Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 19:45








Saneh SANGSUK
Venin

traduit par Marcel Barang
Seuil, 2005
coll. Points


















Il
n’y a malheureusement pas beaucoup d’informations disponibles sur Saneh Sangsuk. Pourtant reconnu comme un talent majeur de sa génération, il reste inconnu du grand public français. Il est né dans la campagne thaïlandaise près de Bangkok en 1957, ce qui ne l’a pourtant pas empêché d’évoluer dans un milieu d’érudits. En effet, il est aujourd’hui diplômé de langue et de littérature anglaises. Même s’il reste méconnu dans beaucoup de pays du monde, il a lui-même pris la peine de traduire ses œuvres en américain et en anglais.

Sa carrière a débuté par une autre nouvelle : l’Ombre blanche. Cette œuvre est la représentation tragique d’un jeune courant après le bonheur dans un Bangkok montré comme violent. Malheureusement tout cela va le mener à une descente aux enfers et à sa perte. Le protagoniste finit donc par se réfugier dans un petit village de campagne au nord de la Thaïlande. Cette nouvelle a été qualifié d’autobiographique mais n’a pourtant jamais été revendiquée comme telle par l’auteur. Cependant plusieurs détails portent à penser que l’écrivain a établi son portrait à travers celui d’un jeune vaurien.

La troisième et dernière œuvre de Saneh Sangsuk se nomme Histoires vieilles comme la pluie. Elle raconte différents contes thaïlandais par récits enchâssés à celui d’une veillée dans un petit village. Un vieil homme narre aux enfants les histoires qui les font rêver.

Venin (dont le titre original est Assorrapit) est la deuxième nouvelle de cette trilogie publiée par l’auteur. Elle raconte l’histoire d’un jeune garçon de dix ans habitant un village perdu en Thaïlande. Après un accident déplorable, cet enfant a perdu l’usage de son bras droit et est donc surnommé « Patte Folle » par tous les autres membres du village. Malgré cela il reste égal aux autres : il continue son éducation avec ses parents et aide ces derniers aux tâches agricoles. Cependant cet enfant est solitaire et lorsqu’il garde le troupeau de ses parents, il s’invente des histoires en se fabriquant de petites marionnettes. Cela attire bien sûr les autres enfants qui profitent ainsi du spectacle. Mais un jour, notre héros va se faire attaquer par une femelle cobra en quête de nourriture voulant défendre son nid.

Cette nouvelle raconte donc le dur combat d’un enfant handicapé pour rester en vie.

Par ce texte, l’auteur nous immerge dans le monde de l’enfance. Tout ce qui est vu et dit n’est perçu que du point de vue de l’enfant, protagoniste de l’histoire. Ainsi nous allons savoir comment un jeune handicapé peut être à la fois rejeté de tous et adulé pour son incroyable imagination. Mais la force autant physique que mentale qu’il peut avoir pour rester en vie ne serait possible sans la maturité et la sagesse qu’il possède tout en gardant son innocence.

Le deuxième thème principal de cette nouvelle est le combat. Saneh Sangsuk montre ici jusqu’où est prête à aller une personne, et qui plus est un enfant, pour survivre. Sa longue description de toutes les souffrances de quelque nature qu’elles soient, illustre un cheminement des plus remarquables à travers une innocence incontestable. Cette lutte sans fin est presque définie comme si elle représentait le parcours de toute une vie infligé à un enfant d’une manière trop violente. Mais la volonté de vivre et le désir de vaincre sont les deux sentiments qui animent ce récit jusqu’au bout, comme si l’abandon y était interdit.

Malgré une présence marquée de l’enfance, l’auteur n’oublie tout de même pas d’inclure des adultes dans son récit. Cependant, ils vont tous être montrés comme lâches et incompétents. Par exemple les parents du protagoniste, malgré tout l’amour qu’ils lui portent, vont fuir lorsque celui-ci va venir chercher de l’aide auprès d’eux. L’excuse donnée est qu’ils ne le reconnaissent pas : mais n’est-ce pas là un moyen pour l’auteur de montrer qu’un enfant a moins peur que les adultes d’affronter une réalité ? Les gens du village ne vont pas non plus le secourir et préféreront croire ce que le maître spirituel de village aura bien voulu leur dire.

Lui-même va profiter de la situation : Songwât déteste le héros. Le voir ainsi si près de la mort l’incite à croire et persuader tout le monde que ce qui lui arrive est normal et dans l’ordre des choses.

Ce qui nous amène à voir que la religion a aussi une place importante dans ce genre de société. Bien qu’une présence chrétienne soit implantée dans le village par un monastère et le personnage du Père Tiane, la religion ancienne et locale perdure en la personne de Songwât. Cependant la première a une grande signification pour l’enfant : lorsqu’il va aller chercher de l’aide, il n’osera pas demander le Père Tiane de peur de le déranger au milieu d’une messe et des ses propres prières. Au contraire, la deuxième reste secondaire et méprisée : l’enfant lui-même en hait le représentant qui ne s’est jamais montré juste ni tolérant.

Dans cette œuvre, Saneh Sangsuk exprime tout cela à travers un vocabulaire très simple qui lui permet ainsi de mieux décrire et faire ressentir au lecteur ce que vit l’enfant. Les descriptions, quoique nécessaires, sont peut être parfois trop longues mais ainsi elles appuient un peu plus l’horreur de la situation. Se voulant réaliste, le récit tombe tout de même parfois dans l’impossible : certes ce que fait le héros est prodigieux, mais cela est cependant peu réalisable surtout pour lui.

Enfin la spécialité de cet auteur est de fixer des scènes. Par certains procédés, c’est comme s’il figeait le temps pour laisser à son lecteur la liberté de s’imprégner de tout ce qui se passe. Il met en avant une scène fabuleuse de lutte acharnée entre l’homme et l’animal.


Léa Dupiellet, 1ère année Bib.-Méd.

Partager cet article

Repost 0
Published by Léa - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives