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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 21:49








Eric FOTTORINO
Baisers de cinéma
Gallimard, 2007
Folio, 2008























Eric Fottorino, journaliste et écrivain français, est né le 26 août 1960 à Nice. Licencié en droit et diplômé en sciences politiques, directeur du quotidien Le Monde, il est devenu le président du directoire du groupe.La Vie-Le Monde en janvier 2008.
Il écrit des romans depuis 1988, dont trois ont reçu un prix :
1998, Coeur d'Afrique, Prix Amerigo Vespucci
2004, Korsakov, Prix France Télévisions
2007, Baisers de cinéma, Prix Fémina.

Nous allons ici nous intéresser à Baisers de cinéma publié chez Gallimard .



"Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma."

Le ton est donné d'emblée... L'auteur est en quête... Quête d'identité, de lumière. Lui, que son père, illuminant les plus belles stars, ne sublimait jamais. "Entre aimer et abîmer, prétendait mon père, il n'y a qu'une lettre de différence, le petit "b" de la beauté.J ean Hector aimait certains visages, il en est d'autres qu'il abîmait. Qu'avait-il fait du mien qu'il ne photographiait jamais? J'éprouvais un frisson chaque fois qu'il m'appelait "mon ange". Voilà ce que j'étais pour lui : un être qui passe et qu'on ne voit pas, un silence, une absence". Ce n'est pas tant que Gilles soit laid, il est plutôt occulté, évincé de ce monde illuminé.  L'absence et son contraire sont les fils conducteurs du roman. Mayliss, elle, est bien là, présente, oppressante parfois,enivrante. "Mon père l'avait-il chargée de m'éblouir [...] Il émanait de son visage une beauté triste, un rien de perdu."

Gilles Hector, le narrateur, débute son récit à la mort de son père. Ce  jour-là, lors d'une séance au cinéma "Les Trois Luxembourg", du film Ma nuit chez Maud, il rencontre Mayliss, femme mystérieuse, dont il tombe éperdument amoureux. Cet amour est perturbé, perturbant, perturbateur, sans cesse survolé par l'ombre d'un père perdu et d'une mère volatilisée (On apprendra plus tard que la mère de Gilles est une petite starlette ayant basculé dans la folie et mis le feu au centre de soins qui la prenait en charge).Gilles la cherche à travers quantité d'actrices photographiées par son père, il l'imagine belle, célèbre, à l'image de  Françoise Dorléac, Jean Seberg, Anouk Aimée, Anna Karina ou encore Jeanne Moreau, et est obsédé par ce cinéma de la Nouvelle Vague.Gilles est insevrable, en état de totale dépendance avec Mayliss,amour impossible car mariée. Le récit est teinté de noir, de blanc, constamment en clair-obscur, il n'y a que les flammes de la folie et le bleu des rêves de Mayliss pour l'égayer...Cette oeuvre demande à tous les sens d'être en éveil, avec le parfum de Mayliss, le son de sa voix, la couleur de ses cheveux roux, parfois, et sa présence si puissante et si evanescente, juste frôlable. Mayliss est mortifère, fantômatique, elle le hante...

Ce roman est une fusion où l'on découvre avec émerveillement le métier d'éclairagiste, de photographe de cinéma dans les années 60, les studios de la Victorine à Nice. Une oeuvre où la lumière devient feu et l'amour de la folie. Pourquoi une femme recouvrant les traits de  Mayliss et de la mère absente brûle-t-elle le studio de Jean Hector ? Est-ce que Mayliss ne serait finalement pas cette mère revenue pour une nouvelle grossesse, une renaissance ? Cette ambivalence est troublante et aucune réponse n'est apportée.Plusieurs mondes se confrontent: celui du cinéma, celui de la folie, celui de l'amour et surtout celui du désenchantement...Remonter aux origines de Gilles et les découvrir en même temps que lui est absolument fantastique, surréel. On aurait tendance à s'imaginer devant un film dans ce roman submergé par le cinéma, où chaque scène nous fait retenir notre souffle, où la tension de notre être devient palpable, où la découverte des racines de Gilles, finalement, que ce soit du côté maternel ou paternel devient essentiel.le : "Le sens caché de ma vie aura été de fuir un père présent et de chercher sans fin une mère disparue".Cette citation reflète l'essentiel de ce roman.

Laure Ivaskevicius, A.S. Ed.-Lib.
 






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