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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 19:45




Jerry STAHL

A poil en civil

Titre original : Plainclothes Naked
Traduction française : Thierry Marignac
Paris : Editions Payot et Rivage, 2007
(Coll. Rivages/noir)


















« La mère de Tony Zank s’engouffra dans le couloir de la maison de retraite, ses spongieuses et tremblantes fesses à l’air, en hurlant : « A l’aide ! » et : « Arrêtez ce monstre ! »

Son déambulateur raclait le sol avec un bruit métallique et sa robe de chambre « Septième Ciel » pendait le long de son corps, à moitié enfilée, comme si elle avait traversé une corde à linge au pas de charge dans un jardin, et que son bras avait accidentellement accroché le vêtement.

- Elle a encore pas mal de coffre pour une vieille, dit McCardle, le maussade associé de Zank, portrait craché de Dean Martin, en admettant que Dean Martin ait été afro-américain.

Lorsque Zank lui jeta un regard appuyé, il ajouta :

- Elle a l’air assez contrarié, je veux dire.

Zank expulsa un renvoi de bœuf séché dans le poing qu’il avait placé devant sa bouche et haussa les épaules.

- Elle est toujours contrariée. C’est son activité principale. Ca fait cinquante ans qu’elle est contrariée.

Zank se rendait compte, avec un éclair d’angoisse, qu’avoir caché la clé de son avenir radieux dans le lit de sa mère, entre l’alèse de plastique qui protégeait le matelas et celui-ci, n’avait pas été l’idée la plus brillante de sa carrière. Mais l’heure n’était pas aux regrets. Il fallait qu’il s’introduise dans la pièce et qu’il en retire l’enveloppe avant que les autorités – quelque chose comme la police des maisons de retraite, si ça existait – ne se pointent et ne s’inquiètent de la cause des hurlements. Et qu’au passage elles ne lui demandent pas pourquoi, si la matinée tournait vraiment en eau de boudin, il avait choisi de rendre visite à sa mère avec un tocard déjà condamné à deux reprises, recherché pour avoir tué un homme à coups de bêche, et profilé à l’émission America’s Most Wanted la semaine précédente. »
(p. 11-12)

Dès les premières lignes, le ton est donné. Deux malfrats fumeurs de crack, Tony Zank et son acolyte McCardle, viennent récupérer un objet précieux sous le matelas de la mère de Tony. Mais l’objet a disparu. Tony ne lésine pas : pendue par les pieds à la fenêtre de la maison de retraite, sa mère, entre deux insultes, finit par dévoiler le nom de son infirmière Tina. La poursuite infernale ne fait que commencer. Mais Tina a un autre problème. Ce n’est pas la première fois qu’elle assaisonne de verre pilé et de débouche-évier les céréales de son insupportable mari-gourou, pour cause d’overdose de mantras chevrotants. Mais c’est la première fois qu’elle oublie de le vider au dernier moment… Il lui faut donc jouer la carte du mari suicidé, et tenir le rôle de la veuve éplorée. Quant à l’attachant Manny, ex-drogué reconverti en inspecteur, il tombe sous le charme de la meurtrière aux airs de Faye Dunaway. Mais par-dessus tout, il y a l’objet volé. Une photo. Rien d’autre qu’une photo… représentant les bijoux de famille de G. W. Bush en personne. Inutile de préciser la valeur financière d’une telle photo. Et la situation délicate dans laquelle se trouve Tina…

A poil en civil est un enchaînement de situations tragi-comiques. Jamais de temps mort. Tourbillon d’horreurs racontées avec légèreté, entraînant le lecteur, souffle coupé, qui arrive haletant à la fin de cette histoire improbable. L’humour de Jerry Stahl est parfois très noir, à l’image des situations dans lesquelles se retrouvent ses personnages. L’infirmière Tina, discutant de l’incinération de son mari avec un croque-mort, illustre bien la noirceur de cet humour : « Ensevelirez-vous les cendres ou bien préférez-vous les garder ? – C’est pour emporter, dit Tina, se rattrapant aussitôt, lorsqu’elle vit l’expression qui se peignait sur les traits du croque-mort » (p. 130)

Et le burlesque de certaines situations est à mourir de rire. Comme lorsque les deux criminels sous l’effet du crack deviennent paranoïaques. Ils se croient poursuivis par le FBI. Tony entend des hélicoptères imaginaires et McCardle est harcelé par un nain ricanant…

Chaque page de ce livre est un écran sur lequel défilent les situations les plus folles et burlesques inimaginables. Le lecteur pourrait se croire au cinéma. Avec ses mots et son style simples, Stahl parvient à nous faire « voir » véritablement la scène. Et au milieu de toute cette action, Jerry Stahl fait même une petite place à l’amour. Enfin… une histoire d’amour très mouvementée, cela va sans dire, avec le couple « Bonnie et Hutch », comme le définit si bien l’auteur. La meurtrière Tina et l’inspecteur Manny. Deux personnages qui tout au long de l’œuvre se tournent autour, se cherchent, « mais elle a tué son mari », et pourtant… Un couple à l’image de l’œuvre.

Des personnages plus déjantés les uns que les autres, une histoire tout aussi folle, un rythme effréné… Le tout assaisonné d’un humour délirant, parfois très noir. L’auteur nous présente une petite ville des Etats-Unis où malhonnêteté, crimes, corruption et scandales politiques sont monnaie courante. Le politiquement incorrect est l’essence même de cette histoire explosive.


Gaëlle, 1ère année Bibliothèques

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