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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 22:00








Rory MCLEAN,
Magic Bus : Sur la route des hippies d'Istamboul à Katmandou

traduction de Béatrice Vierne,
paru le 13/03/2008,
Hoëbeke, collection Etonnants voyageurs




















Rory MacLean est né en 1954 à Vancouver et vit actuellement en Grande Bretagne. Il travaille tout d'abord dans la presse pour la BBC et donne des cours d'écriture. Il réalise ensuite des films, travaille en Angleterre, à Paris et à Berlin, côtoyant Marlene Dietrich et David Bowie. En 1989, il remporte le concours du meilleur récit de voyage, organisé par The Independent. Son premier livre, Stalin's Nose, raconte un voyage en voiture  de Berlin à Moscou. C'est un succès commercial et critique au Royaume-Uni. MacLean est alors comparé à Bruce Chatwin. Son deuxième livre entraîne le lecteur en Ecosse puis à travers le Canada. Le suivant se déroule dans la Birmanie d'Aung San Suu Kyi terrassée par la junte militaire. Magic Bus est son sixième ouvrage et le premier traduit en France. [1]

Pour cet ouvrage Rory MacLean entreprend un voyage initiatique. En 2001, pendant neuf mois, il repart sur les traces des "Intrépides", membres du mouvement beat, ces jeunes Occidentaux des années 60-70, épris de liberté, qui par milliers partirent pour l’Inde, balisant la "route des hippies" d’Istanbul à Katmandou, traversant ainsi la Turquie, l'Iran, l' Afghanistan, le Pakistan, l'Inde et enfin le toit du monde, le Népal.

Les fauchés y allaient en stop. Les plus débrouillards affrétaient un minibus qu'ils bariolaient au goût du jour. Les autres prenaient l'autocar desservant Amsterdam - terminus Goa - rebaptisé Magic Bus en référence à une chanson des Who et aux substances psychédéliques qui s'y échangeaient. [2]

Ce voyage était pour ces jeunes une quête du vrai sens de la vie à travers la spiritualité orientale, mais surtout la recherche d'une vie nouvelle et d'un monde meilleur reniant les valeurs inhérentes à l'occident : la guerre, le capitalisme, l'autorité, le christianisme...

C’était la première fois qu’on voyait des gens partir en si grand nombre vers d’autres contrées non pas pour coloniser mais pour être colonisés (page 26).

Sans trop le savoir, les beatniks foulaient la plus vieille piste du monde, empruntée par Alexandre le Grand, Mahomet et Marco Polo, lien entre l'Europe et l'Asie. Un axe où s'échangeaient les épices, les idées, les croyances. L'ancienne route de la soie devenait alors celle des hippies. [3]

L'auteur a donc choisi de revivre ce fabuleux road-trip allant de la Turquie jusqu'au Népal, avec dans ses bagages l'ouvrage de Jack Kerouac, On the road. Il cite L'usage du monde de Nicolas Bouvier, Allen Ginsberg, Paul Bowles et multiplie les clins d'œil à Hermann Hesse.[4]

Il nous révèle comment ce voyage a pu profondément transformer la vie des voyageurs de l'époque, mais surtout comment les pays qu'ils ont traversés ont ressenti cet afflux d'Occidentaux et quels changements extraordinaires en ont découlé pour eux, comment cette époque a affecté les pays traversés.

Pour cela il interroge des témoins de l'époque et à travers ces témoignages, nous démontre l'évolution du mode de vie et des mentalités dans ces pays.

En outre Il cherche à savoir pourquoi cette route était devenue celle d'un pèlerinage à cette époque et pour cela il va à la rencontre d'anciens Intrépides qui n'ont pas quitté cette partie du monde.

Il rencontre notamment à Istanbul une quinquagénaire désenchantée, Penny, ancienne de Woodstock, qui pensait à l'époque qu'en se transformant elle-même, elle transformerait la face du monde, ainsi que l'ashram des Beatles, à Rishikesh en Inde qui va leur  enseigner la méditation transcendentale ( eux-mêmes ont énormément contribué à la fascination des hippies pour l'hindouisme lors de leur séjour initiatique et spirituel en Inde en 1968).

L'auteur évoque aussi la genèse des guides de voyages qui sont nés en même temps que ces voyages utopiques et les voyageurs indépendants. Le but était de parcourir le monde seul et en toute confiance. Il rencontre à Goa, en Inde, Geoff Crowther qui fut l'auteur du premier guide de voyage, Overland to India, publié chez BIT. Il nous parle aussi du premier guide Lonely Planet, Across Asia on the cheap, écrit par Tony et Maureen Wheeler, deux hippies voyageurs.

A partir de cette époque et grâce à ces jeunes auteurs ambitieux, il y a eu un changement radical dans la façon de voyager et d'appréhender le voyage.

" ...la piste des routards a donné naissance à une industrie qui a fait de notre planète une marchandise. Les avantages commerciaux du tourisme ne sauraient être contestés.[...]. Mais dans un tel monde, le voyage indépendant intrépide peut-il encore exister" Peut-être la seule façon de connaître un véritable émerveillement, une véritable nouveauté de nos jours est-elle de voyager sans guide de voyage. L'ennui, c'est que si vous suivez cette méthode en Afghanistan, vous risquez fort d'y laisser votre peau" (page 221).

Grâce à ces témoignages il  nous démontre à quel point cette utopie a changé la face du monde.

Son enquête passionnante permet de mesurer l'importance de ce tournant culturel: "Les années 60 ont métamorphosé le monde". En 1979, Khomeyni, personnalité religieuse et politique en Iran qui fut à l’origine de la révolution islamique décidait de fermer la "piste des hippies". C'était la fin d'une époque et d'une utopie. Désormais, si l'on veut suivre la mythique route des Indes on doit traverser des pays fortement islamisés, dont deux en guerre.[5]

Magic Bus décrit un voyage unique, captivant, passionnant à travers une époque et des paysages à la beauté merveilleuse. Mais ce récit est également le reflet de la lutte éternelle entre l’Est et l’Ouest, les rêves et la réalité, la tradition et la modernité.

Le succès que cet ouvrage a rencontré a été tel qu'un blog a été créé afin de permettre aux anciens Intrépides de revivre et se remémorer cette fabuleuse époque, échangeant des photos, des souvenirs, des contacts...Si vous êtes intéressés, voici le lien:( c'est en anglais mais néanmoins très intéressant) www.magicbus.info

J'ai beaucoup aimé ce livre, il m'a fait voyager dans une belle aventure en Orient à travers  deux époques différentes: les seventies et les années 2000, permettant d'analyser ce qu'un simple voyage peut avoir comme conséquences sur nous-mêmes mais aussi sur le monde qui nous entoure.

C'est un très beau témoignage et surtout un bel hommage à toute cette génération de jeunes gens admirables pour leur liberté, leur ambition, et leurs rêves devenus réalité...


Notes

[1] http://www.lire.fr/critique.asp/idC=52404/idR=217/idG=4
[2] idem
[3] idem
[4] idem
[5] idem


Bibliographie

http://www.telerama.fr/livres/magic-bus,28486.php
http://www.bibliosurf.com/Magic-Bus

Illustrations

Les trois photos sont empruntées à l'album de Rory Mac Lean sur Flickr.

Ségolène BRETON, 2ème année BIB-MED


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Published by Ségolène - dans littérature de voyage
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