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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 06:46









Éric-Emmanuel SCHMITT

Le Visiteur

Actes-Sud Papiers, 1993




















Biographie

Éric-Emmanuel Schmitt est né en 1960. Il est normalien, agrégé de philosophie et docteur en philosophie. Il a soutenu sa thèse en 1997, le sujet était : Diderot ou la philosophie de la séduction. C'est aujourd'hui l'auteur francophone le plus lu et traduit dans le monde (40 langues différentes pour 50 pays). Il est également un auteur reconnu par la profession puisqu'il est régulièrement récompensé par des prix notamment au théâtre. Il vit actuellement en Belgique et la plupart de ses ouvrages sont édités chez Albin Michel.

Il se fait d'abord connaître au théâtre en 1991 avec La Nuit de Valognes mais c'est en 1993 avec Le Visiteur qu'il obtient un véritable triomphe et une vraie reconnaissance. En effet, il reçoit trois Molières pour cette pièce (meilleur auteur, révélation théâtrale, meilleur spectacle) et l'on met en place une version lyrique de son texte pour le théâtre impérial de Compiègne.


En parallèle de son activité théâtrale, Éric-Emmanuel Schmitt écrit des romans tels que La Secte des égoïstes en 1995 ou L'Évangile selon Pilate en 2000. Il a également connu un grand succès au cinéma avec Odette Toulemonde.

Son dernier ouvrage est paru au moment de la rentrée littéraire 2008, il s'agit de Ulysse from Bagdad.



Résumé

Le Visiteur nous fait rencontrer Freud vers la fin de sa vie, alors qu'il vit encore en Autriche. L'histoire se passe un soir, dans la bureau du vieux docteur au 19 Berggasse. Il est avec se fille Anna et discute du temps qui passe, de la montée du nazisme et de la violence à l'égard des juifs. Anna tente de convaincre son père de signer un papier afin de pouvoir fuir. Tout à coup, un soldat nazi fait irruption dans la pièce. Il veut soutirer de l'argent à Freud. Mais ayant obtenu l'argent, le nazi ne part pas. Il reste et insulte les juifs. Anna répond et se fait arrêter. Freud reste donc seul dans son bureau. Il s'affole, appelle l'ambassade pour la sauver. L'ambassadeur accepte mais en échange Freud promet de signer le laissez-passer qui leur permettra de fuir, lui et sa famille. Il recherche donc ce papier pour le signer mais au moment de passer à l'acte il refuse. En effet, le contenu de la lettre est hypocrite et en contradiction avec sa conscience.

C'est à ce moment qu'un individu entre par la fenêtre. Freud, tracassé, veut s'en débarrasser. Il le prend pour un malade qui a besoin d'une séance de psychanalyse. Mais l'inconnu insiste pour parler tout en refusant de donner son identité prétextant que Freud ne le croirait pas. Après un moment, Freud se résigne à le soigner. Il commence à lui poser des questions mais l'inconnu refuse de répondre ou répond de manière évasive jusqu'au moment ou Freud lui demande de raconter une histoire. L'inconnu se met alors à raconter un moment de la vie de Freud qu'il avait jusqu'alors gardé pour lui. Freud est perplexe et épuisé de dialoguer sans arriver au but mais il est intrigué. Il décide d'utiliser l'hypnose. Le visiteur se laisse faire. Malgré l'endormissement relatif, l'inconnu continue de répondre de manière floue jusqu'au moment où Freud lui demande la date de sa propre mort. L'inconnu commence à répondre puis se réveille brusquement. Cette réaction surprend Freud qui ne pense pas possible de pouvoir sortir d'une hypnose ainsi. Dès lors le doute entre dans son esprit : « Êtes-vous Dieu ? »

A partir de là, le récit s'organise autour du doute de Freud et de son envie de croire que cet inconnu est Dieu. Le doute de Freud est alimenté par la présence dans l'immeuble d'un malade échappé de l'asile ayant des tendances mythomanes, c'est-à-dire se prenant pour Churchill ou Goethe, et par le fait que l'inconnu se cache dès qu'une autre personne que Freud se trouve dans la pièce. Freud ouvre progressivement son cœur à l'inconnu qu'il croit le fou de l'asile et se prend à lui dire ce qu'il dirait à Dieu s'il existait vraiment et et qu'il se trouvait devant lui. Ce à quoi l'inconnu répond comme s'il était Dieu. Il remet en cause Freud dans l'évolution future de l'humanité. Freud est bouleversé. C'est à ce moment qu'on vient annoncer à Freud l'arrestation du fou. Freud doit donc admettre que l'inconnu n'est peut-être pas fou et de nouveau le trouble se fait dans son esprit.


Finalement, le retour d'Anna le sort de sa réflexion. L'inconnu s'en va par la fenêtre sans avoir réussi  à convaincre Freud. De nouveau seul avec sa fille, Freud décide de signer le laissez-passer et de sauver sa famille.

Analyse

Éric-Emmanuel Schmitt dit l'avoir écrite un soir après avoir regardé le journal de 20 heures alors qu'il se désespérait de n'entendre que de la violence, des crimes, la guerre dans les nouvelles. Il s'est soudain interrogé sur Dieu : « Si Dieu a une dépression que peut-il faire ? Quel recours ? Qui peut-il aller voir ? » et c'est à ce moment qu'il a l'idée de mettre face à face Dieu et Freud qui n'ont strictement rien à se dire puisque censés n'être d'accord sur rien. Après la rédaction de son texte, l'auteur le fait lire à trois de ses proches. Deux d'entre eux adorent tandis que le troisième lui déconseille de monter la pièce. Décidant d'écouter ce dernier lil met le texte de côté pour le ressortir quelque temps après. Éric-Emmanuel Schmitt ne croit pas en cette pièce. Le soir de la première, personne n'est venu la voir, seules deux places payantes ont été vendues...à ses parents,  aucun article n'est paru dans la presse avant et aucun critique n'a fait le déplacement. Finalement, il décide d'ouvrir le spectacle, offrant des places gratuites. Très vite, cela devient un vrai triomphe.

Le thème principal de ce texte est la religion et plus particulièrement l'existence de Dieu. La religion est un thème que l'on retrouve dans d'autres œuvres d'Éric-Emmanuel Schmitt  comme  L'Évangile selon Pilate. C'est donc un thème cher à l'auteur. Ainsi, quand on l'interroge sur le choix d'aborder la religion il répond : «  Ce n'est pas la toute puissance de Dieu qui m'intéresse mais plutôt son impuissance : Dieu a mal à cette humanité qui choisit le Mal au lieu du Bien. » En fait, le récit nous fait nous interroger sur Dieu mais aussi sur l'homme. Rien n'est fait pour nous imposer l'existence de Dieu, d'ailleurs Freud lui-même n'est pas convaincu à la fin. Le doute qui persiste sur l'identité du visiteur est une porte ouverte à l'interprétation de chacun, c'est une volonté de l'auteur et là est toute la force du récit. Ce doute est permis grâce à un flou qui entoure le personnage. On ne sait rien de lui, il a une attitude mystérieuse puisqu'il se cache. De plus, la scène se déroule dans le passé et le personnage parle de ce que l'auteur sait de l'Histoire de la fin du XXe siècle. Ce qui rend l'inconnu plus crédible au yeux de Freud et des spectateurs. Car comment, en étant un contemporain de Freud, pourrait-il savoir tout cela ?

L'autre force du récit est qu'il donne à tous les moyens de s'exprimer à travers les propos des personnages. Ainsi, les athées peuvent exprimer leur frustration et leur détresse face au monde, les chrétiens y voient un texte pascalien sur le Dieu caché, enfin, les juifs y voient une méditation hassidique.

Dans le récit, on trouve un mélange des registres. Ainsi, le tragique s'impose par le contexte global de l'action. Anna décrit des scènes de violence à l'encontre des juifs de manière assez crue. Mais cela n'empêche pas les traits d'ironie et d'humour qui ponctuent quelques phrases éparpillées dans le texte comme quand Anna se moque du nazi ou quand Freud évoque la vieillesse comme une maladie qui touche seulement les jeunes gens. La manière dont Freud retourne la situation en faisant le reproche d'un comportement typiquement « juif » au nazi lorsqu'il revient lui soutirer de l'argent est également très ironique. Enfin, le pathétique est présent dans les sentiments, l'affolement que ressent Freud à l'égard de sa fille ou bien encore dans les gestes de tendresse que partagent Freud et l'inconnu.

En conclusion, ce texte d'Éric-Emmanuel Schmitt est un texte efficace qui nous permet de remettre la responsabilité de l'homme en question par rapport au développement du Mal dans le monde et qui nous fait nous interroger sur l'existence de Dieu tout en laissant à chacun la liberté de répondre à cette question. C'est un texte d'une grande sensibilité qui parle à tous sans condamner aucun point de vue.

Marie-Amélie Leroy, A.S. Ed.-Lib.


Site officiel de l'auteur

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Published by Marie-Amélie - dans théâtre
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commentaires

Sébastien Almira 25/02/2009 22:16

Je pense sincèrement que Schmitt est un auteur dont il faudra se souvenir. Il écrit du théâtre, des nouvelles, des romans, toujours avec succès, ce qui ne l'empêche pas de faire preuve d'un immense talent. Le visiteur en est peut-être la meilleure preuve. C'est une pièce qui fait réfléchir mais qui est aussi très agréable à lire (et à voir !), comme le reste de ses pièces (qu'elles tendent vers la philosophie ou le drame). Si vous ne l'avez pas lue, lisez cette pièce ! C'est déjà un classique !

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