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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 06:37












Jacques CHESSEX
Le Vampire de Ropraz

Grasset, 2007
Le livre de poche, 2008



























Eléments biographiques

Jacques Chessex est né en 1934 à Payenne (Suisse).

Il poursuit des études de Lettres à Fribourg puis Lausanne, qu'il achève par un mémoire sur Francis Ponge. Par la suite, il s'oriente vers l'enseignement tout en continuant à écrire de la poésie.

A 20 ans il publie son premier recueil de poésie mais à la même période il traverse une grave crise familiale : son père se suicide après avoir été accusé de viol.

Cette douleur face à une telle tragédie, Jacques Chessex tentera de l'exorciser par l'écriture, ce qui explique peut-être qu'il soit aussi prolifique. En effet, jusqu'à aujourd'hui, il est l'auteur de plus de 50 ouvrages, romans, essais et poèmes.

En 1967 son premier roman est publié, il s'agit de La Confession du pasteur Burg.

En 1973 il obtient le prix Goncourt pour son roman L'ogre. Pour l'anecdote, ce prix lui fournit les moyens de faire construire sa maison actuelle, à Ropraz (Suisse).

En 2003 l'ensemble de son œuvre est récompensé par le Grand Prix du langage français.

En 2007 le Vampire de Ropraz est publié chez Grasset.
Enfin, Pardon mère , son dernier roman, autobiographique, est paru en février 2008.


L'histoire

L'action se déroule à Ropraz en 1903 mais elle pourrait tout aussi bien se situer de nos jours ou en des temps plus reculés tant l'atmosphère de l'ouvrage est atemporelle. Une communauté d'agriculteurs, d'artisans vivent dans des croyances païennes, la superstition règle leur vie alors même que leur enfermement sur eux-mêmes, puisque l'étranger est perçu comme mauvais, les condamne à des relations quasi incestueuses : chacun s'observe, s'envie...

Une belle jeune femme, Rosa, 20 ans, fille d'un notable de Ropraz meurt d'une méningite. Le lendemain de son enterrement on retrouve son cercueil profané : le cadavre a été violé, mutilé, la main et la tête coupées, la poitrine et le sexe partiellement mangés et le cœur a disparu.

La communauté est sous le choc. La presse locale et même internationale s'emparent de l'affaire et surnomment le coupable le vampire de Ropraz.

Une enquête est menée : les criminels notoires sont interrogés par la police mais sans succès... Les bouchers, les étudiants en médecine à leur tour sont questionnés mais sans plus de résultat.

La peur et l'angoisse enflent dans la communauté et avec elles la suspicion : tout le monde épie tout le monde à la recherche d'un geste ou d'un regard suspect. Les dénonciations vont donc bon train et ainsi tous les secrets des habitants sont révélés. Pour se protéger, les croyances ancestrales et les superstitions se font plus fortes : on s'arme d'ail et de crucifix.

La fièvre monte peu à peu, la communauté se referme encore plus sur elle-même : tous les étrangers sont repoussés du village.

Devant l'inefficacité de la police la colère monte et la pression se fait de plus en plus forte pour trouver le coupable. Mais les mois passent toujours sans arrestation malgré les interrogatoires incessants  : tous les hommes ayant rencontré Rosa sont soupçonnés et interrogés.

Un deuxième puis un troisième corps sont retrouvés mutilés selon le même rituel. Il faut absolument trouver un coupable tant la communauté est sous tension.

Suite à une dénonciation, la police déniche Favez, simple garçon de ferme de 21 ans que son attachement particulier pour les vaches rend coupable aux yeux de tous. En effet sa zoophilie est  interprétée comme le signe indéniable de sa culpabilité. Bouc émissaire idéal, Favez est arrêté et soumis à une étude psychiatrique. L'auteur nous fait alors entrer dans la tête du jeune homme et nous fait ainsi découvrir tous les sévices dont il a été victime dans son enfance et par là-même nous donne à voir sa colère, sa haine des femmes... Favez chercherait-il vengeance en commentant ces crimes ? Le psychiatre est fasciné par cet homme qu'il perçoit comme une victime.

Faute de preuves, Favez est relâché. La population explose de colère et s'arme pour un lynchage mais le jeune homme a disparu.. avant d'être de nouveau arrêté après avoir commis un viol.

Il est alors condamné à perpétuité puis il s'évade après 25 ans d'emprisonnement pour intégrer la Légion étrangère. A vous de découvrir la suite et fin de l'intrigue.. ironique en diable !

Style de l'auteur

« J'aime le simple sous lequel bougent toutes les complexités le secret le plus opaque, tous les possibles, la fureur, le vertigineux scandale de l'existence du rien. » (interview à Télérama)

Cette citation de l'auteur dit parfaitement ce que l'on admire dans le roman : le style est à la fois détaché, froid, clinique, ce qui fait du psychiatre le double de l'auteur, et poétique et lumineux.

Ce style contraste avec la fièvre de l'action qui nous emporte dans une thématique sombre car ce qui est en jeu dans le roman c'est une véritable étude du mal : le mal le plus monstrueux, celui qui pousse à violer des jeunes femmes pures mais aussi celui plus insidieux, plus anodin, celui de la communauté avec son cortège d'hypocrisie, de concupiscence...


Conclusion

A lire absolument ! Plus qu'un livre sur un psychopathe, le Vampire de Ropraz est une peinture du fonctionnement de la société qui a besoin de se créer un symbole du mal absolu afin de cacher ses propres fautes. Ce mécanisme, déjà étudié par William Golding dans Sa majesté des mouches, est ici condamné dans un style qui captive le lecteur.



Céline Lacour, 2éme année Ed/Lib

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