et les suicides sont des événements banals. Tout est relativisé. Les détails comme les faits importants sont au même plan. On suit la vie d'un personnage au gré de ses amitiés.


On ne sait pas exactement si Bolaño est le narrateur de chaque nouvelle mais peu importe. Que ce soit lui ou un autre il exprime l'état dans lequel peut se trouver une personne forcée à l'exil. Le narrateur et les autres personnages incarnent les exilés chiliens des années 70 et 80.



Lisez les nouvelles de ce recueil et vous serez embarqués dans un tour des capitales d'Europe et d'Amérique latine... Vous débarquerez de nulle part dans une page de la vie du narrateur. Pas de passé, pas de futur, seulement quelques jours. Juste le temps nécessaire pour raconter une histoire troublante avec ce qu'il faut de réalisme magique. Une tranche, un épisode d'une vie chaotique et sans cohérence.


Annabelle Giraudeau 1ère année édition librairie


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Published by Annabelle - dans Nouvelle
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