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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 17:42







Antoine VOLODINE,
Des anges mineurs

Seuil, collection Fiction & Cie,
rééd. Coll. Points,
Paris, 1999 (218 pages).





















L’auteur

Antoine Volodine n’aime pas parler de sa vie mais préfère parler de ses livres, il y a donc certaines incertitudes autour de sa biographie comme par exemple sa date de naissance. Antoine Volodine serait né en 1950 à Chalon-en Saône. Il a passé son enfance et son adolescence à Lyon, où il fait également ses études supérieures. Après avoir enseigné le russe pendant quinze ans, une langue qui lui vient de sa grand-mère et dont il reprendra le nom pour en faire le sien en tant qu’écrivain, il choisit de se consacrer à l’écriture et à la traduction. En 1985, après avoir essuyé de nombreux refus de la part des maisons d’édition, il confie un manuscrit à Denoël,
qui publiera dans la collection Présence du futur ses quatre premiers romans, parmi lesquels Rituel du mépris, Grand Prix de la science-fiction française en 1987. Il passe alors aux Editions de Minuit et y publie Lisbonne en 1990, puis Alto solo (1991) ou encore Le nom des singes en 1994. Peu avant la parution d'Alto Solo, Volodine mentionne le terme de post-exotisme, qui servira finalement à qualifier le mouvement littéraire qu'il fait naître à lui seul. Les écrivains relevant de ce mouvement sont des prisonniers politiques, victimes d'un régime totalitaire. Leurs thèmes de prédilections sont donc la rumination sur l'échec des luttes révolutionnaires, les utopies et leur dégénérescence, la solitude, l'impuissance, le rêve et la folie. Volodine se place délibérément à l'écart des courants littéraires contemporains et se réclame à la fois du réalisme magique et d'une littérature internationaliste, engagée, où se croisent l'onirisme et la politique. Pour lui, il s'agit de donner à lire « une littérature étrangère écrite en français ». Son œuvre à la poétique exigeante échappe à toute classification et compte aujourd’hui près de quinze titres, dont Des anges mineurs, couronné en 2000 par le prix du Livre Inter. Parmi les auteurs qui ont pu marquer la vie et l’œuvre d’Antoine Volodine, on peut citer Lautréamont, Fedor Dostoïevski, Louis-Ferdinand Céline, Gabriel Garcia Marquez, Samuel Beckett ou encore Franz Kafka.



Le livre

Publié en 1999 aux éditions du Seuil dans la collection Fiction et Cie, ce récit est un des plus récents écrits par Antoine Volodine. Il se divise en quarante-neuf chapitres très courts (souvent quelques pages), chacun portant le nom du personnage que l’on va suivre dans ce chapitre. Ces chapitres courts sont appelés narrats par l’auteur et voici son explication :

“J’appelle narrats des textes post-exotiques à cent pour cent, j’appelle narrats des instantanés romanesques qui fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir. (...) J’appelle ici narrats quarante-neuf images organisées sur quoi dans leur errance s’arrêtent mes gueux et mes animaux préférés, ainsi que quelques vieilles immortelles. (...) J’appelle narrats de brèves pièces musicales dont la musique est la principale raison d’être, mais aussi où ceux que j’aime peuvent se reposer un instant, avant de reprendre leur progression vers le rien.”


A la lecture de ces quarante-neuf fragments, on pourrait croire que ceux-ci ne seraient qu’une suite d’histoires aussi déconcertantes les unes que les autres. Cependant, au fur et à mesure de la lecture, on parvient à distinguer la toile de fond sur laquelle est fondé tout le récit. C’est l’histoire de Will Scheidmann, ficelé à un poteau comme un prisonnier de guerre, au beau milieu des steppes et des collines désertes. Allongées dans l’herbe à quelques pas de lui, des grands-mères le tiennent en joue et tirent. Pourtant, quelques décennies plus tôt, dans l’hospice expérimental du Blé Moucheté, ce sont elles qui l’ont enfanté, couvé, confectionné à l’aide de bouts de chiffons et d’incantations (narrat numéro 6 « Laetitia Scheidmann ») Elles l’ont éduqué pour qu’il soit le vengeur, celui qui rétablirait la civilisation des justes dans un monde pour lequel elles-mêmes ont combattu autrefois. Mais il les a trahies en aidant à remettre le capitalisme au pouvoir. Elles ratent leur coup. Will Scheidmann échappe à la mort pour cette fois. Alors depuis ce jour, il raconte des histoires aux grands-mères, pour gagner du temps sur la mort, d’où les nombreux et très différents narrats du récit, toujours ambigus, loufoques voire absurdes. Ces narrats prennent place dans des univers toujours délirants tout droit sortis de l’imaginaire de Volodine. On y croise des personnages étranges au cœur d’aventures insensées, des groupes d’hommes et de femmes dans l’errance. Le goût du curry de mouette, les femmes aux cheveux transparents, les ourses qui accouchent sur un paquebot (narrat numéro 3 « Sophie Gironde »), les fantasmes de Sophie Gironde, ou encore la procréation chamanique assistée sont autant d’exemples de l’étrangeté de ces récits.  Il y a bien plusieurs histoires dans l’histoire centrale, cependant, celles-ci se croisent et s’entrecroisent tellement que les traces de fiction et de réel dans l’univers du récit se trouvent bouleversées.

De plus, le titre, Des anges mineurs, constitue un point intéressant de cette œuvre à étudier. Celui-ci trouve toute sa signification dans le narrat numéro 43 intitulé "Maria Clementi," lorsque ce personnage explique directement la provenance de ce titre : « Cette nuit-là, ce 16 octobre-là, je lui suggérai de baptiser son prochain tas Des anges mineurs. C’était un titre que j’avais autrefois utilisé pour un romance, dans d’autres circonstances et dans un autre monde […] ».

Cependant, on pourrait interpréter ce titre d’une manière différente. En effet, les anges seraient les personnages éponymes de chaque narrat, et ceux-ci seraient mineurs car l’histoire ne tournerait pas uniquement autour d’eux. Ils composeraient, à eux tous, le récit et le récit les révèlerait les uns après les autres.

Le personnage de ce narrat informe aussi le lecteur du fond de l’histoire : « […] Will Scheidmann avait continué, en effet, à dire chaque jour une histoire, sans doute parce qu’il n’avait rien d’autre à dire ni à faire […] ».


En conclusion, il est vrai qu’Antoine Volodine est un auteur à part, créateur d’une littérature envoûtante et attirante, difficile à classifier. Son livre Des anges mineurs, illustre parfaitement le mouvement littéraire dont il est le père fondateur, le post-exotisme, à travers ces quarante-neuf instantanés à la fois sensuels et délirants.

La lecture de ce récit m’a plu, essentiellement par son côté un peu décalé, son univers étrange. Cependant, le caractère halluciné des différents acteurs du récit, leurs actions souvent ambiguës m’ont quelque peu troublée.

Ce qui est le plus étonnant avec ces quarante-neuf narrats, et qui révèle résolument le talent d’Antoine Volodine, c’est leur faculté à pouvoir être lus et compris indépendamment tout en constituant, une fois assemblés, une véritable fresque romanesque.

Hortense, 2ème année Ed-Lib

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