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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 08:17








Victoria LANCELOTTA,
En ce bas monde
,
10x18, 2008
Titre original : Here in the world
Traduit de l’américain par Bruno BOUDARD













Auteur d’un roman, Loin, paru il y a quatre ans aux éditions Phébus, Victoria Lancelotta signe ici son premier recueil de nouvelles.

Avec un style trempé, incisif et sans détours, cette auteur américaine est souvent comparée avec raison à un autre maître du genre, Raymond Carver.

En ce bas monde regroupe treize nouvelles, toutes autour du même thème : les femmes. A travers chacune d’entre elles, Victoria Lancelotta dresse le portrait de femmes déroutées, seules même si (mal) accompagnées, chacune faisant face à leur passé ou à leur destin. En bref, l’auteur ne peint que le miroir de la condition de femmes que nous aurions pu être, que nous avons pu être, que nous pouvons être.

Dans « Chienne d’aveugle » qui ouvre le recueil, ontrouve une jeune femme, maîtresse d’un homme aveugle, qui se plie à ses moindres volontés, non sans risques.

Dans « Les choses que je sais », c’est une jeune femme, elle aussi esclave d’un homme, tiraillé cette fois par la peur de mourir bientôt.

« Dans l’ombre » raconte les efforts d’une jeune adolescente pour se fondre dans la masse et plaire aux garçons en passant par le rituel de la première expérience sexuelle.

« Les bars » raconte l’histoire d’une jeune célibataire dont la voisine se voit contrainte de subir les perversités sexuelles de son mari . Ainsi, cette mise en abyme permet à la narratrice de prendre conscience de son attirance envers sa voisine.


Et tout au long du recueil ce n’est que solitude, que passés troubles et présents pesant qui viennent rythmer les vies de ces femmes. De la perte d’une grande sœur à l’âge de quatre ans à un père trop malade pour reconnaître sa fille en passant par une femme trompée ou encore un couple sans émotions (gustatives), ces portraits de vie reflètent l’impulsion tragique qui alimente nos vies sans qu’on puisse avoir un quelconque pouvoir dessus.

Chacun a ses secrets, son passé à enfouir en attendant qu’il ressurgisse.

L’auteur d’En ce bas monde n’est que trop consciente de cela et c’est pour cette raison qu’on ne ressent jamais de pitié ou de pathétique dans ses histoires. Le ton est singulièrement juste, les histoires sont sculptées à l’état brut, comme une femme qui se livre sans complexe et fait état de son expérience de vie, qui vaut bien celle d’une autre après tout.

Ce recueil est finalement le reflet de l’apprentissage de la vie féminine qui commence par le passage (douloureux) du don de son corps et de son être pour se consolider ensuite par la famille, le mari, les amants, les enfants, le travail, la solitude, la vie.


 « J’ai été agressée dans la rue, devant un bar situé non loin de mon propre quartier. Ce n’était pas une sinistre venelle retirée, je n’étais pas ivre et tous les réverbères fonctionnaient. On m’a empoignée de dos et entaillé le visage, avant de me laisser tomber sur le bitume et de m’abandonner là – vite fait, sans douleur sur le coup et à présent presque un souvenir.[…] Je ne l’ai cherché que pour lui pardonner. »

Marie Castagnino, A.S. Ed.-Lib.

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Published by Marie - dans Nouvelle
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