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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 06:27

Né dans une famille d’artistes en 1976, dévoreur de livres, et amateur de musique et de cinéma, Alfred, de son vrai nom Lionel Papagalli obtient un bac littéraire puis fait une année de fac afin de se consacrer entièrement au dessin, en particulier à la bande dessinée. Il fonde rapidement sa propre maison d’édition, Ciel Ether, qui lui permet de publier ses propres ouvrages. Cela lui donne l'occasion de de rencontrer Eric Corbeyran. De cette rencontre naissent La digue puis Abraxas, albums publiés aux éditions Delcourt.

Depuis, Alfred publie divers albums de genres différents, même si le genre pour enfant reste son terrain de prédilection.

En 2007, avec son ami Olivier Ka, scénariste, il a été récompensé du Prix du Public et du Prix Essentiel au festival de la BD d'Angoulême pour l'album Pourquoi j'ai tué Pierre.

Il vient juste de pblier un nouvel album très sombre, Je mourrai pas gibier, d’après un roman de Guillaume Géraud.


ENTRETIEN


J’ai pu lire que vous aviez fondé en 1995, une structure d’auto-édition appelée Ciel Ether. En êtes-vous venu à cela par choix ou en raison d’éditeurs méfiants ?

C'était uniquement par choix et envie personnelle. J’avais à peine 18 ans, je savais très bien que mon dessin n'était pas suffisamment abouti pour prétendre aller voir de vrais éditeurs. J'avais également très envie de comprendre comment fonctionne la vie d'un livre, de sa création à son impression, sa diffusion, sa promotion, etc... Bref, à petite échelle j'ai eu envie de mettre les mains dans tout ça.

Pendant deux ans, donc, j'ai écrit, dessiné, fabriqué ces petits livres que j'ai envoyés un peu partout. Ça m'a permis d'apprendre mon métier, de rencontrer plein de gens qui faisaient comme moi, de montrer mon travail... Bref, ce sont des années durant lesquelles j'ai l'impression d'avoir confirmé cette envie de gamin de faire de la bande dessinée.


Comment se passent vos rencontres avec vos collaborateurs ? S’agit-il d’amis ou juste de contacts professionnels ? Dans le premier cas, ne trouvez-vous pas ça « dangereux » pour l’album de travailler avec des proches ?

C'est justement parce que les choses comportent un risque qu'elles valent la peine. Je ne travaille quasi exclusivement qu'avec des gens dont je suis proche, ami, intime. Je ne parviens pas à fonctionner autrement. J'ai besoin de cette intimité, cette confiance, cet amour, ces différends que l'on a avec ses amis.

Je ne souhaite pas travailler autrement. Avec certaines personnes, des livres ont mis des années avant de se faire parce que nous attendions de mieux nous connaître avant de nous y atteler. J'aime cette idée que faire un livre  ensemble ait du sens et ne soit pas seulement un parmi d'autres.


En plus de la reconnaissance, qu’apporte le gain de prix, comme vous en avez reçu à Angoulême avec Olivier Ka ?

Des gentillesses de la part de gens dont on aime le travail, une vie plus longue pour le livre qui est pratiquement resté 8 ou 9 mois en avant dans pas mal de librairies, quelques portes qui s'ouvrent un peu plus facilement quand on veut rencontrer telle personne ou proposer tel projet.

En gros, les prix à Angoulême, pour moi, ont été la possibilité de me sentir bien par rapport à mon travail et à ce que j'avais envie de raconter. Je suis surtout très heureux d'avoir partagé ça avec Olivier, sur ce livre si particulier pour nous...


Quand on regarde votre bibliographie, on constate une progression vers des œuvres plus sombres… Avez-vous prévu de revenir prochainement à des albums jeunesse, ou simplement des thèmes moins durs ?

En fait, c'est presque un hasard si mon travail s'est orienté dans cette direction. Je veux dire que je n'ai pas fait ça de manière calculée ou organisée.

Certains livres ont mis plus de temps à sortir alors qu'ils étaient là avant, par exemple. Mais quand je regarde l'ensemble, je suis bien obligé d'admettre que quelque chose semble me pousser dans une direction plus... adulte, peut-être.

Je ne me pose pas vraiment la question, en réalité. Les projets arrivent en fonction des rencontres et des envies, des évidences.

Si une chose est sûre, toutefois, c'est que j'ai longtemps voulu raconter la colère, sans savoir comment m'y prendre. J'ai depuis peu le sentiment de mieux cerner par quel bout attraper la chose et j'ai envie de la creuser ; c'est peut-être ça, au final, qui donne plusieurs livres "sombres".

Mais j'ai super envie de refaire des choses pour les plus petits !! Il n'est pas question de ne pas y revenir !!!


Vous venez de terminer  Je mourrai pas gibier, adapté du roman de Guillaume Guéraud. Une fois de plus, c’est un thème choc. Adapter un roman, une œuvre aboutie représente un travail supplémentaire. Comment avez-vous abordé ce travail ?

Guillaume qui est un ami depuis plusieurs années m'a laissé carte blanche pour aborder son récit. J’avais besoin de cette liberté sur ce projet ; pourtant, au final, je m'aperçois que je suis resté collé à son texte, à ses mots. Quand j'avais découvert son roman, je l'avais pris en pleine gueule et j'étais ressorti sonné de cette histoire. Quand il a été question de dessiner ces pages, je me suis contenté de prendre le roman tel quel, et d'avancer mes pages en même temps que le récit, sans plan pré-établi. Je prenais le chapitre 1, je le lisais plusieurs fois, puis je commencé à gribouiller ce qui me semblait évident. Une fois terminé, je prenais le chapitre 2, et ainsi de suite...

J'ai voulu autant que possible conserver avec mon adaptation, le sentiment de note unique qui court tout au long du texte. J'ai voulu avancer en même temps que le lecteur et que le personnage principal...

Au final, je tombe sur la pagination prévue... Coup du hasard sans doute.



Avec cette nouvelle œuvre n’avez-vous pas peur de heurter certains lecteurs ? Pourquoi j’ai tué Pierre, tout en traitant d’un thème aussi difficile, se vivait du point de vue de la victime. Ici, le statut du personnage principal est plus complexe, à la fois bourreau et victime…

Non. Quand je fais un livre, je ne me pose pas la question de savoir ce que les gens en penseront ou ce qu'ils en attendent. Ca ne m'intéresse pas. Ce qui est important pour moi, c'est de bien raconter ce que j'ai à raconter. C'est d'être graphiquement le plus cohérent possible avec les mots de l'histoire.

Je ne pense à rien d'autre pendant la réalisation du livre. Après, une fois que le livre existe, j'aime en parler avec ceux qui le souhaitent. C'est une autre étape de la vie du bouquin et elle m'apporte beaucoup. Avant ça, le livre n'appartient qu'à moi et aux auteurs avec qui je le partage.

J'ai besoin de faire des livres très différents les uns des autres. Que les gens qui me lisent ne se retrouvent pas dans chacun d'entre eux ne me dérange pas. Mon travail ne consiste pas à, obligatoirement, proposer aux gens ce qu'ils attendent ou connaissent de moi.

Dans « Je mourrai pas gibier », l'ambiguïté que génère le personnage principal est quelque chose qui avait dérouté pas mal de monde dans le roman; c'est une des choses qui me parle le plus.


De façon plus générale, quels sont vos prochains projets ? Une suite pour Le Désespoir du Singe ?


Une suite et fin pour Le Désespoir du Singe, oui.

Puis un gros livre reprenant un personnage célèbre que je souhaite déplacer de son contexte connu. C'est encore flou et en chantier...

Puis toujours des choses qui sont déjà plus ou moins amorcées et qui demandent encore un peu de temps et d'énergie...

Bref, j'ai une manière un peu chaotique de fonctionner qui fait que je ne sais jamais exactement quoi arrivera quand. Du coup, j'ai toujours du mal à répondre clairement à cette question. Mais en gros, la priorité est de terminer Le  Désespoir du Singe...

Avez-vous déjà pensé à adapter à l'écran une de vos œuvres ? En a-t-il déjà été question ?

Il arrive qu'il en soit question sur tel ou tel livre, oui. et puis ça prend un temps fou pour, souvent, ne pas se faire…

L'idée m'a bien entendu souvent traversé la tête. L’envie serait là, mais objectivement, l'énergie que cela demanderait pour peut-être se faire, ne me motive pas assez...

il m'arrive de bosser sur des projets en animation, encore ces temps-ci. Mais je ne sais jamais trop comment me situer.

Ca me plairait beaucoup, mais je n'ai pas la tête assez disponible pour le marathon que demande une adaptation cinématographique.

On verra bien...


Entretien réalisé par Anne-Laure Soyez et Anne-Laure Lajous, L.P.

Voir aussi


l'entretien de Sarah avec  Alfred et Olivier Ka sur

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Published by Anne-Laure et Anne-Laure - dans Entretiens
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