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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 21:29





Bulbul SHARMA

La colère des aubergines,
traduit de l'anglais (Inde)
par Dominique Vitalyos,
Picquier, 1999
Picquier poche, 2002



















Bulbul SARMA est peintre et écrivain, d’origine indienne. Elle vit à Delhi et a écrit plusieurs recueils de nouvelles, dont peu sont publiés en France. Ce recueil, La colère des aubergines, contient treize nouvelles, toutes avec des titres culinaires, tels que « En sandwich », « Folie de champignons » ou « son pesant de sucre ». Chacune contient, en conclusion, une ou deux recettes de cuisine traditionnelle indienne, évoquées dans la nouvelle.


Le thème principal de ce recueil est, bien évidemment, la cuisine. Elle est au centre de chaque histoire, ou tout du moins très présente. C’est une part intégrante et importante de la vie traditionnelle.

De plus, ce sont toujours les femmes qui font la cuisine. Lorsqu’un homme est présent, c’est un serviteur, en qui la maîtresse de maison a une confiance absolue. Et quand la femme ne cuisine pas directement, c’est elle qui dirige les opérations et a le contrôle sur la cuisine ou la nourriture.

Mais la nourriture a une place prépondérante dans ces nouvelles principalement parce qu’elle est à l’origine de toutes les émotions, qu’il s’agisse de joie, peine, réconfort, dispute, peur, doute, trouble, envie, …Chaque sensation ou émotion existe à travers la nourriture, le cuisine et le moment du repas.

Et, lorsque la cuisine est évoquée, c’est avec suffisamment de détails pour mettre l’eau à la bouche mais pas en détail.

Le deuxième grand thème est l’opposition entre la tradition indienne et la jeunesse qui s’occidentalise.

Cela s’exprime bien entendu à travers la cuisine, car elle fait partie de toutes les étapes de la vie traditionnelle, le mariage, le veuvage, l’anniversaire de mort, et toutes les fêtes religieuses. C’est aussi une affaire de caste, car la façon de se nourrir, et la vision de la pureté de la nourriture est différente selon la caste d’origine.

Mais cette opposition se voit aussi à travers la perception de certains événements, comme le mariage, dans la nouvelle « concours d’agapes ». En effet, le premier mariage de l’homme, un mariage d’amour, s’est rapidement mal terminé, alors que le second, effectué selon la méthode traditionnelle, par le biais de petites annonces et où les mariés n’ont pas voix au chapitre, va durer toute une vie.

La nouvelle où le « choc des cultures » est le plus évident est la dernière du recueil, « son pesant de sucre ». C’est une femme d’une quarantaine d’années, ronde et belle selon les critères indiens, trompée par son mari avec une autre, plus jeune et plus mince, et plus belle selon le point de vue occidental. Elle fait un régime perpétuel et du sport pour récupérer son mari, et se rend ridicule à faire tant d’efforts qui n’aboutissent à rien. Elle finit par retourner, presque malgré elle, à la tradition, lors d’une fête religieuse où, comme tout le monde, elle s’empiffre de sucreries.

L’arrivée de la jeune génération annonce aussi une perte des traditions. Dans la nouvelle « qui meurt dîne », où la grand-mère fait appel à un prêtre pour manger le repas d’anniversaire de mort du grand-père, ses enfants, une fois qu’elle est décédée, se contentent d’un don à une œuvre de charité.

Dans la façon d’écrire de l’auteur, on peut sentir une certaine défense des traditions, une sorte de nostalgie de son enfance, et une critique de certaines pratiques occidentales qui dénatureraient la riche culture du peuple indien. Mais on sent qu’elle ne dénigre pas toutes les évolutions, et que le poids des traditions est parfois trop important et devrait s’assouplir pour mieux s’adapter à l’évolution du pays, comme dans la nouvelle « un goût pour l’abnégation », où le poids de la famille est tellement lourd qu’il annihile même l’individu et sa capacité de décision, pour le conformer au rôle qui lui est assigné.

On ressent donc que cette opposition est importante pour l’auteur, car elle vit l’évolution de la vie et des coutumes indiennes de l’intérieur, et qu’elle est donc apte à les percevoir, les commenter et les juger.

Enfin, le troisième thème important est la femme et sa place dans la société. Comme dit plus haut, c’est toujours elle qui cuisine, et cela peut même être sa fierté, comme dans la nouvelle « la colère des aubergines », où le fait de pouvoir éplucher les oignons sans pleurer fait la joie du personnage principal, et est même une de ses plus grandes fiertés.

La femme est aussi, dans chacune des nouvelles, au centre de l’histoire. Et lorsque c’est un homme et non une femme qui est le personnage principal, il agit toujours en fonction d’une femme et par rapport à elle.

Elle est, par le poids de la famille et des traditions prisonnière des coutumes, mais échoue lorsqu’elle essaye de s’en libérer, comme dans « son pesant de sucre », où elle en devient même ridicule. Le lecteur peut même avoir l’impression qu’elle ne trouve sa place et son accomplissement que dans la cuisine. C’est le seul endroit où elle peut être aux commandes.

Pour l’homme, les femmes sont soit des objets que l’on s’échange, où que l’on achète parce que l’on en a les moyens, soit des dangers dont il faut à tout prix se protéger, et qu'il faut surtout protéger d’elles-mêmes (« l’épreuve du train »). Néanmoins, l’homme et la femme cherchent tous deux à plaire à l’autre, quitte à entreprendre pour cela des choses qu’ils ne feraient pas d’ordinaire. Chacun veut entrer dans le cœur de l’être aimé.

L’impression générale qui est donnée, bien que parfois un peu ambiguë, est que sans la femme, l’homme n’est rien. Et, malgré la vision  qui peut quelquefois sembler un peu rétrograde de la femme, on sent que l’auteur a une position plutôt féministe et voudrait libérer la femme de ce joug qui lui est imposé par l’homme, et de ce rôle d’objet qui est considéré comme sien.

Ces nouvelles, écrites dans un style simple, malgré quelques mots en indien que l’on perd rapidement le courage d’aller chercher dans le glossaire, sont agréables à lire et assez appétissantes, par leurs sujets et les différents plats qui y sont décrits.

Mais attention ! C’est un livre à ne pas lire lorsqu’on a faim, car il ne fait qu’accentuer le phénomène !


Loriane B. , première année édition-librairie


Voir aussi l'article d'Héloïse

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Published by Loriane - dans Nouvelle
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