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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 10:50




Raymond QUENEAU
En passant
Editions de l'Herne, 1995
collection Confidences

























En Passant
est l’unique pièce de théâtre écrite et publiée en 1944 par Raymond Queneau à la demande d’Albert Camus et jouée en 1947 au théâtre Agnès Capri dans une mise en scène de Pierre Gout. Raymond Queneau définit cette pièce comme : « Un plus un acte pour précéder un drame ». En réalité, En Passant ne répond qu’à un enjeu modeste : la pièce est prévue comme un lever de rideau précédant La vie que je t’ai donnée, une tragédie de Luigi Pirandello. Pourtant, En Passant représente une véritable prouesse poétique qui vient ajouter une pierre à l’édifice littéraire de Raymond Queneau et qui doit être considérée comme une pièce à part entière.

En passant est constitué de deux actes symétriques dans lesquels les personnages, les dialogues et les péripéties se font écho. Dans le premier acte, une femme tombe sous le charme d’un passant sous l’œil de son mari et d’une mendiante. Dans le second acte, un homme s’échappe en rêve avec une passante sous l’œil de sa femme et d’un mendiant. Raymond Queneau, fondateur de l’Oulipo en 1960 avec François Le Lionnais, se fixe ici une contrainte mathématique empruntée à ce mouvement : la symétrie des actes, la répétition et la nuance, l’égalité des sexes, l’inversion des sexes, des structures égales et des vers égaux. Dans la structure mathématique, Queneau fait intervenir le rêve, la poésie, l’insouciance, l’imaginaire et l’irréel. C’est donc avec talent que l’auteur mêle le rationnel à l’irrationnel.

Les deux scènes se situent dans le métro parisien et s’ouvrent sur un couple épuisé de s’aimer, pour lequel la tendresse a cédé sa place à la lassitude. Dans le premier acte, c’est la femme qui tient son couple à bout de bras en rêvant d’aventures passionnelles alors que son mari se laisse vivre et se satisfait mollement de ce qu’il a. Dans le second acte, c’est l’inverse. Le rêve et le voyage interviennent lors de la rencontre avec le passant puis avec la passante. Les rencontres commencent bêtement par un « avez-vous l’heure s’il vous plait ? », puis, de fil en aiguille, on discute, on rit, on se plaît, on fait des projets et on s’aime. Queneau nous fait vivre les émotions sur quelques années d’une couple habituel en trente minutes seulement. Les deux actes sont les mêmes, mais les mots changent. L’auteur torture comme à son habitude magnifiquement la langue française. Il nous transporte dans des pays exotiques avec une telle émotion dans les mots que le lecteur peut sentir l’odeur de la pastèque et la chaleur humide des soirs de septembre
:
« Le passant : Les nuits viendront, alors les nègres musiciens taperons sur leurs calebasses et souffleront dans leurs cuivres jusqu'à ce qu'enfin le jour sorte à l'horizon en hissant hors des ténèbres sa grosse chaude boule rouge lumineuse.

Irène : Nous arriverons dans ces pays où nous n'aurions jamais espéré vivre avec leurs villes plus larges que des Paris, leurs avenues plus palmées que la procession du jour des rameaux, leurs métros en or fin et leurs taxis d'argent. »


Cependant, quand la sonnerie du dernier métro retentit, les personnages sont brutalement tirés de leur rêverie, rattrapés par leurs complexes, leurs soucis et leurs impératifs moraux. Ainsi, les couples se reforment et repartent tristement vers leur routine tandis que le passant puis la passante concluent en disant : « Qu’est-ce que vous voulez… je ne faisais que passer… ». La pièce est décalée, magnifique et irréelle à la fois. Elle est absurde bien que, cependant, chacun ait imaginé un tel coup de foudre et une telle évasion passionnelle une fois dans sa vie. 


Joséphine Demeillers, 2ème année Ed.-Lib.


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