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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 22:06
Illustration pour un ex-libris. Librairie Super-Héros

1. Qui est Loïc Dauvillier ?


Bonjour Loïc Dauvillier !

Bonjour, Grégoire Bessagnet !

Pourriez-vous vous décrire en quelques lignes ?

 Je suis un être humain, vivant sur la planète Terre.

A quand remonte cette envie de faire de la bande dessinée, de passer du « côté obscur » du métier ?

J’ai l’habitude de dire que l’envie de faire de la bande dessinée est un accident.

J’ai fait des études techniques (BTS mécanisme et automatismes industriels). A cette époque, je n’avais ni l’envie, ni la prétention d’écrire. Le livre n’était pas un ovni pour moi mais il n’avait pas l’importance qu’il a maintenant. L’ensemble de mon temps libre, je le consacrais à la musique. J’étais musicien, batteur dans un groupe de post-punk. Malheureusement, un problème aux oreilles m’a empêché de continuer. J’ai dû tout stopper sous peine de devenir sourd. Je ne vous cache pas que c’était une décision difficile à accepter mais je n’avais pas le choix.

Fort de mon Bac+2, j’ai intégré un poste dans l’industrie. C’est à cette période que j’ai appris à apprécier la lecture et le livre.

En 1995, mon chemin croise celui de Pascal Rabaté. Notre rencontre me donne envie de créer l’association Charrette et de m’investir dans la promotion d’ouvrages et d’auteurs que j’aimais. Soyons clair, à cette époque, je n’avais pas envie de faire de la bande dessinée.

En 2001, j’ai un accident de voiture (trois tonneaux sur l’autoroute). Cet accident me cloue au lit durant deux mois. La situation m’impose de m’interroger sur moi et sur ce que j’attends de la vie. Rapidement, j’abandonne l’industrie et je cherche des « missions » dans le domaine du livre et de la bande dessinée.

En 2003, suite à une discussion avec Jean-Luc Loyer, je tente d’écrire une histoire.

Ce sera le tome 1 de La Petite Famille et le début de la grande aventure.

Qu'est-ce qui vous a attiré vers cet art ?

Ma passion pour le dessin, pour le livre. Mon envie de raconter des histoires et les possibilités qu’offre la bande dessinée.

Nous pouvons aussi bien raconter des histoires intimistes ou des grandes épopées. La bande dessinée permet de faire tout sans limite (ou presque).

Vous avez aussi la casquette d'éditeur (éditions Charrette où est parue la magnifique adaptation du Topor, Café Panique, par Alfred). Qui éditez-vous ? Quels sont vos critères de sélection ?

Charrette est une association à but non lucratif et nous n’avons pas la prétention de changer ou de grandir.
 
Actuellement, il est relativement facile d’imprimer un livre. Or, éditer un livre ne se limite pas à l’imprimer. Il faut s’engager aux côtés de l’auteur pour défendre son travail et permettre à l’ouvrage de vivre.

Nous ne nous engageons dans la réalisation d’un ouvrage que si nous nous sentons en parfaite harmonie avec son fond et sa forme et si nous croyons être le bon éditeur pour ce livre.

Charrette est une petite structure. Nous ne sommes pas dupes. Nous n’aurons jamais les moyens d’un Flammarion, Gallimard, Média Participations…
 

Si nous pensons qu’un projet peut trouver sa place chez un gros éditeur, notre rôle est de l’aider, de l’accompagner dans sa recherche.

Si nous estimons q
ue le livre ne trouvera pas sa place dans le catalogue d’un gros éditeur mais que nous croyons en cet ouvrage (qualité de fond et de forme), nous nous engageons dans sa publication.

Je pense que les éditeurs indépendants ont, pour beaucoup, la prétention de devenir des gros éditeurs. Ils utilisent l’édition indépendante comme un tremplin. Or, pour moi, la ligne éditoriale d’une petite structure doit se situer en marge des grands courants éditoriaux « à la mode ».

L’édition indépendante est et doit être un champ d’expérimentation. C’est dans ce sens que nous avons lieu d’exister. Charrette est un espace de liberté.



Prochain livre à paraître chez Charrette.
Recueil d'illistrations de
Lolmède.

Quelles sont les sources d'inspiration du scénariste que vous êtes, hormis les œuvres littéraires, en vue de les adapter, pour des bandes dessinées comme La Boucherie ou Comment je me suis fait suicider ? Musique, cinéma, paysages, voyages ?


 Je vois mon travail comme une réflexion sur moi-même et sur le monde qui m’entoure.

Je travaille avec de la musique. Elle est quasiment présente en permanence. Généralement, l’impact de la musique sur mon travail se situe au niveau du rythme. J’irai vers le Requiem de Mozart pour les moments calmes, Killing Joke envahira les passages énergiques. Je suis un ancien batteur. Cette notion du rythme est une chose importante, voir primordiale.

Exception à la règle : Ce qu’il en reste a été écrit avec pour ambiance, les somptueuses musiques et paroles de Dominique A. Sans les albums de ce musicien, ce livre ne serait pas le même.

Pour le cinéma, Tati est ma référence ultime. Il est une nouvelle fois question de rythme mais ce n’est pas le point principal. C’est sa façon de composer l’image et l’histoire qui me fascine. Dans une même scène, il n’y a pas une histoire mais une multitude de petits récits.


page de Ce qu'il en reste (aux éditions Les Enfants rouges)


Il y a ce que l’on voit au premier visionnage et ce que l’on redécouvre lors des re-visionnages. Il offre la possibilité de redécouverte… presque de relecture. C’est fantastique.

Sinon, Jarmusch (Broken Flowers, Mystery train, Down by Law), les frères Coen (O'Brother, The Barber, No Country for Old Men), Michael Haneke (Le Septième continent), les frères Dardenne (Rosetta),
Klapisch (Le Péril jeune)… c’est sans fin. Un film comme Le Septième continent a été une véritable révélation pour l’écriture et la composition de l’ouvrage Inés (publication en mars 2009).

Pour le paysage et les voyages, biiiiiiiiiiiiiiiiip ! Je ne suis pas un grand voyageur. Je suis très casanier. J’aime rester chez moi.

Concernant les deux ouvrages que vous citez : La boucherie est une réflexion sur la nature humaine. J’aborde la question de la solidarité et celle du dépeuplement des campagnes. Un boucher quitte un petit village de campagne… on s’en moque. Un médecin quitte un village de campagne… cela pose un problème. Ce n’est pas ouvertement dit comme ça, je vous l’accorde.

Dans mes scénarii, j’aime laisser, aux lecteurs, une grande liberté d’interprétation. Concernant la notion de solidarité, je pense que c’est dit plus clairement dans mes dialogues et mon histoire. Avec prétention, j’ose croire que la notion de solidarité apparaît à la première lecture et celle du dépeuplement au moment de fermer le livre.

Comment je me suis fait suicider est une grosse blague. Un délire avec Sébastien Vassant. Nous avions le désir de faire un ouvrage où, le lecteur pousse la lecture jusqu’à la fin mais se demande pourquoi il a été jusqu’au bout. C’est un livre expérimental. Un délire ? …comme l’histoire !

Je note que vous avez choisi les ouvrages où je développe un côté humoristique. Ils ne sont qu’une petite partie de mon travail. J’aimerai le développer. A savoir, l’humour décalé et burlesque.



Certains auteurs aquitains comme Alfred travaillent dans des « ateliers ». Y travaillez-vous aussi ?


Oulallala ! Il est difficile pour un scénariste de travailler en atelier. L’écriture d’une histoire et le dessin ne sont pas la même chose. Impossible pour moi de travailler en atelier. De plus, je suis un ours… et j’aime le côté solitaire. Je ne me sens pas capable de travailler en atelier.

Pour en revenir une dernière fois à Alfred et vous, pensez-vous qu’il existe une « école de la bande dessinée bordelaise… ou aquitaine » ? Je pense aussi à Olivier Ka, Corbeyran, etc.

Je ne pense pas. L’unité de lieu ne suffit pas à dire qu’il existe une école. Olivier Ka est scénariste de bande dessinée mais la majorité de son travail d’écriture est disponible en littérature jeunesse. Son travail en bande dessinée, bien qu’impressionnant par la qualité, ne reflète pas l’ensemble de son travail d’écriture. D’ailleurs, il ne réside plus sur Bordeaux…

Pour Corbeyran, je pense que ses intentions narratives ne sont absolument pas les miennes.

Je me sens narrativement plus proche de Marzena Sowa que d’Olivier Ka ou Corbeyran. Pourtant Marzena est polonaise et vit à Bruxelles.

 Aujourd’hui, le constat est clair : avec près de 4000 titres différents par an, la bande dessinée traverse une période de surproduction. Quel est selon vous son avenir ? Qu’est-ce qui peut la « sauver » ? Baisse de production, plus forte mise en avant d’ouvrages de qualité ?...


Qu’est-ce qui vous permet de dire qu’il y a une surproduction ?

Dire qu’il y a 4000 titres par an n’est pas un argument suffisant. Moi, je veux bien avoir 4000 excellents ouvrages par an. Pas vous ? Vous me parlez de « plus forte mise en avant d’ouvrages de qualité ». Il faudrait commencer par définir les critères de qualité d’un bon ouvrage de bande dessinée. Je ne suis pas certain que mes critères sont les mêmes que les vôtres.

La bande dessinée est un art et je pense qu’en art, il n’y a pas de mauvais goût. Il y a des choses qui nous plaisent et des choses qui ne nous conviennent pas. Prenons l’exemple de Van Gogh, je ne suis pas sûr qu’à son époque, son travail ait été considéré comme de qualité. C’est le temps qui permet de juger l’impact d’une œuvre sur son temps.

Le problème de la bande dessinée est simple. C’est un art qui n’existe que parce qu’il est reproduit. Initialement, le but d’un éditeur est de gérer les droits d’un ouvrage réalisé par un auteur. Actuellement, nous sommes face à un problème. Les éditeurs « commandent » des ouvrages à des « auteurs » afin de créer des produits. La bande dessinée n’est plus le résultat de la démarche d’un auteur mais le résultat d’une attente marketing. J’ai toujours trouvé que le terme « bande dessinée d’auteur » était pompeux. Pourtant, je pense que ce terme devient de plus en plus juste.

Prenons un exemple, la collection Jungle des éditions Casterman. Je doute que le catalogue de cette collection soit le résultat d’une réflexion provenant d’un auteur.

La bande dessinée, c’est une économie. Si le marché de la bande dessinée était en crise, le nombre d’albums publiés diminuerait de lui-même. Les éditeurs ne sont pas des mécènes.

 Deux pages sur la loi Lang pour le Jade (éditions Six pieds sous terre)



2.  Oliver Twist et l’adaptation littéraire en bande dessinée



Changeons de registre si vous me le permettez et passons à la thématique de l’année dans la bande dessinée : l’adaptation littéraire. En septembre dernier (2008, n.d.l.i.), Gallimard sort en « grande pompe», en partenariat avec un magazine critique connu, l’adaptation en bande dessinée du Petit Prince de Saint-Exupéry, dans la collection Fétiche. Avez-vous lu cette adaptation ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ?

 Sur la forme, je n’ai rien à en penser.  Non pas parce que le livre est de mauvaise facture, mais simplement car il ne répond pas à mes attentes de lecteur (pour être franc, j’ai dû lire les 15 premières pages). Sur le fond, Sfar et les ayants droit le disent : il s’agit d’une commande. Cela me rend triste mais ils ont le mérite d’annoncer la couleur.

Pour moi, l’adaptation littéraire n’a rien à voir avec un filon marketing. La grande quantité des adaptations prouvent que les éditeurs, les ayants droit (ainsi que certains auteurs) ne voient pas les choses de la même façon. Dommage !

Joan Sfar doit sûrement avoir des bonnes raisons pour accepter ce travail. Je ne lui en porte pas rigueur.  Maintenant, si l’on se place du côté des ayants droit, c’est détestable. Ils ont été cherché Joann Sfar mais, une fois le livre terminé, ils n’ont pas hésité à dire que le résultat n’était pas concluant. Pourtant, le livre a été publié. Cela laisse entendre qu’ils n’ont pas proposé Joan Sfar par admiration pour son travail mais parce que cet auteur est reconnu.

Vous ne trouvez pas cela étrange ?
 
Face à cette collection Fétiche chez Gallimard, il y a la collection Ex-Libris chez Delcourt, pouvez-vous nous en parler ?

Guy Delcourt a proposé à Jean-David Morvan de monter et diriger une collection de son choix. Le résultat est Ex-Libris. La différence entre Fétiche et Ex-libris est dans la nature des adaptations. Gallimard (Fétiche) se consacre à l’adaptation d’ouvrages de son catalogue « littérature » (sauf pour le Roman de Renart). Je pense qu’il est logique qu’ils cherchent à valoriser leur catalogue.

Delcourt (Ex-Libris) est ouvert à toutes formes d’adaptation. Nous trouverons bientôt dans cette collection, les œuvres de Boris Vian. C’est une autre démarche.

Quelle est la réaction de Guy Delcourt face à cette sortie ?

Face à la sortie d’Oliver Twist ? Il semble très content. Le tome 1 est en réimpression et nous sommes actuellement en train de réaliser le tome 4.

 … et celle de Jean-David Morvan, le directeur de la collection Ex-Libris ?

Le plus simple est de lui demander.

Parlons de vous et d’Oliver Twist. Adapter un classique de la littérature en bande dessinée n’amène-t-il pas une certaine dose de stress ? Vis-à-vis du public, mais aussi de la critique ?

Ecrire n’est pas une chose anodine mais de là à dire qu’il y a du stress…. Ce n’est pas un travail à la chaîne. Donc, le stress est vraiment relatif ! Ecrire, c’est de la prétention et de la générosité.

Prétention de croire que notre histoire est intéressante.

Générosité de l’offrir aux lecteurs. C’est ma façon de voir les choses.

Qu’en est-il de la descendance de Dickens ? Sont-ils mis au courant de votre adaptation ?

70 ans après la mort de son créateur, son œuvre tombe dans le domaine public. Il y a des exceptions pour les créateurs « morts pour la patrie » (Apollinaire, Cendrars, Max Jacobs, Saint-Exupéry…). Pour ces auteurs, il faut rajouter 30 ans. Dickens n’est pas mort pour la patrie… Il est mort en 1870. Donc les textes sont dans le domaine public depuis 1940.

Si je ne me trompe pas, il faut décompter les années de guerre… donc, disons qu’ils sont dans le domaine public depuis 1950. Je ne sais pas s’ils ont connaissance de notre adaptation. Il faut dire que les Anglais ne sont pas de grands amateurs de bande dessinée.

Qu’est-ce qui a amené en vous cette envie d’adapter Oliver Twist ? Un certain goût du risque, de la mise en danger ? (rires)

Pour beaucoup de personnes, Oliver Twist est l’histoire d’un orphelin dans l’Angleterre victorienne. Ces lecteurs n’ont rien compris. Avec Oliver Twist, Dickens décrit la situation sociale de l’Angleterre. Je pense que notre situation sociale n’est pas très éloignée de celle du 19ème siècle.

Je ne vois pas les risques… Je n’ai pas la sensation d’être en danger.

En général, qu’est-ce qui selon vous amènerait un auteur de bande dessinée à adapter une œuvre littéraire ?

Pour ma part, je n’adapte pas ce que je considère comme un texte de référence. C’est-à-dire un texte qui a participé (ou participe) à ma construction d’homme. Exemple : Mauriac, Camus, etc. J’adapte des textes qui me parlent mais où j’ai la sensation de pouvoir ajouter ma touche au récit.

Pour Olivier Twist, j’effectue un travail sur le rythme et la composition des événements, ainsi que la psychologie d’Oliver Twist. Dans l’ouvrage de Dickens, Oliver subit sa vie. Dans notre travail, il vit sa vie. Cela peut paraître un détail mais il a son importance.

Comment avez-vous rencontré Olivier Deloye (dessinateur d’Oliver Twist) ? Le choix de ce dessinateur relevait-il d’un « coup de foudre » pour le dessin ou d’une vision convergente à donner à l’ambiance d’Oliver Twist ?

La magie d’internet… Nous fréquentions le même forum de discussion. J’ai apprécié son travail. Il appréciait le mien. (non, ce n’est pas Meetic !). Bref, nous avions envie de bosser ensemble. Oliver Twist est notre première collaboration et j’espère qu’elle ne sera pas la dernière. J’aime énormément son dessin et la façon dont il aborde la collaboration. Il y a des rencontres qui font grandir. Je sais ce que je dois à Olivier.

On remarque la présence en plus du dessinateur de coloristes. Est-ce vous qui les avez choisis ou Olivier Deloye, et quels ont été les critères qui vous ont amené à les choisir ?

Le coloriste intervient sur le dessin mais également sur la narration. Le choix du coloriste se fait à deux mais l’avis du dessinateur est primordial et prioritaire. On colorise son dessin. J’avais déjà collaboré avec Jean-Jacques Rouger et j’avais envie de repartir avec lui dans une nouvelle aventure. J’ai proposé à Olivier de faire des essais avec Jean-Jacques. Olivier a accepté. En retour, nous n’avons pas eu un essai mais deux. Isabelle Merlet (compagne de J.J.R.) avait apprécié les pages et avait également réalisé un essai. Nous avons apprécié les deux propositions. Elles étaient complémentaires.

Nous avons proposé à Isabelle et Jean-Jacques de réaliser ensemble le travail de la mise en couleur. A notre plus grand bonheur, ils ont accepté.

Le coloriste est un acteur trop peu reconnu dans notre profession.  Pour moi, une bonne couleur peut sublimer le dessin et la narration ou la massacrer. Isabelle et Jean-Jacques sont des très grands de la couleur. Sans eux, le projet ne serait pas ce qu’il est.

Pensez-vous que cette façon tripartite (scénariste, dessinateur, coloriste) de travailler est appelée à se développer dans le futur, dans la profession (ce qui ressemblerait de manière très exagérée à la façon de fonctionner des studios de comics américains)
?

La collaboration « scénariste, dessinateur, coloriste » est un schéma classique en bande dessinée. Cette forme de travail n’a rien à voir avec un fonctionnement « studio ». Dans le travail de studio, il n’y a qu’une tête et des exécutants (Walt Disney ou Miyazaki). Les exemples de studios bande dessinée sont nombreux. Au Japon, la quasi-totalité des ouvrages sont réalisés selon ce mode de travail. Même les mangas dits « d’auteur » sont réalisés par un maître et des assistants. C’est le cas pour Taniguchi… Personne n’a jamais entendu parler de Takahashi. Pourtant, c’est un des dessinateurs du studio Taniguchi. Taniguchi lui-même a été l’assistant de Kyda Ishikawa. Au Japon, c’est une culture de travail. En Europe, il y a l’exemple d’Hergé ou de Peyo. Je serais curieux de connaître le nombre de petits bonhommes bleus réellement dessinés par Peyo.

Dans le cadre d’Oliver Twist, l’ensemble des membres de l’équipe est un auteur. Nous ne prenons pas à notre compte un travail réalisé par une autre personne. Ce travail n’a rien à voir avec un studio. Je n’aime pas le travail de studio simplement car je n’aime pas le nombrilisme. Si une personne intervient dans un ouvrage, elle doit être reconnue à la hauteur de son travail et de son investissement.

La couleur dominante des trois tomes d’Oliver Twist est le marron. Comment l’expliquer ? Mise en abîme dans l’époque par le biais d’un effet « sépia » ? autre raison ?

Ce n’est pas à moi qu’il faudrait poser la question mais à Isabelle et Jean-Jacques.

Toute l’équipe qui a travaillé sur Oliver Twist a-t-elle lu l’œuvre de Dickens ? Avez-vous rencontré des divergences de points de vue ? Si oui, comment avez-vous alors tranché ?

Je pense que oui… Enfin, j’espère que oui ! (hahahaha !)

Il n’y a pas de divergences de point de vue. Faire un projet ensemble, c’est avoir les mêmes envies et les mêmes visions. C’est un postulat de base.

Justement, quelles difficultés et facilités trouve-t-on à adapter un classique de la littérature ?

Il y a autant de difficultés que de facilités... C’est fonction de nous. De notre état d’esprit au moment de la réalisation. Ce n’est ni plus facile ni plus difficile que d’écrire sa propre histoire. C’est simplement différent.

Finalement, on peut dire qu’adapter une œuvre oblige un peu à trahir celle-ci pour pouvoir y apporter sa vision. Comment alors trouver ce juste milieu, entre adaptation et totale interprétation, voire imagination ?

 Je ne me pose pas la question. J’ai un fond (l’œuvre à adapter). Je tente de le respecter mais je fais ce que je veux de la forme. Chercher un équilibre entre l’œuvre de l’auteur-créateur et mon travail serait, pour moi, une forme de compromission. Or, je fais ce que je veux.



Je souhaite « Bonnes bulles et bon vent » à Oliver Twist ainsi qu’à vous Loic Dauvillier. Dans quel projet aura-t-on le plaisir de vous voir « sévir » prochainement ?

En mars prochain, aux éditions Drugstore, sortira un ouvrage très important pour moi. Il s’agit d’une création. L’ouvrage se nomme Inés. Avec Jérôme d’Aviau, nous abordons le sujet de la violence conjugale. Un ouvrage pas facile qui je l’espère trouvera son public. Le livre est fini. Il ne nous reste qu’à attendre sa publication et c’est long.
Ça aurait pu être la couverture du tome 3… mais non !

Entretien réalisé par Grégoire Bessagnet, Licence pro Bib.

Voir aussi l'entretien réalisé par Sarah en avril 2008.

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Published by Grégoire - dans Entretiens
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