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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 19:22










Jean-Pierre OHL
Monsieur Dick ou le dixième livre

Gallimard, NRF, 2004
prix Roblès 2005



















Biographie


Jean-Pierre Ohl grandit dans  la ville de Mimizan (Landes) en compagnie d’un père amateur de romans policiers, d’une mère admiratrice du cinéma américain, et de son frère Michel qui l’initie aux grands écrivains russes (Dostoïevski, Tolstoï …) et aux  surréalistes. Après des études de Lettres, il devient professeur de français puis libraire à Bordeaux en 1986. En 1991, il rejoint la librairie Georges à Talence. Cette stabilité professionnelle lui permet de se consacrer sérieusement à l’écriture. En 1990, il est remarqué par Gallimard pour un ouvrage qui  ne sera finalement pas publié. Ce n’est que partie remise puisqu’en 2004, Monsieur Dick ou le Dixième Livre paraît dans la collection Blanche.

Résumé

Ce premier roman est un hommage à la littérature anglaise de la fin du XIXème siècle et à Charles Dickens (1812-1870) en particulier. On y trouve de  nombreuses références aux personnages dickensiens tels que Pip et Estella (Les grandes espérances) , Skimpole (La maison d’âpre-vent), Wilkins Micawber (un des amis de David Copperfield), Dick (que l’on retrouve dans David Copperfield), Paul Skyes (criminel brutal et sans scrupules dans Oliver Twist), Sam Weller (domestique de Pickwick) et le fameux Jasper (oncle du héros éponyme Edwin Drood). L’intertextualité (ensemble des relations qu’un texte littéraire peut avoir avec un autre) est y très importante.

« La littérature droodienne » est le terme par lequel on désigne tous les articles, les livres, les contributions diverses qui sont parus pour élucider le Mystère d’Edwin Drood (le MED), titre du dernier roman inachevé de Dickens. Le monde intellectuel, à l’instar de grands écrivains comme Nabokov, Chesterton, Anatole France ou André Gide, mais aussi de nombreux chercheurs anonymes se  sont passionnés pour le sujet depuis plus d’un siècle. Il existe différents courants interprétatifs : « les croquemorts » qui pensent que Drood a été assassiné (ils sont subdivisés entre ceux qui pensent que Jasper est le coupable et ceux qui pensent que ce sont les jumeaux Landless), les « Innocentistes » qui défendent l’idée  que Drood n’a pas été tué par Jasper et les « Résurrectionnistes » qui croient que Drood n’était pas mort.

Jean-Pierre Ohl a sa propre version qu’il nous divulgue au fil des intrigues, entremêlant  diverses époques et atmosphères (réalistes ou fantastiques), utilisant les codes du roman policier et dispersant quelques indices ici et là. La figure  du détective privé caractéristique des « dick novels » (dick signifie « détective » en anglais) est incarnée par  le Français Evariste Borel. Ce dernier n’hésite pas à se rendre à Gad’s Hill Place pour récolter des informations précieuses sur Dickens. Il étudie l’une des scènes « clefs » du Mystère d’Edwin Drood  dans la tour de la cathédrale de Rochester. Borel est enfin présent à la fameuse séance de spiritisme  qui réunit les trois grands écrivains  que sont Conan Doyle, Robert Louis Stevenson (au faîte de sa gloire avec l’île au trésor) et Wilkie Collins (l’élève adoubé par Dickens qui avait publié Pierre de Lune, un récit à suspense habilement charpenté que l’on tient comme l’un des prototypes du roman policier et qui avait amené Dickens à écrire le Mystère d’Edwin Drood).

Parallèlement à ce décor de la fin de l’époque victorienne, Jean-Pierre Ohl offre au lecteur une seconde intrigue autour de deux personnages principaux plus contemporains que sont François Daumal et Michel Mangematin. Ces deux Bordelais de la seconde moitié du XXème  entretiennent une rivalité pour trouver la solution de la mort d’Edwin Drood. Ils ont un point commun : celui de boire du laguvalin chez le libraire Krook en discutant de littérature. Ils ont de grandes différences : Michel Mangematin veut faire fructifier sa passion pour la littérature, il est très ambitieux , il réussit sa carrière universitaire et sa vie sentimentale. François Daumal a une enfance difficile et est en proie à une grand-mère (dont le surnom est « Sans-Bouger ») oppressante. Il est dépressif, en retrait. Il cultive une rancœur envers l’université et envie le succès de son alter ego Mangematin. Progressivement Daumal confond le rêve et la réalité et plonge dans une sorte de schizophrénie. La littérature  devient pour lui aussi réelle que le réel. A la fin du roman , il s’adresse à  Mangematin en déclarant : « Que sommes-nous, dis-moi, sans Borel ? Sans Dickens, sans le MED ? Sans la littérature ? Maintenant il n’en reste rien … ou plutôt, pire que rien ! Une farce ! Une farce de potache !Tu as écrit en l’effaçant consciencieusement au fur et à mesure , comme un crayon à bout gomme ! Tu viens de prouver notre propre inexistence !... » (page 278).

Il rejoint  ainsi le point de vue du philosophe allemand Weissinger (que l’on retrouve aux pages 256-257) qui prétend que les personnages de Dickens sont plus « réels » que la réalité.

A noter : Jean-Pierre Ohl a publié son second roman Les maîtres de Glenmarkie en 2008.


Théophile Poitevin, Année spéciale Bibliothèques-médiathèques

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