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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 06:53






Charles JULIET

Lambeaux
,
POL, 1995






















Biographie


Charles Juliet naît en 1934 à Jujurieux (Ain), il est le quatrième enfant d’une famille paysanne. Un mois après sa  naissance, sa mère tombe dans une grave dépression et est enfermée dans un hôpital psychiatrique, qu’elle ne quittera qu’à sa mort. Juliet est placé dans une famille adoptive voisine. A l’âge de sept ans, il apprend le même jour l’existence et la mort de sa mère biologique. A douze ans, il étudie dans une école militaire à Aix-en-Provence jusqu’à ses vingt ans, puis est admis à l’école de santé militaire de Lyon. Mais à vingt-trois ans, il renonce à ses études pour se consacrer à son besoin d’écrire, nécessité envahissante et aussi moyen de se connaÏtre et d’exhumer ses blessures. La forme du journ
al va rapidement s’imposer à Juliet et il va le tenir pendant des décennies. Puis il s’essaye à la poésie, à la nouvelle et au théâtre. Il va travailler quinze ans avant de voir paraitre Fragments aux éditions de l’Aire en 1973. Dès lors il publie énormément, notamment chez POL (entre autres son Journal en cinq tomes, Rencontres avec Samuel Beckett, …). En 1989, L’Année de l’éveil (POL) lui permet d’aborder la forme du récit à travers son histoire personnelle, en l’occurrence son expérience à l’école militaire et sa jeune vie d’adulte. C’est ce récit et plus tard Lambeaux (POL, 1995) qui le feront connaitre du grand public. Si Juliet s’est essayé à plusieurs formes d’écriture, son œuvre montre une unité certaine. Unité de thème d’abord, son œuvre est traversée par la recherche de soi : « Je n’ai jamais décidé d’employer telle ou telle forme. Cela s’est fait au fur et à mesure de mon cheminement. De toute manière, quel que soit mon mode d’écriture, j’ai le sentiment que je dis toujours la même chose. Il est sans cesse question de cette même aventure intérieure. Je ne sais rien d’autre. » (Charles Juliet en son parcours, entretiens avec Rodolphe Barry). Unité de style ensuite, il choisit une langue sobre, précise et qui élimine tout élément inutile.


Présentation de l’œuvre

Le texte est scindé en deux parties, l’histoire de sa mère et le récit de son apprentissage auprès de sa famille adoptive, qui se répondent par échos. Tout au cours de son texte, Juliet nous décrit la vie paysanne de la première moitié du XXe siècle. C’est une vie dure, âpre, répétitive. Sa mère biologique est l’aînée de ses trois sœurs dont elle s’occupe après l’école pendant que ses parents travaillent aux champs ou auprès des animaux. Elle contribue aussi au ménage de la maison et aux menus travaux quotidiens de la ferme. Elle aime l’école et apprendre, mais son environnement est peu réceptif à la culture et à sa nécessité ; alors quand elle quitte l’école, elle en est profondément blessée. S’ensuit une vie de labeur à la ferme, rythmée par les saisons, étouffée sous un silence pesant et des questions jamais résolues. Elle va finir par se marier avec un paysan d’un village voisin et donnera naissance à quatre enfants en très peu de temps. Epuisée physiquement et moralement, elle tente de se suicider. Immédiatement internée, elle sombre petit à petit dans la folie et le désespoir. Après le début de la Seconde Guerre mondiale, elle est retrouvée morte de faim dans son lit, victime de l’« extermination douce » des aliénés par le régime nazi.
 
On passe alors au second récit. Juliet est donc le quatrième de ses enfants. Dès l’internement de sa mère, il est confié à une famille où il grandit entouré des cinq filles qui l’aimeront comme un frère. Malgré tout cet amour qu’on lui porte, il aura toute son enfance un sentiment de peur et d’abandon. A sept ans, il apprend donc l’existence et à la mort de sa mère. Puis il part pour l’école d’enfants de troupe d’Aix, suit ses années d’enseignement et décide d’aller à l’école de santé militaire de Lyon pour devenir médecin. Mais, il quittera cette école trois ans plus tard pour se consacrer à l’écriture, ce qui s’annonce être un travail long, dur et éprouvant.


Quelques thèmes

La nécessité de l’écriture : en fait, ce texte permet de percevoir, à travers le cheminement personnel de Juliet, les mécanismes de construction d’une identité. Pour lui, « le rôle de l’écrivain est de prêter à autrui les mots dont il a besoin pour avoir accès à lui-même » (Charles Juliet en son parcours). L’écriture est le seul moyen de communiquer avec le monde et de contourner les pièges de l’introspection pour Juliet et sa mère. De plus, écrire Lambeaux a été un moyen pour lui de se libérer de la culpabilité qui le hante : « Pardonne, ô mère, à l’enfant qui t’a poussée dans la tombe » (p. 146).

Le lambeau, le fragment : l’écriture en fragments de Juliet montre l’univers d’un récit fondé sur des ruptures. De courts paragraphes saisissent des moments de vie, des instantanés pris sur le vif avec des phrases souvent nominales, concises et au présent, fragments mis en valeur par des blancs typographiques.

Biographie/hagiographie : Juliet renouvelle ici le genre de la biographie et de l’autobiographie. Déjà ce « tu » pour désigner sa mère et lui-même annonce ce récit comme un lettre ouverte. Mais surtout, Juliet va reconstituer une vie exemplaire, celle de sa mère, qui par de nombreux points fait penser à Félicité (Un cœur simple, Gustave Flaubert) : par son parcours, elle est un « cœur simple » sacrifié, une paysanne à la vie intérieure riche et qui devient une personne exemplaire, une sainte. De même, on a parfois des clairs-obscurs, des jeux de lumières qui accompagnent les moments de désespoir et d’illuminations qui peuvent rappeler certaines vies de saints peintes (notamment les tableaux de Georges de La Tour).
Georges de la Tour, Saint Joseph charpentier (1640)

Charles Juliet se définit comme l’écrivain de l’ « aventure intérieure » (on connait son Journal en cinq tomes). Pour lui, la littérature doit trouver le mot juste pour décrire au plus près un état d’être, un sentiment.

Elise Riard, Année Spéciale Ed.-Lib.

Lire également l'article d'Emilie sur Lambeaux.

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