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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 16:11





Emmanuelle URIEN,
Court, noir, sans sucre
(nouvelles),
L’être minuscule, 2005












Treize nouvelles d’apparence innocente …
 
Pour parler de son œuvre, Emmanuelle Urien s’avance sur scène toute de blanc vêtue et, d’un grand sourire, elle présente son ami guitariste : « c’est pour égayer un peu mes histoires » dit-elle, comme pour s’excuser.
Elle est belle, lumineuse dans sa robe blanche et quand elle commence à lire ses nouvelles, on ne veut pas croire qu’elle puisse écrire d’une plume si froide et tranchante. On comprend finalement que s’il n’y a pas de sucre dans ses nouvelles, on le trouvera dans son sourire.

« Lundi, je suis sorti pour prendre l’air. J’ai surtout pris l’eau. »

Finalement la guitare n’arrange rien, elle ne fait que souligner le pathétique, elle accentue le tragique. On aurait pu être bercé par les notes de musiques et par la voix d’Emmanuelle Urien, mais non, on se tient bien droit, on s’agrippe à sa chaise car les mots qu’elle nous jette sont aussi douloureux que des épines.

« Si peu vivantes, qu’on s’attend à les voir se disperser en cendres. »

Les personnages de Court, noir, sans sucre sont sombres, vides et froids. Emmanuelle Urien se joue avec cruauté et humour de leurs illusions, de leur désespoir. On lit ce recueil comme on regarde le journal télévisé, avec effroi, et dégoût, et pourtant on en redemande encore, et encore. On est tellement bien, nous, dans notre canapé pendant que les personnages agonisent ou sombrent dans la folie. Emmanuelle Urien abuse du malentendu, elle joue avec les mots et les pronoms pour retarder au maximum le véritable portrait de son héros qui éclaircira la situation. Impossible donc de s’identifier à un personnage qu’on ne connaît pas, impossible également de juger une situation qu’on ne saisit pas dans son ensemble. On se contente de suivre leurs trajectoires avec pitié et déchirement mais rarement la compassion nous assaille.

« Les volets sont restés baissés, elle n’a pas besoin de lumière, voilà des années qu’elle s’en passe. Á tel point que le mot s’est effacé de son vocabulaire. »

Court, noir, sans sucre tient ses promesse : c’est un recueil amer, sombre et sans espoir derrière lequel se retrancher. Avec ses treize nouvelles, Emmanuelle Urien nous épluche l’âme et nous confronte aux drames de la vie ordinaire, le malaise y est presque palpable.

Mais le tout est enveloppé d’une grande tendresse et saupoudré d’un humour décapant. Finalement le recueil est court, bien trop court  et sans attendre la digestion, on se jette sur le suivant, La collecte des monstres, toujours aussi cruel mais avec un style encore plus affirmé. Désormais, on boit le café sans sucre, parce-que c’est comme ça qu’on l’aime : brut et plein de saveur, tout comme la vie que nous dépeint Emmanuelle Urien.


Marianne Sandevoir, 2ème année Ed.-Lib.

Lien
http://www.emmanuelle-urien.org

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Published by Marianne - dans Nouvelle
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