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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 06:53





Kim DONG-HWA
Histoire couleur terre
Casterman,
coll. Ecritures,
2007 pour le tome 1.

 




























 Kim Dong-Hwa naît à Séoul en 1950. Il publie son premier manwha ( manga coréen) en 1975, Mon firmament. Son style poétique, sensible et la richesse de ses dessins en font un manhwaga (mangaka en coréen) connu et reconnu en Corée. En 2005, sort en France La Bicyclette rouge qui obtient le Grand prix de la critique de l’ ACBD ( association des critiques et journalistes de la Bande-Dessinée) ; ainsi le public français découvre son œuvre, entre autres Histoire couleur terre.

Ce livre commence par un mot de l’auteur qui pourrait à lui seul résumer l’histoire, les dessins et tout ce que l’auteur y a mis de lui même ;  il m’a semblé nécessaire de rapporter ce « mot de l’auteur » :

Elle perdit tous ses moyens à l’approche de son bien-aimé.
Elle ne put que lui sourire bêtement en se cachant derrière son tablier
Elle était si gauche et si timide.
La vue de son bien-aimé lui emplissait le cœur d’une joie immense
Comme la pleine lune.
Mais elle se contenta de le regarder en biais,
Avec des yeux semblables au croissant de lune.
Elle était ainsi, ma mère,
Semblable aux mères de nos mères, si maladroites…
Et pourtant, l’ardeur de leur cœurs
N’avait rien à envier au fer rougeoyant du forgeron…
Un masque de rides recouvre le visage de ma mère,
Pareil à un toile d’araignée.
Mais il suffit de soulever le masque
Pour retrouver sur ses joues le rose de ses seize ans.
On devine des histoires entre rires et larmes qui ont jalonné sa vie,
Pareilles aux sillons qui creusent les champs,
Ce sont les souvenirs de nos mères
Du temps où elles avaient seize ans…
Voici le récit de leur histoire couleur terre…





L’histoire se déroule dans la campagne coréenne traditionnelle. On suit une femme et sa fille, dans leur vie quotidienne, dans leur relation complice.

Au long des saisons, la petite Ihwa va grandir et découvrir le monde qui l’entoure. Ainsi, on assiste aux changements propres à la vie d’une jeune fille : les transformations de son corps, ses rencontres avec l’amour, ses découvertes sur les relations humaines et sur une société très pesante pour les femmes de l’époque …

Parallèlement à ces changements, sa mère, la veuve Namwon, redécouvre l’amour avec un écrivain public qui va de village en village. Le personnage de la mère est marqué par l’attente de l’être aimé, l’attente de son amour parti sur les routes puis l’attente de sa fille mariée revenant la voir.

On trouve un autre personnage féminin, secondaire, qui sert « d’éclaireuse » à Ihwa, c’est Bong-sun, son amie. Plus téméraire, cette dernière fait découvrir à la jeune fille ce que sa mère ne peut lui enseigner.



Dans cette BD, les personnages masculins sont divisée en deux catégories ; comme dans un opéra on reconnaît d’un côté les solistes et d’un autre le chœur. Les solistes sont exclusivement les amoureux, ceux de la mère ou de la fille. Personnages positifs, ils se placent en opposition au chœur. Ce dernier, composé des clients de la taverne de la veuve, représente le côté très machiste et vaniteux des hommes de l’époque.

On retiendra comme personnages masculins principaux, l’écrivain public et Deok-sam le mari d’Ihwa.

Le premier marque le début du changement dans la vie de la mère. Sa venue rythme l’histoire. Etonnamment, il renforce la relation mère-fille, cette dernière défendant et soutenant sa mère. Il permet aussi de rendre le personnage de la mère plus humain, elle ne représente pas uniquement une source d’amour et de conseils sages pour sa fille, elle a des sentiments, s’emporte et se laisse aller, ce qui en fait un personnage à part entière.

Deok-sam est le troisième amour d’Ihwa. Leur histoire depuis la rencontre jusqu’au mariage s’étend sur les deux tiers du livre ; avec lui, elle apprend le véritable amour partagé et l’attente. Le « patron » de Deok-sam s’éprend d’Ihwa, le jeune homme s’en rend compte et casse tout. Poursuivi par les hommes de main du maître, il est obligé de quitter la région et part en mer. Ainsi commence l’attente de la jeune fille. A ce moment de l’histoire, il y a une quasi-fusion entre les personnages de la mère et de la fille ; toutes deux attendant leur amour ; attente qui durera toute la troisième partie.






Il y a un autre acteur prédominant dans cette BD : c’est la nature. En effet, pour raconter ses histoires, l’auteur utilise la nature et en particulier les fleurs comme métaphores des héroïnes ou de leur sentiments, comme prétexte également ; les hommes sont des papillons ; le tout est rythmé par la pluie. La symbolique est très présente, faisant référence aux croyances que pouvaient avoir les femmes à cette époque.

Ce trait bucolique est renforcé par les paysages dessinés ; on peut presque parler de tableaux ou de vieilles photographies en noir et blanc. Pour les personnages, l’auteur utilise un trait simple sans trop de détails qui permet à n’importe qui de s’identifier à eux. Les décors sont minutieux et très détaillés. On note un grand soin apporté au dessin plein de poésie lui aussi.


Pour conclure, on peut dire que l’auteur a rassemblé ses talents de dessinateur et de scénariste dans un hymne poignant à la femme. Malgré le lieu et l’époque de l’histoire qui pourraient induire un récit très typique, on retrouve des situations, des pensées et des sentiments très universels.


Pauline Mercier-Lachapelle, A.S. Bib.

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