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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 22:28







Vikas SWARUP,
Les Fabuleuses Aventures d’un Indien
malchanceux qui devint milliardaire
Traduit de l’anglais par Roxane Azimi
Belfond, 2006
Rééd. 10/18, 2007



















L’auteur

Né en Inde, Vikas Sarup est diplomate. Il a étudié l’histoire contemporaine, la psychologie et la philosophie. Aujourd’hui, il travaille au Ministère des Affaires Etrangères, à New Delhi. Ce livre est son premier roman. Il a été traduit en quinze langues et le prix grand public du Salon du Livre de Paris lui a été attribué en 2007.




Résumé


Ram Mohammad Thomas est un jeune serveur de dix-huit ans qui décide de participer au grand jeu télévisé Qui veut gagner un milliard de roupies. Contre toute attente, il répond à chacune des questions sans hésiter. Aussitôt, le producteur l’accuse de tricherie et use de son influence pour le faire incarcérer et torturer jusqu’à l’aveu. Après tout, comment un orphelin qui a passé sa vie dans la misère peut-il savoir quelle est la plus petite planète de notre système solaire ? Une avocate (non corrompue) le tire de prison et lui permet de s’expliquer.

Ram raconte alors sa vie, l’existence riche d’un enfant des rues qui a travaillé dans tous les milieux. Il déroule la trame d’une Inde contrastée, n’épargnant rien au lecteur, et montre comment chacune de ses aventures lui a apporté les réponses du jeu télévisé, et bien plus encore.



L’Inde, pays de la diversité

Les pérégrinations du héros nous donnent un aperçu du quotidien mouvant des Indiens. Nous pouvons en retenir certaines caractéristiques :


« Il frissonne quand il imagine son frère en train de se tordre dans les flammes. Il dit qu’il en vient à craindre et à haïr tous les hindous. Il me demande mon nom.
- Mohammad, lui dis-je. »


Les nombreuses religions de l’Inde entraînent des conflits souvent meurtriers. Le nom du héros découle de cette situation. Recueilli par un prêtre catholique, Ram s’appelait d’abord Joseph Michael Thomas. Le père Timothy fut accusé d’avoir converti un enfant dont on ignorait l’ascendance. Afin de contenter les deux principaux plaignants, le prête lui choisit deux autres noms, l’un hindou et l’autre musulman. Lorsqu’il fait la connaissance de Salim, une victime des guerres de religion dont l’entière famille a été détruite par les hindous, le héros se désigne sous son deuxième prénom.


« Je suis persuadé maintenant que tous les infirmes qu’on a rencontrés ici ont été délibéré-ment mutilés […] »

L’exploitation des enfants est commune dans ce pays. Les enfants doivent se débrouiller pour survivre. Les orphelinats, bondés, sont souvent des lieux de trafic. En tant qu’orphelin, Ram en fait les frais. Dès l’âge de neuf ans, il est contraint à gagner son pain. Son sort est enviable, par rapport aux enfants mutilés qui vendent de la nourriture dans les trains et à ceux qui se prostituent…


« Clapiers composés de logements d’une seule pièce, occupés par les classes moyennes aux revenus modestes, les chawls sont le dépotoir de Mumbai. »

Les inégalités économiques sont très importantes. Les classes supérieures vivent dans le luxe, les classes moyennes dans les chawls, les plus pauvres dans les bidonvilles. La vie est difficile, imprégnée d’alcool et de violence, dans ces chawls où s’entasse une grande partie de la population.


« Ceci est un braquage, annonce-t-il calmement sur le ton de quelqu’un qui dirait : ‘au-jourd’hui, nous sommes mercredi’ ».

La violence règne dans tous les rapports sociaux, si bien qu’il faut être constamment sur ses gardes. Le banditisme dans les trains est très fréquent.


« Avec une régularité d’horloge, la sirène du raid aérien retentit à vingt heures trente précises ».

La guerre contre le Pakistan est complètement banalisée. Entre deux coupures de publicité, le Premier Ministre annonce la victoire imminente de l’Inde, puis une actrice répète son discours de façon théâtralisée…



« Puisqu’il était tueur professionnel, avec un permis de tuer ».

La justice est souvent régie par la mafia et les pots de vin. Toutefois, il reste des avocats comme celle qui permet à Ram d’être innocenté.


« Comme Madhubala, je veux laisser derrière moi le souvenir d’une jeunesse et d’une beauté intactes, d’une grâce et d’un charme intemporels. »

A quatorze ans, Ram entre au service d’une actrice vieillissante et découvre la deuxième facette de la célébrité : la peur d’être oublié. Neelima Kumari ne supporte plus de se voir dans un miroir et se berce du souvenir des cent quatorze films dans lesquels elle a joué…


« Il a vu ce film huit fois déjà ».

Le cinéma bollywoodien a une très grande importance. Il ne s’agit pas d’un loisir réservé aux classes supérieures. Il offre du rêve aux enfants de Mumbai.


« Je fonce vers la gare locale et saute dans l’express à destination du terminus de Victoria ».

Le roman n’est pas seulement un voyage dans le temps, il est aussi un voyage dans l’espace. Ainsi, le héros verra Mumbai, Delhi, Agra. La population indienne est très mobile : les enfants exercent souvent le boulot de coursier et traversent la ville avec des plateaux-repas.


« Je contemple le jardin paysager avec des fontaines et de larges allées, le bassin avec le reflet du Taj dansant sur ses eaux, et alors seulement j’aperçois la foule de touristes ».

Ram s’improvise également guide touristique pour accueillir les généreux visiteurs du Taj Mahal. Le patrimoine de l’Inde est extrêmement riche, et le tourisme un enjeu économique fort.


« Shankar a contracté la rage – probablement à la suite d’une morsure de chien ».

Les maladies comme la rage déciment les chawls surpeuplés car les médicaments coûtent très cher. Ram aurait dû payer quatre cent mille roupies pour sauver son ami…

Conclusion

Vikas Swarup dresse un portrait de l’Inde assez sévère, mais l’innocence et l’humour d’un regard d’enfant nous incitent à découvrir la beauté derrière la pauvreté. La vie de Ram est racontée par fragments, dans l’ordre des questions posées par l’émission. Celles-ci se situent à la fin de chaque récit, affûtant notre curiosité.

Le plus surprenant est que nous croyons connaître la fin, puisque l’auteur ne cache pas que Ram a bel et bien gagné un milliard de roupies. Pourtant, une suite de coups de théâtre nous surprend. Le roman s’achève sur une note très douce, si bien que l’empreinte qu’il nous laisse peut durer des mois. Toutefois, il s’agit plus d’un bon souvenir que d’une prise de conscience…

    Ce roman a été adapté au cinéma sous le titre de Slumdog Millionnaire. Le film vient de sortir mais il a déjà fait l’objet de nombreuses récompenses. Cependant, il s’agit d’une adaptation très libre, et le film s’éloigne beaucoup de l’intrigue du roman.


Maylis Cassaigne, 2ème année Bib.-Méd.

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