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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 21:07







Neil GAIMAN,
Coraline

Titre original : Coraline
Première publication :
HarperCollins Publishers, New York, 2002
Traduction française :
Hélène Collon
pour les Editions Albin Michel, 2003
(collection Wiz)
















« Chapitre 1 :


Coraline découvrit la porte peu après avoir emménagé dans la maison. »


 Un drôle d’oiseau ce Neil Gaiman, qui ajoute une nouvelle corde à son arc d’auteur, déjà bien garni : journaliste, scénariste pour le petit et le grand écran, nouvelliste, auteur de comics, romancier pour adulte, voilà qu’il s’essaye au roman pour enfants.

Fan de Lewis Carroll, il a l’idée, pour distraire sa fille, de lui écrire un conte moderne dans la veine d’Alice au pays des Merveilles : « je voulais que l'héroïne soit une petite fille et que le livre donne la chair de poule, mais d’une manière originale. »

C’est bel et bien avec un frisson – de plaisir – que l’on dévore l’histoire de Coraline qui, en ouvrant une porte mystérieuse de son appartement, découvre un monde presque identique au sien mais qui lui semble parfait, où les grandes personnes prononcent son nom correctement (« Je m’appelle Coraline. Pas Caroline, Coraline ») où mille distractions s’offrent à elle, où elle peut manger tout ce qui lui fait envie… Et où l’attendent un autre père et une autre mère avec d’horribles boutons noirs cousus à la place des yeux, qui veulent plus que tout qu’elle reste avec eux pour toujours. Lorsqu’elle tente de s’échapper, elle s’aperçoit que ses vrais parents ont disparu, capturés par l’autre mère, prisonniers de son monde… La perfection du départ se teinte rapidement d’ombres inquiétantes, l’atmosphère s’alourdit, le danger rôde, prêt à nous piéger, mais Coraline ne se laisse pas faire : « Le courage, c’est quand on a peur mais qu’on y va quand même », dit-elle.

Neil Gaiman a réussi à camper une petite héroïne très vivante à laquelle on s’identifie sans mal, avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses et, pour couronner le tout, une nature débrouillarde et un caractère bien trempé qui la rendent particulièrement attachante. Plus sombre et plus inquiétant que l’histoire d’Alice, ce ténébreux petit conte est une friandise que l’on croque avec grand plaisir, d’autant plus qu’on y retrouve par petites touches les thèmes chers à l’auteur précédemment développés dans ses autres écrits, notamment dans le roman Neverwhere : l’existence d’un autre monde, image en négatif du nôtre (dans Coraline, un appartement identique au sien ; dans Neverwhere, le Londres-d’en-bas s’étendant sous la ville de Londres) ; la trahison d’un être en qui le héros a confiance, qui semble lui vouloir du bien mais qui le manipule (l’autre mère, sosie machiavélique de la vraie mère de Coraline) ; la quête d’une clé verrouillant ou déverrouillant une porte qui occupe une place importante dans le récit… Autant de motifs que l’on redécouvre avec plaisir, d’autant plus qu’ils sont mis en scène par toute une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs : l’autre mère, effrayante sorcière dont la véritable identité n’est jamais révélée, le chat, hautain jusqu’au snobisme mais tout de même serviable, monsieur Bobo, le « vieux toqué » de l’appartement du dessus qui forme un cirque de souris savantes que personne ne voit jamais, les demoiselles Spink et Forcibles, anciennes comédiennes qui se disputent sans cesse, plongées dans les souvenirs de leur gloire passée et les fantômes des enfants piégés en d’autres temps par l’autre mère, attendant qu’on vienne libérer leurs âmes du monde-piège de la sorcière.

Si les plus jeunes parviennent, comme Coraline, à surmonter les peurs enfantines que la lecture du roman peut faire resurgir, il semble que ce soit plus difficile pour les grands, ainsi qu’en témoigne l’auteur : « Quand les gens ont commencé à lire Coraline, je me suis rendu compte que les enfants y voyaient une aventure tandis qu’elle donnait des cauchemars aux grandes personnes. », dit-il avant de conclure : « C’est le plus bizarre de tous mes livres. C’est celui qui m’a pris le plus de temps, et celui dont je suis le plus fier. »

Il serait donc dommage de s’en priver, d’autant que l’adaptation cinématographique en animation 3-D, menée par Henry Selick (réalisateur de L’étrange noël de monsieur Jack et de James et la grosse pêche) ne devrait plus tarder à investir les salles obscures (le 6 février 2009 pour les Etats-Unis.) Tenez-vous prêts !


Fany D., AS EDLIB

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commentaires

Luna 18/11/2011 16:02

J'ai eu un peu de mal avec cette histoire petite, et visiblement, le temps n'a rien changé à tout ça... dommage !

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