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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 22:17








Régis JAUFFRET,
Lacrimosa
Gallimard, 2008




























Régis Jauffret

Auteur reconnu de la scène littéraire française  contemporaine, Régis Jauffret est né à Marseille en 1955. Il a écrit quinze livres publiés entre 1985 et 2008 dont trois ont été récompensés par des prix, il s’agit du prix Décembre en 2003 pour Univers Univers, du prix Femina en 2005 pour Asiles de fous et enfin des prix France Culture/Télérama et du grand prix de l’humour noir pour Microfictions. Son dernier roman, Lacrimosa, est sorti en septembre 2008 aux éditions Gallimard, dans la collection NRF.

Régis Jauffret a écrit Lacrimosa après le suicide en 2006 d’une amie avec qui il entretenait une relation amoureuse ; il a construit son récit sous la forme d’un roman épistolaire dans lequel il correspond avec son amie défunte. Selon Minh Tran Huy du Magazine littéraire, le titre Lacrimosa renverrait  à la dernière stance d’un poème du requiem : « jour de larmes que ce jour là./ Où surgira de la poussière/ le pécheur pour être jugé ! /Daigne, mon dieu ; lui pardonner. / Bon Jésus, notre seigneur. /Accorde-leur le repos. Amen. » . Le requiem étant une prière faîte lors des enterrements et des cérémonies du souvenir  pour le repos de l’âme des défunts ; on peut  supposer que Régis Jauffret a écrit ce livre comme d’autres font des prières.


Lacrimosa

Les lettres de Régis Jauffret commencent par « Chère Charlotte » et il utilise le vouvoiement, il y relate les souvenirs de leur vie commune, comme un voyage à Djerba, il décrit le mal-être de son amie et il imagine de différentes manières les dernières heures de la vie de Charlotte et son suicide. Dans ces lettres, il est difficile de cerner le vrai du faux. Certains souvenirs sont immédiatement démentis, d’autres sont tellement burlesques ou invraisemblables qu’ils apparaissent comme clairement inventés.
 
 Charlotte, elle, l’appelle « Mon pauvre amour » et le tutoie ; ses lettres sont l’occasion pour l’auteur de s’autocritiquer, il remet totalement en question son travail  c'est-à-dire le caractère vain d’écrire  à une morte et de la faire parler comme pour la ramener à la vie ; p. 11, Charlotte lui dit : « Tu auras beau m’inventer je n’aurai plus jamais de lèvres pour t’embrasser »  ; il pose  le problème moral de raconter la vie d’une personne morte et de la faire parler alors qu’elle ne peut pas réellement se défendre ; p. 72 : « Puisque je n’étais plus là, tu as décidé [….] Tu as fais de moi une poupée dont tu t’es institué le ventriloque. » ; il critique sa façon de vivre avec par exemple, p. 113, cette phrase de Charlotte : « Tu mènes une vie de patachon devant cet ordinateur dont tu tripotes compulsivement les touches comme une onaniste enchantée qui tripote sa ribambelle de clitoris », sa personnalité, p. 52-53 : « Tu t’y crois ? Une gonzesse qui ne pensait qu’à toi. Tu te prends pour le roi ?  Avec ton ego énorme comme un frigo. » ; enfin il remet en cause son style p73 : « -calme toi, mon garçon.  Arrête de m’asperger de points d’exclamation. Les mots t’excitent comme des grains de café. Ecris moi plutôt des phrases de camomille, de tilleul, d’aubépine. »

L’image que l’on se fait de l’auteur nous apparaît essentiellement à travers les critiques formulées par son amie ; Régis Jauffret y apparaît comme un écrivain coupé du monde, solitaire  et  obnubilé par son travail. Le personnage  de Charlotte, lui,  nous apparaît tout d’abord dans les premières lettres de Jauffret et dans toutes les lettres écrites par elle-même  comme une personne drôle, cynique, impertinente. Puis, au fil du récit, Charlotte se révèle être une personne très fragile, paumée, mal dans sa peau, mal dans son travail, elle aime un autre homme que l’auteur sans être aimé en retour, elle fait partie des gens qui n’arrivent pas à vivre.


Le style

Le ton général de l’œuvre est assez humoristique, un humour plutôt sarcastique et percutant comme dans cet échange  entre Charlotte et son père au sujet du petit fils de ce dernier, p 21 : « Pindo a de la chance [….]à devenir riche et people. »

Enfin le style de Jauffret est très poétique ; il joue sur le son des mots avec par exemple, p. 52 : « Je savais que tu n’étais pas le miroir de l’ascenseur [….] avec des images plein la tête » ; il utilise énormément d’images, de métaphores. Une figure revient régulièrement dans le roman, celle de l’amant de Charlotte, incarné par un skipper qui vient la hanter, p 99 : « En réalité, vous n’aviez peut-être [….] qu’il vous emporte. » ou, p 170 : « Le skipper en avait marre
 D’écoper vos larmes. [… ] dans le lit d’une fille plus réjouie que vous. »


Bibliographie

http://fr.wikipedia.org
http://livres.fluctuat.net/Regis-Jauffret.html
Les Inrockuptibles n°664, août 2008
Le Magazine Littéraire n°478, septembre 2008

Lucie Guérin, 2ème année Bib.



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