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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 17:30




Jeune auteure et dessinatrice de bande dessinée, Joanna Hellgren est née en 1981 à Stockholm. Diplômée de Konstfack, Ecole supérieure d’art et du design à Stockholm, c’est à dix-neuf ans que Joanna Hellgren s’adonne au genre de la bande dessinée, aux côtés de Julie Doucet, auteure québécoise de bande dessinée renommée et Anke Feuchtenberger, auteure allemande de bande dessinée et professeur d’Art à Hambourg.

Joanna Hellgren est révélée en avril 2008, avec la sortie de son premier album, Mon frère nocturne, édité par les éditions Cambourakis en avril 2008 et qui vient d’être tout dernièrement nominé pour la sélection officielle d’Angoulême 2009.

Ceci ne fait que confirmer le talent de Joanna Hellgren, personnalité fascinante et sensible, qui sait surprendre avec un style graphique et une écriture singuliers.

Joanna Hellgren vit actuellement à Stockholm et réalise en plus de bandes dessinées, des illustrations pour la presse et des éditeurs suédois et écrit aussi des articles pour le journal d’une association de graphistes et illustrateurs.

Entretien

Dans Mon frère nocturne, le thème central est le deuil et les conséquences psychologiques qui peuvent en découler. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les différentes réflexions qui vous ont amenée à aborder ce thème ?


Je ne sais pas pourquoi beaucoup de mes histoires commencent après la mort de quelqu'un. Peut-être parce que je ne l'ai jamais vécu. Je n'ai perdu personne sauf mon grand-père quand j'avais cinq ans, mais (comme tout le monde) j'ai des amis qui ont perdu un frère ou une sœur, leur père ou leur mère. D'avoir vécu si protégée peut donner un sens de culpabilité. Quand j'étais plus jeune, j'étais sûre qu'une justice "céleste" allait se venger, pour faire de l'équilibre. Maintenant je ne crois plus qu'il y ait ce genre de justice.

 L'ensemble de l'histoire est raconté à travers le point de vue d'un enfant. Qu'est-ce qui vous fascine justement dans le monde de l'enfance ?

Je me souviens beaucoup de mon enfance avec des détails très forts. Je n'ai pas d'image idéalisée des enfants, mais je sais que quand j'étais petite j'avais l'horreur de grandir. À partir de 12 ans, je me disais que ça suffit là, je ne suis pas prête à tout ce qui va venir... Heureusement j'avais tort. Mais j'ai trouvé l'adolescence extrêmement dégoûtante. J'aime beaucoup les enfants même si je n'ai pas la chance d'en connaître beaucoup.

 Le rapport texte-image est intéressant, les mots renforcent l'importance des images. Cependant, écrire et dessiner, dessiner et écrire…n'est-il pas difficile de trouver un équilibre entre les deux ?

J'ai toujours fait les deux depuis toute petite. Parfois que du texte, et parfois seulement dessin ou peinture. Justement les deux ensemble m'aident à continuer et d'ajouter un certain humour dans les expressions (même si je suis bien consciente que ça ne fait pas vraiment rigoler, au moins pas dans Mon frère nocturne.).
 
 Quel processus de création  avez-vous adopté pour cet album ?

C'est une histoire que j'ai commencé à écrire uniquement en texte quand j'étais au lycée. Comme tous mes projets de texte seul, je ne l'ai pas terminé, mais des années plus tard, j'en ai parlé avec une amie qui m'a dit que ce serai une bonne idée de le recommencer. Ça a déclenché l'idée de nouveau, et je l'ai fait pendant huit mois. Le temps de dessiner donne le temps pour réfléchir. J'ai commencé en janvier à Paris, puis j'ai terminé tout en août après être retournée à Stockholm après presque trois ans en France. Voilà pourquoi j'ai tout de suite voulu le faire en français ainsi qu'en suédois. Finalement il n'a été publié qu'en France. Peut-être plus tard je trouverai un éditeur suédois.

Pour les dessins, vos deux outils principaux sont le pinceau et le stylo, pourquoi avoir fait ce choix stylistique ?

C'est seulement dans ce livre que j'ai choisi de travailler avec plume et pinceau. Aussi souvent je travaille avec crayon et collage, comme dans mon livre suivant, Frances qui est uniquement en crayon. Je n'aime pas travailler toujours pareil, et l'an et demi qui s’est passé entre la création de Mon frère nocturne et Frances peut expliquer la différence de style. Mais bref, j'aime les détails que donnent la plume, et la force du pinceau.

 L'absence de perspective dans les dessins, est-ce une volonté de rendre floue la réalité, de la détourner ?

Oui, même si je n'ai pas formulé comme ça. J'ai choisi de ne pas utiliser une perspective réaliste, parce que je ne trouve pas que c'est important dans l'histoire. Et d'en ajouter m'aurait forcée de travailler avec des fonds, et j'étais plus intéressée de travailler avec des images simples, avec le texte comme un élément graphique et complémentaire.
 

De manière générale, la mort, le deuil sont des thèmes fréquents en littérature jeunesse. Aviez-vous fait des recherches auparavant ?





Je n’ai pas fait de recherches, mais j'aime beaucoup la littérature de jeunesse, surtout les livres de Tove Jansson (les Moomin), mais encore plus ses histoires pour adultes. J'adore aussi Momo de Michael Ende, les livres d'Astrid Lindgren, surtout Ronya, fille du brigand, Les frères cœur de lion et Mio mon Mio. La grande spécialiste suédoise de livres de jeunesse pleins de mystère était Maria Gripe, avec Cécilia retrouvée, La fille de papa Pélérine et Hugo et Josephine. Petite, j'adorais les histoires dramatiques, quasi-réalistes et tristes. Valja, de L.M Voronkova m'a fait pleurer et tout ce qui est d’autrefois a un fort intérêt.

 





Souhaitez-vous faire passer un message social à travers ce livre?


Non, je ne pense pas vraiment au lecteur en travaillant. Voilà peut-être les difficultés à savoir si c'est pour des enfants ou pas. En revanche, je fais attention à ne pas faire passer des messages in- voulus. Par exemple, des images des hommes et femmes, filles et garçons trop typiques. On peut dire qu'un père qui se casse est typique, mais dans Frances, c'est la mère qui est partie, même si on ne le sait pas dans le tome1.


Entretien réalisé le 2/11/2008

Sophie Robin, Licence pro.


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Published by Sophie - dans Entretiens
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