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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 17:12





Stefan ZWEIG
La Confusion des sentiments

Traduction française :
Olivier BOURNAC et Alzir HELLA
Le Livre de poche, 1992


















Biographie

Stefan Zweig naît en 1881 à Vienne, en Autriche dans une famille d’industriels. Il écrit des poésies, des œuvres dramatiques, des biographies, des critiques littéraires, réalise quelques traductions. Mais c’est réellement en tant que noveliste qu’il va imposer son style avec des succès tels que La Confusion des sentiments (1927) et Amok (1922). Il s’intéresse à la psychanalyse et aux travaux de Freud qui va reconnaître chez l’écrivain « la finesse et la vérité » avec lesquelles il décrit les relations entre ses personnages.

La Première Guerre mondiale et ses conséquences vont avoir beaucoup d’influence sur son écriture qui ,dit-il, « va perdre de sa légèreté et de son brio ». Il se suicide en 1942 avec sa seconde épouse, au Brésil, pays dans lequel il s’est exilé suite à la montée de l’antisémitisme en Europe. Il ne retournera jamais dans son pays natal, l’Autriche. L’exclusion dont il est victime est un autre thème que l’on retrouve dans son œuvre.


Résumé et commentaire

Ce texte est une nouvelle, d’une longueur assez importante, qui se rapproche ainsi du roman. Il s’agit avant tout d’un hommage pour un personnage marquant dans la vie d’un homme. Ce texte est publié en 1927 et va connaître un grand succès en raison du sujet qu’il traite.

Le personnage principal de Stefan Zweig, un professeur de littérature, reçoit l’hommage de ses collègues et de ses étudiants qui saluent ainsi l’ensemble de sa carrière. Y figurent de nombreux remerciements mais pour lui, « tout y est vrai, seul y manque l’essentiel ». C’est en effet sa rencontre avec un professeur spécialiste du théâtre, au début de ses études qui sera déterminante pour la suite de son parcours.

Le vieux professeur décrit par l’auteur relate un épisode de sa vie qui va le bouleverser et déclencher sa vocation pour la littérature. Roland est alors un jeune étudiant qui n’arrive pas à s’épanouir dans les études qu’il a entreprises à l’Université de Berlin. Il ne fréquente pas les salles de cours et mène une « vie légère », jusqu’au jour où son père vient lui rendre visite à Berlin et le surprend dans une situation embarrassante. Suite à une discussion, qui va mettre d’accord le père et le fils, Roland se décide à reprendre un nouveau programme d’études et s’inscrit dans une Université d’une petite ville du centre de l’Allemagne. C’est alors qu’il va faire la rencontre la plus déterminante de sa vie. Dès qu’il pousse la porte de l’amphithéâtre, il perçoit la passion qui émane des propos du professeur qui expose son cours devant une assemblée d’élèves « pendus à ses lèvres ». Les mots semblent prendre vie et s’élever au-dessus de tous, ils transportent littéralement les auditeurs et Roland, captivé par la scène à laquelle il assiste. Il s’agit d’une véritable révélation pour le personnage de Zweig qui décide de se vouer corps et âme à l’enseignement de ce professeur avec lequel il établit bientôt un programme personnalisé et des cours particuliers. Le professeur lui propose également un logement situé à proximité de celui dans lequel il vit lui même avec son épouse.

Roland va ainsi nouer une relation forte avec celui qu’il qualifie de « maître » et à qui il est totalement soumis. Grâce à lui, il va pouvoir « s’accomplir » sur le plan intellectuel. Très vite naît une certaine ambiguïté dans cette relation où se mêlent l’amitié, la passion, l’admiration, l’amour et la dépendance. Un sentiment malsain se dégage de cette complexité : Roland souffre de cette relation dont il attend beaucoup et qui n’est pas toujours à la hauteur de ses espérances. Le professeur oscille entre les remerciements, la gratitude et le dédain. Le lien entre ces deux personnages comporte ainsi une part de violence tant elle est passionnée et la tension palpable.

Suite aux cours particuliers, Roland propose à son professeur de l’aider à concrétiser un projet d’essai sur l’histoire du théâtre, abandonné plusieurs années auparavant : il rédige et retranscrit les propos du professeur. Cette collaboration vient renforcer le lien entre les deux personnages.

Parallèlement à cette relation, Roland se lie également d’amitié avec la femme du professeur qui semble comprendre la complexité de ses sentiments et sa confusion par rapport à la relation qui s’est instaurée entre lui et le professeur. A la fin de la nouvelle, ils vont avoir une liaison qui sonnera la fin de ce rapport avec le professeur.

Roland va se rapprocher de ce couple et entrer dans leur intimité au fil de la nouvelle. Il va très vite comprendre qu’un secret sépare les époux qui ne s’adressent que très peu la parole. Roland dont la position est très instable ne comprendra réellement ce secret qu’à la fin de l’histoire.

Suite à une violente dispute qui oppose Roland et son professeur, ce dernier s’enfuit comme il a l’habitude de le faire périodiquement. A son retour, le professeur lui révèle ses secrets et ses souffrances qui l’ont poussé à agir de telle ou telle manière tout au cours de sa vie. C’est la dernière entrevue qu’auront les deux personnages.

Dans toute la nouvelle, on peut sentir la confusion des sentiments qui s’opère chez les personnages. Tout d’abord entre le professeur et l’élève qui voue une admiration sans borne à son maître et qu’il compare à une relation amoureuse ne « pouvant s’accomplir ». Ensuite on peut aussi voir une certaine ambiguïté dans la relation qui s’établit entre Roland et la femme du professeur. On peut voir ici une sorte de triangle amoureux entre les trois personnages ; la femme comprend l’élève qui souffre du « rejet » du professeur même si les causes de ce se rejet sont très diffèrentes dans les deux cas.

Cette nouvelle souligne l’ambiguïté de cette relation dans laquelle on voit clairement la domination de l’un sur l’autre. Le « dominant » cherchant constamment la reconnaissance de la personne à laquelle il voue une passion sans bornes. Ce texte permet à Stefan Zweig d’aborder le thème de l’homosexualité à une époque où elle représente un tabou très fort et conduit au rejet de la société. L’écrivain souffrira lui aussi de l’exclusion, en raison de ses origines juives qui l’obligent à fuir son pays d’origine. Le personnage du professeur est contraint à mener une double vie qui l’entraîne dans des situations dangereuses où il risque parfois sa vie. Il se marie par « convenance ». La rencontre de ce jeune homme passionné qui l’admire lui permet de trouver une sorte de paix dans cette relation qui se nourrit de la passion intellectuelle qui relie les deux personnages. L’auteur décrit le poids de la société qui empêche les exclus d’être eux-mêmes et se réaliser.


Sandra Jolly, A.S. Bib

Autres articles sur Zweig :

articles de Pauline, Marion  et Coralie sur Amok,

de Claire et de Charlotte sur Vingt-quatre heures de la vie d'une femme,

parallèle de Mélaize entre Zweig et Gombrowicz.

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Published by Sandra - dans Nouvelle
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