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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 06:57






Luke RHINEHART,

L'Homme-Dé,
Titre original : The Dice Man
Traduction Didier Coste
Éditions de l'Olivier, 1998
Coll. Petite Bibliothèque de l'Olivier



















Éléments biographiques

   
Difficile de trouver des informations sur l'homme. Luke Rhinehart, de son vrai nom George Powers Cockcroft, est né en 1932. Il gardera le même pseudonyme pour tous ses ouvrages, non traduits en France.

   
L'homme-dé, son grand succès, paraît en 1971 (éditions Talmy Franklin) aux États-Unis. Il s'inscrit dans le contexte particulier des seventies, celui de la libération sexuelle et de la guerre du Vietnam. Circulant très vite sur les campus, il devient un des premiers livres cultes de la décennie, apparaissant comme un manifeste subversif, affirmant le droit à l'expression de tous les fantasmes.


   
Résumé

   
Luke Rhinehart, psychiatre new-yorkais, un homme respecté, marié et père de deux enfants, est en proie à l'ennui, et aucun de ses collègues n'apporte d'explication intéressante à cette lassitude.

   
A l'issue d'une partie de poker entre amis pour pallier son manque de joie de vivre, Luke semble apercevoir le dé qu'il cherche à ranger sous une carte égarée. Et prend une décision capitale pour la suite de sa vie. Il décide, si le dé marque l'as, de descendre violer Arlène, sa voisine et amie.


C'est un as.

   
Fort de cette expérience - Arlène n'ayant pas opposé de trop nombreuses résistances, et Luke, soumis au Hasard, ne ressentant pas une énorme culpabilité -, il envisage de jouer sa vie au dé, le laissant choisir au hasard parmi de multiples propositions, expressions de ses envies et de ses pulsions.


Peu à peu, le Hasard prend donc de la place dans sa vie, élargissant son champ d'action des simples loisirs et vie sexuelle au traitement clinique de ses patients et à sa vie de famille.


Il devient l'homme-dé, entreprenant alors consciemment la destruction de sa personnalité propre, au détriment de ses relations amicales et professionnelles.

   
Après une étude sur la sexualité guidée par le Dé et constituée d'expériences portant atteinte à l'ordre de la médecine, Luke prend conscience des rôles joués au quotidien par ses contemporains, et transforme son simple jeu en mission.


En bon prophète, il initie dans un premier temps son amie Arlène, puis ses patients, à qui il conseille de quitter métiers et amis. Développant ce qu'il appelle sa théorie datale, il fait du Hasard son nouveau Dieu. Les réactions, brutales dans la plupart des cas, l'entraînent jusqu'à l'internement.

   
L'influence du dé progressant, les dé-cisions se font de plus en plus capitales. Luke quitte femme et enfants, écrit durant une année sa biographie – L'homme-dé -, mais surtout développe ses théories. Il crée les « C.E.T.R.E », centre d'expérimentation en milieu totalement hasardeux, où les patients, en communauté, vivent tour à tour les rôles de médecin, de policier, de serveur, passent des journée à la cafétéria ou dans la bien-nommée chambre d'amour...

   
La liberté totale ne menant pas forcément au bonheur, Luke Rhinehart se retrouvera dans les situations les plus complexes. Mais toujours à l'écoute des opportunités et des différents chemins qui s'offrent à lui.



   
Ce qui ancre avant tout L'homme-dé dans son époque, où il trouve une grande résonance, c'est sa conception de la sexualité. Autant dans son couple qu'avec ses multiples maîtresses, voire amants, aucune pratique n'est considérée comme taboue, et l'écriture ne met pas plus en valeur une scène de triolisme qu'une relation dans le cadre du mariage. Toutes les envies et pulsions sont intéressantes, toutes sont tentées.

   
Le vision de la religion est également représentative de la subversion de l'ouvrage. Si les croyants luttent contre sa théorie, le Dé, quant à lui, se revendique religion. Le ton est donné lorsque Luke, Jésus dans cette scène, tente de convertir à l'adultère et au don de soi une de ses patientes.

Au fur et à mesure de l'ouvrage apparaissent également des chapitres de citations du Livre du dé, genre de Bible au service du Hasard.

    « Hasard répand sa grâce et sa gloire et honte et folie,
Et rien ne s'y peut soustraire de ce qui marche au hasard.
O Seigneur Chance, mon Dé, béni soit l'homme qui place en toi sa confiance.
                                Le Livre du Dé »

La religion du dé, n'apparaissant pas plus absurde que celles qui, classiques, obéissent à une entité supérieure différente, elle donne à entendre une critique profonde de son passéisme et de son immobilisme.
   
L'extrême-liberté et, parallèlement, l'influence du Hasard, fait apparaître l'Amérique des années 1970 comme poussiéreuse, fermée et ennuyeuse. Par les réactions virulentes, positives comme négatives, il donne à voir ses contemporains et leurs errements.



    « Cher docteur Rhinehart,
Je vous aime. Le Dé m'a dit de vous aimer, alors je vous aime. Il m'a dit de me donner à vous, c'est ce que je vais faire. Je vous appartiens.
De tout cœur, Elaine Simpson (huit ans). »


   
Vivre son rêve éveillé, explorer ses fantasmes, voilà ce qui fait de cette œuvre un manifeste subversif. C'est ce que Luke Rhinehart appelle faire vivre ses « moi résiduels ».


Son expérience l'amène à constater que la construction, l'identité, le fait d'être quelqu'un peut être évitable, n'est pas forcément souhaitable, et pourrait être une erreur de l'évolution. Pour lui, la liberté serait de pouvoir évoluer d'un système de valeurs à l'autre, d'un rôle à l'autre. Il cherche à détruire la personnalité unique et à laisser s'exprimer les pulsions minoritaires, refrénées par les règles de la vie en société.


« Dans une société multivalente, seule une personnalité multiple peut faire l'affaire. »

Le dé serait alors une manière d'organiser ses différents moi, dans une société menteuse où chacun joue.
   
Cette question de l'identité se traduit également par la forme de l'écriture. D'abord par le mode de narration. L'homme-dé est majoritairement écrit à la première personne, mais certains chapitres sont habilement construits à la troisième personne.


Ensuite par le nom du personnage, identique au pseudonyme de l'auteur, et la forme de l'autobiographie, questionne le lecteur, pas encore initié à la dé-fluctuation des rôles.


A tel point qu'encore aujourd'hui, le public se demande si l'auteur n'a pas réellement mis en pratique les théories du dé...


   
« J'ai engendré en vous un puce qui va vous gratter éternellement. Oh, mon lecteur, vous n'auriez jamais du me laisser naître. D'autres moi vous piquaient déjà sûrement de temps en temps. Mais la puce qu'est l'homme-dé oblige à se gratter sans arrêt. »


                           
Elisa, AS Ed/Lib

   
Quelques liens (en anglais...)


www.lukerhinehart.net

www.myspace.com/diceclublondon





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commentaires

skizo 03/03/2009 01:00

Livre épatant....
Si on compare avec notre société comtemporaine, tout le monde est homme-de, à la différence qu'on a pas besoin de dé :
une personnalité pour le travail (on se tient bien a carreau, pour pas que le patron nous vire..)
une personnalité à la maison, avec son compagnon ou sa compagne
une avec les ami-e-s
etc... etc...
Au-delà de l'environnement, l'homme a une multiple personnalité, ne serait-ce que sentir les emotions et sentiments : amour, haine, peur, angoisse... Tous sont differents au sein d'un meme corp.
Vive les dés !
vive les fous !
salutation

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