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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 21:07






Charles BUKOWSKI,
Les Contes de la folie ordinaire,
Traduction Léon Mercadet, Jean-François Bizot
Le livre de poche, 1983


















Parce que Bukowski, c’est l’Amérique.
 
Avant toute chose, voici comment "Buck" se voit :

"Bukowski a pleuré dans des hôtels minables, Bukowski ne sait pas s'habiller, Bukowski  n'arrive pas à s'exprimer, Bukowski a peur des femmes, Bukowski a des aigreurs d'estomac, Bukowski est un grand angoissé, il déteste les dictionnaires, les bonnes soeurs, la petite monnaie,les bus, les églises, les bancs publics, les araignées, les moustiques, les tiques, les tarés. Bukowski n'a pas fait la guerre, Bukowski est un vieux, voilà quarante-cinq ans que Bukowski n'a pas joué au cerf-volant. Si Bukowski était un singe, il y a longtemps que la tribu l'aurait banni..."

Charles Bukowski est né en 1920, en Allemagne. Il arrive à Los Angeles avec ses parents en 1922. C’est la grande dépression  aux Etats-Unis, une vie de famille  chaotique, un père brutal…Toute sa vie sera placée sous le signe d’une instabilité générale, familiale, amoureuse, professionnelle. Il va enchaîner différents emplois pour finir au Bureau des Postes de LA. Ce qu'il me semble important de retenir c’est la violente acnée qui défigurera Bukowski dans son adolescence, au point d’interrompre sa scolarité pour se rendre régulièrement à l’hôpital.  Son visage et son corps en seront complètement marqués.
 
 
Que ce soit dans ses romans, ses nouvelles  ou contes, l’écriture de Bukowski est largement autobiographique.
 

Les contes de la Folie Ordinaire ce sont 20 histoires, toutes plutôt courtes.

Le personnage principal est toujours un homme, désabusé, alcoolique, cynique et obsédé sexuel, principalement alcoolique et principalement obsédé sexuel. Qu’il s’agisse  de Buck, de Hank ou Henri Chinaski, c’est ainsi qu’il se nomme dans ses contes, il expose toujours  des situation crues.

C’est un autre point de vue sur l’Amérique, celui  des parias, de la vie misérable aux relents d’alcool. Tous les contes alternent entre scène de beuverie et scène de sexe, le tout entrecoupé de références littéraires, il fait souvent références à Céline, Hemmingway… et musicales  qui sauvent Bukowski de sa solitude  alcoolisée.

On est sans cesse enfermés dans un motel avec une femme ravagée, à boire, décuver, ou « baiser », dans un bar sordide à la recherche d’une autre femme ravagée  pour boire, boire et consommer ou alors on se croise dans les sphères littéraires de l’époque, mais pas celles  du devant de la scène. Le groupement underground, le petit milieu de Los Angeles où Bukowski commencera par se faire un nom.

Tout est toujours trempé d’alcool, tout macère, tout semble laid.
 
Il est bien souvent difficile de discerner la limite entre fiction et réalité. Principalement dans ce recueil puisque déjà les contes par leur définition suggèrent une distance entre fiction et réel, ils laissent  leur part à toutes sortes d’invraisemblances, dans le conte tout est possible. Dans «  Le petit ramoneur», nouvelle fantastique, son personnage, Henri Chinaski, épouse une femme qui va le réduire à une taille minuscule  de vingt centimètres afin d’en faire son jouet sexuel. On est clairement confronté à de la fiction, ce qui n’est pas le cas pour la plupart des autres histoires. Comme je l’ai déjà précisé, avec une écriture foncièrement autobiographique, Bukowski s’inspire directement de sa vie et de ses expériences pour nourrir ses contes. Ces expériences sont parfois si extrêmes qu’on aurait tendance à douter de leur véracité. Pourtant, quand on connaît sa biographie, on sait que c’est plausible.  Avec «  Vie et mort d’un journal underground », Bukowski  nous raconte l’apparition et la fin du Journal Open Pussy où il a longtemps officié comme principal  chroniqueur.

La décadence n’est pas forcément le trait majeur. Il ne faut pas penser que tout l’intérêt de sa poésie  repose sur une brutalité verbale, un réalisme cru sans limites, sur une provocation vulgaire. Ce qui pourrait déranger en fait dans ce livre, c’est que cette déchéance  est attirante. Bien souvent ce qui se pose comme question lorsqu' on lit Bukowski c’est «  Mince, pourquoi j’aime ça ? »

C’est cru mais poétique. On décèle rapidement une sensibilité trop mal cachée et je crois qu’il arrive bien trop facilement à révéler nos fantasmes communs, sans le dissimuler. C’est ce qui le rend si effrayant et fascinant à la fois.
 
 
J’ai aussi choisi ce livre pour établir un parallèle  avec Raymond Carver.

Chez Carver comme chez Bukowski, sa vie ressemble à ses nouvelles. On se demande bien souvent à la lecture de Neuf histoires et un poème, si le personnage masculin c’est Carver lui même qui se met en scène ou un imaginaire qui peut-être nourri de sa propre vie. Dès le début de la lecture je n’ai pas pu m’empêcher d’établir une comparaison. On retrouve chez Carver ces situations  du quotidien, parfois si misérables, pauvres d’ambition, des relations silencieuses où l’on communique  peu ou mal. L’alcool, le sexe reviennent hanter cette Amérique des années 50/60, parce que c’est ça l’Amérique.

Alors pour ceux qui ont aimé Carver, je conseille la lecture de Bukowski. Parce que là où Carver s’arrête, Bukowski y va. La poésie de Carver est brève, minimale, celle de Bukowski est chaude et acide.

Sa capacité et sa volonté à aborder le réel tel qu’il est, sans recul, sans détours en pousse plus d’un à tout bonnement jeter l’éponge mais je vous conseille sincèrement le contraire.


Julie Djadel, A.S. Édition-Librairie

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Published by Julie - dans Nouvelle
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commentaires

Djadel Julie 09/04/2009 01:06

Je ne crois pas ke Bukowski soit vulgaire, je dirai qu' il est grossier.
S'il faut redire que c'est un livre très largement autobiographique alors j'insisterai là dessus. Sa condition est précaire, c'est un personnage paresseux qui mène une vie misérable et il se contente de raconter ça. C'est honnête. Il ne tire en aucun cas supériorité de sa médiocre existence et en rappelant encore une fois le contexte, il est je crois, un peu douteux de parler de tentative commerciale dans une Amérique 70's, surtout vu le milieu intellectuel où il évoluait. Bukowski n'avait malheureusement pas autant d'ambitions! Je pense que c'est lui prêter de fausses intentions. Ce qui est dommage pour ta lecture c'est que tu n'aies retenu finalement que le côté médiatique que tu déplores tant.

Mademoiselle Swann 07/04/2009 13:37

Je n'ai pas pu finir ce livre, je ne lui trouve aucun intérêt, le talent de Bukowski semblait résider dans l'aptitude à placer le plus grand nombre de mots vulgaires dans une même phrase! Tout cet étalage de sexe et d'alcool, et le côté décalé prôné par l'auteur est très commercial à mon humble avis mais littérairement parlant c'est NUL! Dès qu'un écrivain incarne un personnage trouble, médiatiquement parlant, il est tout de suite porté aux nues...un écrivain qui choque, qui est un peu marginal et qui écrit n'importe quoi est un virtuose de la littérature, il faut arrêter! Le talent d'un écrivain se mesure à son livre pas à sa personnalité marginale!!!!!

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