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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 19:18





Margaret Atwood
La Servante écarlate
Robert Laffont, 2005
Coll. Pavillons poche
rééd. J'ai lu
















L’auteure


Née en 1939 au Canada, Margaret Atwood est une romancière et poètesse incontournable. En 1985, elle fait publier un roman d’anticipation qui obtiendra le prix du Gouverneur Général et le Arthur C. Clarke Award : La Servante écarlate. Elle est également l’auteure entre autre, du Dernier homme, de Captive et de Tueur aveugle ou de recueils de poésie, comme Mort en lisière ou The Door.


La Servante écarlate

Dans un future (trop) proche, une femme, Defred, une Servante dont le vrai nom nous est inconnu, nous apporte un témoignage décrivant une période de sa vie sous la République de Gilead. Ce régime s’est instauré dans la société Américaine du XXIème siècle quand des fanatiques religieux prennent le pouvoir par un coup d’état, dans une période troublée par une « guerre des sectes » et dans un contexte écologique désastreux : « l’atmosphère est devenue trop saturée, un jour, de produits chimiques, rayons, radiations ; l’eau grouillait de molécules toxiques, tout cela prend des années à se purifier, et entre-temps cela vous rampe dans le corps […] sans parler des explosions d’usines atomiques […]. » Cette situation écologique a eu pour effet principal de causer une stérilité quasi-générale : « un homme stérile, cela n’existe plus, du moins officiellement. Il y a seulement des femmes qui sont fertiles et des femmes improductives, c’est la loi. » Les Servantes, symbolisées par la couleur rouge, sont choisies ou parfois volontaires pour mettre leur fertilité au service de la communauté ; elles ne sont en fait que des « utérus à deux pattes ».

La société a été réorganisée : au sommet, les Yeux, les Tantes chargées de l’éducation des Servantes, les Commandants et leurs Epouses qui peuvent s’offrir les services d’une Servante ; en bas de l’échelle, les Martha, domestiques des Commandants et les Econofemmes, mariées à des hommes pauvres.

Cette société fonctionne « bien » grâce à une oppression bien orchestrée par les Yeux, les Gardiens de la Foi et tout citoyen : surveillance mutuelle, encouragement à dénoncer son prochain, état policier, envoi systématique aux Colonies des criminels (les femmes stériles, les Antifemmes, les féministes...), exécutions régulières, cérémonies et rites pour inspirer la peur. Voilà le monde auquel Defred confrontée et qu’elle tente de comprendre.

Nolite te salopardes exterminorum (traduction dans le roman !)

Avec l’instauration de ce régime totalitaire et ultra-religieux, les conditions de vie des citoyens ont été radicalement modifiées, et en particulier celui des femmes. En effet, celles-ci sont intégrées - ou pas – dans la société en fonction de leur capacité à concevoir un enfant. L’avortement est interdit, même si au final, il s’agit d’un Non-Bébé, d’ « autre chose », les grossesses doivent être menées à terme. Les accouchements se passent dans le respect des Ecritures : « Je multiplierai les peines de ta grossesse, tu enfanteras tes fils dans la douleur. »

Les femmes voient leur individualité et leur indépendance attaquée et restrainte, quel que soit leur statut : « [Elles] n’ont plus droit à la propriété. C’est la nouvelle loi.» Les Servantes, elles, sont même propriété de Gilead : elles ont tatoués sur la cheville « quatre chiffres et un œil. »  Le Commandant de Defred, lui explique durant une de leurs conversations « hors la loi »  que les conditions de vie des femmes se sont améliorée avec ce nouveau régime : « Pensez aux ennuis qu’elles avaient avant. […] Le marché de la viande. Avez-vous oublié le terrible fossé entre celles qui pouvaient facilement trouver un homme et celles qui ne le pouvaient pas ? Certaines étaient réduites au désespoir, elles se laissaient mourir de faim pour devenir minces, ou se gonflaient les seins de silicone, se faisaient couper le nez. Pensez à cette misère humaine. »

Trop sinistre pour être vrai ?

Ce roman m’a beaucoup marquée car à mon sens, il offre une vision de l’avenir très pessimiste, plutôt effrayante mais terriblement crédible ; même si la véracité du récit de Defred est mise en doute à la fin du roman par des académiciens et des chercheurs du XXIIème siècle, même s’ils lui donnent pour titre Le Conte de la Servante écarlate – le titre original The Handmaid’s Tale prenait d’ailleurs ce parti. Je trouve son réalisme particulièrement efficace dans le sens où l’auteure se base sur des événements passés et présents : la République de Gillead n’est pas sans rappeler le fonctionnement de régimes dictatoriaux mais aussi la Seconde Guerre mondiale. Les causes et les conséquences de la détérioration de l’environnement et l’évolution des sociétés sont, je pense, toujours d’actualité, identiques et bien menaçantes.

Un livre qui ne laisse pas indifférent…


Vous pouvez aussi lire

          George Orwell, 1984. Gallimard, 2008 (Coll. Folio)
          Alan Moore,V pour vendetta. Delcourt, 1998.
          Robert Merle, Malevil. Gallimard, 1983 (Coll. Folio) 


ou regarder

          Les fils de l’homme, d’Alfonson Cuaron. 2006
          Bienvenue à Gattaca, d’Andrew Niccol. 1998
          Soleil vert, Richard Fleischer. 1974


Elise Kriegk, A.S. Bibliothèques


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Published by Elise - dans dystopies
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