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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 21:06









Grégoire POLET
Excusez les fautes du copiste

Gallimard, 2006 (
paru en septembre 2008 dans la collection Folio).
















Biographie/bibliographie de l'auteur
(Wikipédia)

Grégoire Polet est un jeune écrivain belge de langue française né en 1978. Il enseigne les lettres romanes à l'UCL. Il a été nommé dans la première sélection du prix Goncourt, édition 2007.

Madrid ne dort pas, Gallimard (2005), Prix Jean Muno 2005.
Excusez les fautes du copiste, Gallimard (2006), Prix Victor Rossel des jeunes 2006.
Leurs vies éclatantes, Gallimard (2007), (prix Indications du jeune critique 2008, ex aequo avec Corinne Hoex, pour Ma robe n'est pas froissée, éd. Les Impressions nouvelles).

Excusez les fautes d'un copiste, ou comment un raté trouve un sens à sa vie.

Sylvain est un peintre à la manque, qui, pour gagner sa vie et élever décemment sa fille Isabelle, a accepté un poste de professeur de dessin dans une école de jeunes filles. C'est ainsi que, loin de ses ambitions originelles, et de ses rêves d'artiste, Sylvain survit, ou plutôt « sous-vit ».


Emile (bouquiniste, avec qui il partage la passion de la lecture et des livres), Jeanne (professeur de piano d'Isabelle) et plus tard, Max (nom du brocanteur en tableaux du quartier) sont les seules personnes à avoir droit de passage dans la vie de Sylvain.


Un jour, pour répondre aux besoins de sa fille, ce dernier accepte de restaurer des tableaux (au noir) pour son ami Max. Cette activité « cachée » redonne un sens à la vie de notre « héros » (s'il est juste de le qualifier ainsi).


Après avoir connu tant de déceptions et de désillusions, et après avoir renoncé à l'idée d'avoir un quelconque talent artistique, Sylvain a une révélation: sa voie se trouve dans la copie de tableaux. Il devient alors clair que, s'il ne possède pas franchement de talent, ni de manière propre, il excelle dans l'art d'imiter celle des autres. Son véritable talent est donc, en quelque sorte, de ne pas en avoir.

« Il [Emile] avait vu le tableau original chez Max et il s'enthousiasma puissamment. C'était la première fois que quelqu'un me disait – et il le dit d'une manière absolument convaincante – que j'avais du génie. Du génie: le mot dont tout artiste attend qu'il émerge tout simplement, un jour, du coeur de quelqu'un, devant son oeuvre, qui ne sache exprimer son impression autrement que par ce divin terme ».


C'est ainsi, qu'à côté de sa vie « normale », Sylvain entretient cette vie parallèle (et cachée), non seulement plus attrayante, mais aussi plus valorisante. Pour continuer cette « renaissance », et ce, avec la complicité, voire la collaboration de ses amis, il se lance dans la production de faux tableaux (de vrais peintres), puis, plus tard, de répliques d'oeuvres connues. Il s'offre, grâce à sa nouvelle activité, une nouvelle existence : il abandonne son travail de professeur, laisse sa fille (devenue adulte) vivre seule dans la maison familiale et déménage...

 Excusez les fautes du copiste est un récit très bien construit, aux chapitres courts et concis qui nous laissent pénétrer l'intimité et les contradictions d'un homme, profondément solitaire (par choix ou par « hasard »?), mais  malheureux. Un homme que l'on voit progressivement renaître (est-ce parce qu'il se trouve enfin un intérêt ?), mais qui porte un regard très clair et objectif sur sa situation :

« L'art, le Grand Art ne m'avait jamais accueilli, et j'avais trouvé ma place en me faisant l'agent secret, l'espion, le traître qui, de l'extérieur, intervient et commande son centre intime. Je n'étais pas un artiste, mais on admirait mes oeuvres sous le nom de Claus et de De Groux. Et bientôt, des visiteurs du monde entier m'admireraient sans le savoir derrière le nom de Magritte, de Delvaux, et de tant d'autres ». Tant et si bien que dans l'esprit de Sylvain, la copie devient le seul art à pratiquer,  le seul qui en vaille la peine, pour lequel il est juste de s'impliquer : « J'étais fatigué de mes propres créations [...]. Elles me fatiguaient bien plus que mon travail de copiste, où je trouvais au fond la seule motivation qui me restait. Mathias Carré était ravi. Je travaillais vite, et la perfection de mes copies continuaient à le faire – ce sont ses mots – frissonner d'horreur. »

Mais au-delà de la vie de Sylvain et de ses tâtonnements, de ses interrogations, et à travers ce roman, Grégoire Polet évoque les questions d'amitié, d'amour, de vérité, de solitude, et nous propose des pistes de réflexion sur l'art.

Bref, Excusez les fautes du copiste nous donne à voir une histoire, des situations et des personnages dont on peine à se détacher. Mais, plus loin que cet aspect affectif, ce qui est réellement appréciable dans cet ouvrage, et nous l'avons évoqué, c'est la liberté (on peut supposer qu'elle est volontairement laissée par l'auteur) que l'on a de mener notre propre réflexion sur des sujets différents comme les rapports amoureux, familiaux, amicaux, l'art, et la notion de vrai, la solitude, la recherche de l'accomplissement...
 
Et avec cette qualité que l'on ne trouve pas partout: celle de ne pas verser dans des considérations et débordements philosophiques déplacés et hors de propos.

 


Clémentine, AS EDLIB.

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