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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 08:58




Antoine VOLODINE
Dondog

Éditions du Seuil, 2002
Coll. Fiction & Cie























Le roman

Dondog Balbaïan est un ybür qui a survécu à un second nettoyage ethnique et qui vient de sortir d'un camp où il a passé trente ans de sa vie. Il déambule dans une ville sombre et nauséabonde envahie de blattes. Petit à petit, des noms lui reviennent en mémoire, des noms de personnes dont il souhaiterait se venger, qui lui ont fait du mal. Mais Dondog souffre d'amnésie depuis l'enfance et il a besoin de l'aide d'une chamane, Jessie Loo, pour retrouver la mémoire et se donner une raison de se venger. Dondog rencontre Marconi, qui attend lui aussi Jessie Loo. Il va lui parler de sa vie, lui confier des souvenirs qui lui reviennent. Marconi et Dondog attendent la mort, parfois ils s'endorment et somnolent. Sont-ils déjà morts ? Jessie Loo est-elle une chamane qui peut communiquer avec l'au-delà ?

Le livre est composé en quatre parties. Tout d'abord, Dondog parle de son enfance. Il se souvient de son frère, de son ami Schlumm mort le jour de l'extermination des Ybürs, ce qui le marquera à vie, de l'humiliation et de la persécution de sa maîtresse d'école. Puis il parle de sa grand-mère, Gabriella Bruna, violée par Gulmuz Korsakov que Dondog recherche aussi et qui s'avèrera être Marconi. Dans la troisième partie, il raconte sa vie dans les camps, mélange de dur labeur et de loisirs. La dernière partie, intitulée « Blattes », est consacrée à la fin de Dondog qui va enfin rencontrer la chamane. L'absence de repères chronologiques ne permet pas de situer l'histoire dans le temps mais Volodine se serait inspiré du système de répression en URSS pour son histoire. Quelques repères géographiques laissent en effet penser que l'action se passe là-bas et le personnage de Gabriella Bruna parle russe.

Analyse

Un homme sans mémoire n'a pas d'histoire et d'ailleurs chaque partie du livre se termine par « C'est tout pour... », comme si la vie de Dondog se résumait à peu de choses, comme s'il n'était rien. Dondog est amnésique et est obligé de parler pour que son passé ne lui échappe pas. Au fil des pages, on a l'impression d'être dans un flou constant et parfois la première et la troisième personne se mélangent dans une même phrase.

Dondog n'est pas non plus un homme pour ses pairs. Il fait partie d'un peuple que l'on a tenté plusieurs fois d'exterminer, que l'on n'hésite pas à humilier, rabaisser, massacrer... et qui n'a d'avenir que dans les camps. Ce sont donc ses pairs qui lui ont ôté son statut d'homme. À sa sortie des camps, Dondog apparaît comme « un animal nocturne, pas très agressif mais très désagréable à regarder. Sa veste de chantier donnait à penser qu'il avait raté sa vie, ou du moins qu'il n'avait pas suffisamment progressé dans la hiérarchie des camps pour mériter d'en sortir avec les honneurs et un paquetage propre. » C'est ainsi que Dondog déambule dans une ville sale et sombre et il est même censé mourir à Cockroach Street, « rue des blattes ». Et des blattes, il y en a partout, elles rappellent à Dondog sa condition d'homme gênant, issu d'un peuple grouillant.


« Un cafard partiellement écrasé se débattait alors sous le talon de Dondog, le droit, il me semble. Il se débattait pour la forme. Nul ne l'avait remarqué et, au fond, il était comme nous, il commençait à se désintéresser de son avenir. »

Delphine Radenne, 2ème année Ed.-Lib.





Lire également
l'article d'Hortense sur Des anges mineurs.

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