Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 16:11




David
GOODIS,
La Blonde au Coin de la Rue, 1954,
Titre original : The Blonde on the street corner
Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias

réed. Paris : Rivages, Coll. : Rivages-Noir, 1986




















L’auteur

Romancier américain, David Goodis est né le 2 mars 1917 à Philadelphie. Après des études journalistiques terminées en 1938, il vendra ses pulps(1) ; des récits de sports, d’aventures, des westerns, des policiers et il se spécialisera dans les combats aériens de la Première Guerre mondiale. Il publie son premier livre Retour à la vie (Retreat from Oblivion) en 1938, et s'installe à New York. Il obtient le succès en 1946 avec son livre Cauchemar (Dark passage) L'adaptation de ce livre en 1947 sous le titre Les Passagers de la nuit avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, lui vaut d'être engagé par la Warner Bros comme scénariste à Hollywood. Il n’y restera que deux années, et il participera à quelques films passés inaperçus. De retour à Philadelphie en 1950, il s'occupe de ses parents et de son frère. Il écrit pour les livres de poche qui remplacent progressivement les pulps et sort Cassidy’s Girl (1951), La lune dans le caniveau (1953), Sans espoir de retour (1954), Descente aux enfers (1956). David Goodis doit son succès en France à l'adaptation de plusieurs livres au cinéma, comme Tirez sur le pianiste par François Truffaut en 1960, dont c'est le deuxième long-métrage. La perte de son père puis de sa mère, les difficultés de son frère cadet souvent interné, affectent l’écrivain. Il s’enfonce dans la déprime et l’alcool et finit par tomber malade fin 1966. Il décédera à l’hôpital le 7 janvier 1967 à Philadelphie, dans l’indifférence.

L’intrigue

Ralph a 30 ans, il est au chômage et vit encore chez ses parents avec ses jeunes sœurs, Evelyn et Adeline. Il fréquente ses amis Ken, Georges et  Dingo pour tromper son ennui. Il se passionne pour les combats de boxe dont il ne lit que les comptes-rendus. Le père de Ralph travaille dans une usine frigorifique, il emmène sa femme au cinéma au moins deux fois par mois. Ken a 34 ans et porte toujours un mince pardessus déchiré par endroits et des chaussures en cuir trouées. Il ne s’entend pas avec ses parents et ses quatre frères et sœurs tous mariés. Il vit seul et rêve d’aller en Floride en faisant de l’auto-stop jusqu’à Miami. Il compose des chansons au piano et songe à les éditer.

Georges a 31 ans. A chaque élection il surveille le dépouillement du scrutin ; il y gagne cinq dollars.Il aurait voulu être un joueur de base-ball professionnel.

Dingo a 33 ans ; petit et mince, il apparait comme le moins séduisant de la bande. Il aime se rouler des cigarettes et plaquer ses cheveux sur son crâne avec des tonnes de gel. Son travail consiste à aider un plombier à installer des chaudières à mazout ce qui lui rapporte un peu d’argent. Il a un frère Clarence, marié à une « grosse blonde » nommée Lenore qu’il n’aime pas. Celle-ci n’a pas la langue dans sa poche, et se dispute sans arrêt avec la mère de Dingo et de Clarence.

La bande de garçons passe son temps à imaginer des stratégies pour se faire plus d’argent, comme ouvrir des salles de jeux, organiser des parties de poker et de blackjack dans leur cave. Ils ne font rien de leurs journées à part siroter du whisky ou discuter chez l’un, chez l’autre. Leurs vies tournent autour de la confiserie Silver, du Street Market, et des magasins Blayner qui les embauchent pour un temps au service des expéditions. Les quatre amis organisent des « soirées » en appelant des filles inconnues au téléphone. C’est ainsi qu’ Agnes Donahue, Pauline, Mabel et Edna Daly font la connaissance des jeunes hommes.

Les premières lignes nous dépeignent la rencontre du personnage principal  Ralph, avec Lenore. David Goodis annonce par ce dialogue, l’issue inévitable de son roman. Il nous impose une vision de deux êtres à la  vie fade dominée par un arrière-goût d’amertume, et de désirs jamais assouvis. Lenore ayant un caractère affirmé, se place directement comme la voie de passage obligée pour Ralph. Même si celui-ci se refuse à la suivre au départ : «
C’est peut-être ça que tu attends, la fille de tes rêves. (…) Tôt ou tard, tu seras fatigué d’attendre, et alors, ce sera toi et moi. » (p 13).

Intérêt du roman

Le personnage de Ralph nous apparaît comme noyé dans sa propre vie. D’humeur toujours maussade, il regarde le plancher et le ciel gris et il se félicite de ne pas avoir de travail. Ses parents aimants lui donnent de l’argent quand il en a envie. Ses sœurs le traitent de fainéant mais Ralph n’en a cure. Il préfère rester à l’écart dans les soirées entre amis, fumer en imaginant les hommes de son âge, dans ce qu’ils appellent « le bonheur conjugal »(p 48).

L’auteur nous le présente comme un être déprimé qui se laisse porter par la médiocrité de son quotidien, embrassant
le monde
d’un regard empreint de cynisme et de pitié. On le qualifierait presque d’observateur de sa propre existence désenchantée.

 Ralph se montre oisif et passif jusque dans ses sentiments. Lorsqu’il rencontre Edna Daly, celle-ci se met immédiatement à croire en lui et en ses possibilités comme éditer une chanson qu’il a composée avec Ken. Mais Ralph prend peur, (de ne pas être à la hauteur de cette rencontre ?, de prendre un nouveau cap ?) et il ne parviendra qu’à composer des paroles pour Edna, qu’il ne lui montrera pas. Par la suite, il choisit de ne plus la revoir.

Au plus profond de lui-même, le personnage de Ralph détient une force poignante de vie qui ne demande qu’à s’exprimer, mais ses peurs et ses frustrations l’en empêchent.

Ses amis et lui rêvent tous d’idéal, de vies meilleures et parce qu’ils n’ont plus confiance en eux-mêmes, ils préfèrent s’en éloigner, et s’abîmer dans l’alcool.

 
Parallèle avec l’écriture de Raymond CARVER

David Goodis met en scène des personnages subissant la vie, plutôt qu’ils ne l’éprouvent réellement. La
Blonde au Coin de la Rue est à rapprocher des Vitamines du bonheur, où on retrouve des thèmes chers aux deux écrivains. La désillusion et l’usure du quotidien, entament progressivement  la psyché des personnages, et le désespoir apparaît bientôt comme la seule issue de leur misère.

L’influence du roman noir est notable : là où l’intrigue est reléguée au second plan, les auteurs (Goodis en fait partie) s’appliquent à dévoiler la face d’une société en mal de reconnaissance, brisée par un mal de vivre toujours croissant. Souvent jeunes, les personnages se sentent dépassés par leur destin et semblent quasi-absents de leur propre chair.

Carver et Goodis brossent des portraits de ratés solitaires errant dans les bas-fonds des villes, conjuguant regrets  et infortune. Leurs récits laissant une place de choix aux dialogues, sont empreints d’un réalisme à contre-courant du modèle du self-made-man(2). Pour sortir de la noirceur de l’ennui, il n’y a que l’argent. L’argent que gagnent modestement les gens issus de quartiers défavorisés. L’argent qu’on dépense aussitôt de façon hasardeuse. L’argent comme ticket pour la liberté afin de jouir des biens réservés aux nantis. Les situations s’enchaînent, les âmes se croisent, l’espoir d’un nouveau départ surgit parfois.

Plus généralement, cette littérature urbaine affiche l’Homme blessé sous le poids de sa condition humaine,  à la poursuite d’un bonheur caricaturé mais toujours actuel : celui du rêve américain
:

 “
Tout ce temps passé, c’était un pari sur l’avenir (...) Mais tant que les dés n’avaient pas cessé de rouler, il y avait toujours un certain éclat dans ce qu’ils faisaient. (...) Mais tant qu’il y avait un “peut-être“, il leur restait l’éclat” (p.102).

Observation

La quatrième de couverture parle d’un « constat désespéré de la jeunesse de l’époque ». David Goodis semble en effet jouer sur ce registre quasi pathétique, en nous présentant les fragments de vie d’une bande de jeunes avec des désirs de leur âge.

La ville avec ses rues, ses faubourgs, son froid d’hiver annihile totalement les espérances de ces héros ordinaires. Même si on attend un peu trop du scénario, on ne peut s’empêcher de se dire que, sans cette littérature déceptive, le lecteur ne saisirait peut être pas toute la complexité de ces vies miséreuses qui finissent par nous émouvoir.


Notes

 1.   abréviation de pulp magazines : mot anglais désignant des revues populaires bon marché, apparues au début du XXe siècle aux États-Unis et consacrées à diverses formes de narration.
2.   mot américain désignant un homme qui doit sa réussite personnelle et professionnelle à ses propres moyens.

Netographie

http://www.larousse.fr/encyclopedie/#larousse/64319/4/pulp-magazines.
http://www.fluctuat.net/livres/paris99/chroniq/goodis.htm
-  http://www.polars.org/article70.html

Autre support

-  Microsoft Encarta 2009 collection (CDRom)

Anaïs Assemat, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.






Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives