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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 22:51








François
BON
Daewoo

Fayard 2004





















François Bon

François Bon est né à Luçon, en Vendée, en 1953. Fils d'un père mécanicien et d'une mère institutrice, il se lance d'abord dans des études d'ingénieur en mécanique à l'École Nationale Supérieure d'Arts et Métiers où il décroche son diplôme, et travaille plusieurs années dans l’industrie aérospatiale et nucléaire, notamment en France et à l’étranger. Puis, de 1980 à 1982, il poursuit des études en philosophie. Mais, sa passion pour les livres et l'écriture l'amènent à publier en septembre 1982, aux éditions de Minuit, son premier roman intitulé Sortie d'usine, tiré de son expérience du monde du travail. Reçu à la Villa Médécis en 1984, il décide alors de se consacrer entièrement à la littérature. Et le mot « entièrement » prend ici toute sa valeur. Ecrivain prolifique et engagé, il anime des ateliers d' écriture pour les personnes en difficultés sociales (SDF, détenus) mais aussi pour les étudiants (Université de Bordeaux, École nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris) ou encore les enseignants (Tous les mots sont adultes, Fayard, 2005).

 
Lauréat de nombreux prix littéraires(1), dont celui de l'Académie de France à Rome, auteur de pièces de théâtre (Quatre avec le mort, Daewoo), d'émissions radiophoniques (notamment consacrées aux Rolling Stones et à Led Zeppelin sur France Culture), d'émissions de télévision (Paysage fer, La vie par les bords), pasionnée de musique (biographies ou portraits de Dylan, Led Zeppelin et des Rolling Stones),François Bon, s'il est un écrivain du quotidien, et de ce qu' il appelle lui même le « malheur ordinaire » fonde son oeuvre sur  la modernité.

Créateur en 1997 d'un des premiers sites web consacré à la littérature, qui deviendra Remue.net(2) en 2001, il crée son propre blog/journal intitulé Tiers-Livre.net(3).Très concerné par la création littéraire sur Internet et sur le devenir de la littérature en rapport avec le numérique, il s'investit à travers des interventions et des débats sur cette question cruciale pour l'avenir.


Daewoo

Daewoo : l'espoir que suscita l'implantation dans les années 1990 de trois usines dans la vallée de la Fensch, en Lorraine, est la mesure du désespoir et de la colère ressentis après leurs fermetures. La Lorraine, sinistrée après la cessation d 'activité de ses usines sidérurgiques voit arriver les Coréens de Daewoo comme une lueur d'espoir. Trois usines s'installent à Mont-Saint-Martin (tubes cathodiques, 550 personnes), Villers-la-Montagne (fours à micro-ondes, 229 personnes) et à Fameck (unité de montage de téléviseurs, 260 personnes), employant principalement des femmes.

Implantées à coups de subventions publiques, et pour des raisons moins avouables et plus obscures (arrangements économiques entre la France et la Corée sur des contrats d'une toute autre ampleur), les trois usines ferment au nom de la rentabilité économique entre 2002 et 2003, jetant sur le pavé 1200 personnes.
 

A partir de mai 2003, François Bon se rend régulièrement en Lorraine, nous entraînant dans ces zones industrielles qui bordent de nos jours toutes nos villes, à la rencontre de ceux et celles qui ont vécu ce drame, mais aussi en investissant les lieux des anciennes usines pour mieux capter la réalité.

Le projet est de rendre compte du drame humain, de témoigner de ce qui s'est passé, d'éviter comme le dit l'auteur l'effacement, physique et humain de ce « fait divers », de rendre hommage à toutes ces femmes qui se sont battues pour leur emploi et leur dignité mais aussi de parler du présent et de l'avenir: Le bilan de leur lutte, les soucis d' argent, les couples qui se déchirent, la cellule de reclassement.

L' idée de départ était de faire une pièce de théâtre, et d'ailleurs plusieurs représentations auront lieu dans des salles de spectacle de Lorraine, mais très vite l'idée d'écrire un « roman », le terme est de l'auteur, s'impose pour retranscrire la réalité, ces moments de vérité livrés lors d'entretiens ouùl'émotion est palpable, pour essayer que les mots redisent aussi les silences, les yeux qui vous regardent ou se détournent, les bruits de la ville.

Ce roman donc, alterne les représentations de théâtre, des enquêtes sur des évènements ayant trait à Daewoo (occupation des usines, incendie de l'usine de Mont-Saint-Martin, sur Kim Woo-Choong fondateur de Daewoo) et des interviews d'anciennes de Daewoo qui racontent leurs luttes et leurs combats pour s'opposer aux licenciements, leur désespoir après la fermeture des usines, le chômage, les difficultés financières ou de couple,  les cellules de reclassement qui ne reclassent rien du tout (Centre d'appels, démonstratrice en supermarché, tri des ordures). Tous ces récits s' imbriquent avec celui de Sylvia F, licenciée de l'usine de Fameck, propulsée malgré elle porte-parole des ouvrières de Daewoo (les syndicats divisés ayant échouésà former une intersydicale) et qui se suicidera peu de temps après, se reprochant semble-t-il de n'avoir pu empêcher la fermeture et les licenciements, ses prises de position et son engagement lui valant par ailleurs des difficultés pour trouver du travail (même la CGT fera tout pour que elle ne soit pas embauchée à Arcelor par peur de voir arriver quequ'un de trop indépendant). Elle avait une petite fille.

Plus anecdotique mais pour moi révélateur de ces vies brisées par Daewoo, le voyage en car. Sylvia F, toujours elle, avait organisé avec le comité d'entreprise une expédition d'une semaine, juste entre filles et avait réussi à convaincre une cinquantaine de ses collègues. A la question « où aimeriez vous aller? » les filles avaient répondu le soleil, les îles, la Côte d'Azur ou Barcelone. Finalement, elles avaient choisi l'Angleterre, parce que « qu'est ce qu'on en connaît de l'Angleterre ils font rien comme tout le monde là-bas ». Suite au premier plan social et à l'occupation de l'entreprise , le voyage n'eut jamais lieu.

Traiter de la détresse humaine dans le monde du travail en ce début du XXIème siècle, qui plus est à travers un roman, me paraît une oeuvre de salubrité publique. Les mots sont durs, la vie de ces ouvrières ne paraît pas peser bien lourd face à la logique économique, l'impuissance des pouvoirs publics est par moments tragi-comique. Charge contre le libéralisme et le capitalisme sauvage, ce roman donne la parole, hors des discours formatés qu'ils viennent des patrons, du gouvernement mais aussi des syndicats ou de la télévision, à ces gens qui se retrouvent désemparés, dont le monde, même s'il n'était pas toujours rose s'écroule, simples pions dans une logique qui les dépasse et qui les renvoie après tant d'années sacrifiés à leur travail et à leur entreprise aux affres du chômage, du doute, du regard des autres, du lendemain.

Seul bémol, le décalage entre l'écriture travaillée voire poétique de François Bon et la transcription telle quelle des entretiens réalisés avec les ouvrières peut parfois surprendre ou déstabiliser mais cela n'altère en rien la force de ce roman.

1)fr.wikipedia.org/wiki/François_Bon -

2)http://remue.net/

3)www.tierslivre.net/spip/

 Jean Pierre Mellet, 2ème Année Bib.-Méd.

Voir aussi

l'article de Mikaël

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commentaires

Benoît 27/01/2009 22:50

A propos de l'engagement de l'engagement de F. Bon sur le numérique, on peut aussi rappeler qu'il est derrière (l'excellente) plateforme de diffusion de littérature contemporaine sous format numérique : http://publie.net/

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