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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:41
Librairie POLIS, Rouen

UNE PRESENTATION DE LA LIBRAIRIE

Quel a été votre parcours avant d’être libraire ?


Tout en étant libraire, je continue à parcourir à côté ! Actuellement je continue à faire d’autres activités pour financer la librairie. Sinon, en termes de formation universitaire, j’ai fait des études de philosophie dans un premier temps jusqu’à la maîtrise que j’ai obtenue il y fort longtemps et des études que j’ai reprises plus tard : le Droit public.

Vous êtes professeur de Droit ?

Je suis maître de conférence associé, ce qui signifie que j’ai une activité professionnelle à côté de l’activité universitaire. C’est un des critères de recrutement des enseignants associés, d’avoir un pied dans une université et un pied dans une activité autre.

Quand avez-vous ouvert Polis ?


L’ouverture de la librairie au public, c’était le 5 avril 2007.

Avez-vous suivi des cours à l’asfodelp avant d’ouvrir votre librairie et pour faciliter la gestion ?


Pas du tout, il se trouve que mon camarade a des entreprises dont j’assure le contrôle de gestion depuis 1996. Le droit m’a aidé pour la réglementation applicable et le suivi d’une entreprise au quotidien  donne aussi un certain nombre d’expériences. 

Et juridiquement, comment êtes vous déclarée ?

Polis est une SARL, une société à responsabilité limitée. Société commerciale, capital à 10 000 euros, je pense qu’on va procéder à une augmentation du capital à l’issue du premier exercice. J’ai choisi la  SARL parce que c’est une personne morale distincte de la personne physique

La société en nom personnel engage une personne physique ?

Oui quand on exerce en personne physique c’est en nom personnel. Quand vous entreprenez à titre personnel vous risquez votre patrimoine personnel. Alors que quand on est dans une société à responsabilité limitée, comme son nom l’indique, on ne risque que ce qu’on a engagé pour la société. Moi je préférais déclarer une personne morale distincte avec un patrimoine propre.

Il y a une grande diversité de livres dans votre librairie, quelle est sa spécialisation ?

Le thème, c’est la ville, d’où Polis, et il y a l’homophonie : Polis/polar ! Ce thème nous permet de concilier plusieurs centres d’intérêt. Moi, au départ, je voulais ouvrir une librairie vraiment spécialisée sur le polar mais à Rouen ça me paraissait peut-être un petit peu trop étroit. Donc on a cherché quelque chose qui permette de concilier l’aspect polar et puis moi en droit public, j’ai fait  beaucoup de droit environnemental et d’urbanisme, d’aménagement du territoire, etc. La ville c’est bien car il y a à la fois des romans qui se passent dans les villes, on peut avoir un rayon archi et autres et puis on peut avoir aussi des polars qui, tout de même, la plupart du temps se passent en ville et proposent aussi une certaine lecture de la ville. Donc des regards croisés sur la ville, via le roman, le polar et via tout ce qui est archi, urbanisme, politique publique, aménagement du territoire.
 
Le cadre de cette librairie est incroyable, la décoration installe une ambiance très singulière, que vouliez-vous faire passer à Polis ? Vous pensez que la décoration est importante dans une librairie ?

J’ai travaillé avec une association qui s’appelle Echelle inconnue au sein de laquelle on trouve des architectes et notamment un architecte qui travaille beaucoup la scénographie et on a travaillé ensemble sur le projet, il a fait des propositions d’aménagement du lieu sachant que l’on n'a pas beaucoup d’argent, on veut garder l’argent pour le livre, on ne va pas passer par un cabinet qui va agencer un magasin standardisé.

Compte tenu de la configuration du lieu, le passage du blanc au noir permet d'entrer dans le roman pour aller jusqu’au roman noir. C’est unique comme décoration, elle a été créée pour Polis. On a la charte graphique, toutes nos affiches, les cartes de visite, les marque-pages, les sacs, sont déclinés de la même façon pour que l’on soit vraiment identifiables, et je pense que cela fonctionne bien.

Combien avez-vous d’employés ? Quel rôle a chacun d’entre vous ?

On travaille à plusieurs à temps partiel. De temps en temps, Partrick Gré, qui est le conférencier pour le polar, quand on est un petit peu coincés sur nos horaires nous fait des remplacements, il a un contrat à durée déterminée à temps partiel pour cette année et Odile et Colombe ont des contrats à durée indéterminée à temps partiel.


Nous tournons comme ça sachant qu’elles font aussi bien la réception des commandes, prennent les commandes clients, rangent les livres, les enregistrent dans la boîte. On a un logiciel qui s’appelle Geslib’, on ne rentre pas à la douchette mais à la main, ce qui permet aux gens qui travaillent ici de voir les livres et de lire un petit peu des choses sur l’auteur et le contenu du bouquin. On les identifie en fonction des villes, des nationalités, tout le monde s’occupe de ça.

Combien de livres lisez vous en moyenne par semaine ?


Trois par semaine, au minimum, libraire c’est plus qu’un métier !


Est-ce qu’une librairie comme la vôtre est rentable ?

Non mais j’ai fait mon projet sur trois ans. C’est-à-dire que je continue à travailler pour financer la librairie mais cela aussi est un choix de gestion que j’ai fait et c’est comme ça que l’on pratique dans l’entreprise de mon camarade, on préfère se serrer la ceinture plutôt que d’emprunter à la banque.


J’imagine bien que pour une telle librairie, avec un fonds comme celui-ci, ce doit être dur de rentrer dans ses frais et de s’auto financer …

Voilà, moi, j’ai mis mes économies en jeu. Je n’ai pas d’enfant, je n’ai pas d’études supérieures à leur payer, c’est un choix. J’ai mis mes économies, pour l’instant j’ai payé tout le mode, les salariés, les charges sociales, le loyer, les fournisseurs et la société me doit de l’argent en tant qu’associé majoritaire.

J’ai dans mon compte courant d’associé une certain somme d’argent qui doit m’être remboursée un jour…


LE METIER DE LIBRAIRE

Comment choisissez-vous vos ouvrages ? Lisez vous Livres Hebdo ? Vous fiez vous aux représentants, ou peut être allez vous fouiner un peu partout dans les revues littéraires…


D’abord on est une librairie de fonds, c'est-à-dire qu’on a des ouvrages d’auteurs qui nous paraissent intéressants, importants, dont le thème est intéressant qui même s’ils ont été écrits il y a 10 ans ou 15 ans, on veut les avoir, ça fait partie du fonds. On a constitué un fonds autour de certains auteurs, de certains thèmes… Pour ce qui est des nouveautés, je ne travaille pas à l’office, c’est moi qui fais mon marché.

Lisez-vous tout de même des revues littéraires ? Pour vous aider dans vos achats ?

Je lis le Monde des livres, c’est à peu près ce que j’ai le temps de lire je ne lis pas Livres Hebdo, c’est un choix, mais je vais très régulièrement sur les sites des éditeurs.  Et je regarde ce qu’il y a comme nouveautés d’annoncées, et je fais mon marché. Ou mes collègues ont entendu parler d’un auteur, d’un bouquin, et en discutent, ou des clients me font parfois des commandes qui me plaisent et je décide alors d’en prendre deux exemplaires pour en avoir un à la librairie. Par exemple les Carnets de Fitzgerald, un client a commandé ça et je me suis dit que ce serait pas mal de l’avoir ici.

Et tous les diffuseurs viennent ici ?

Il y a des représentants qui viennent, d’autres avec qui nous avons des rendez-vous téléphoniques réguliers, Harmonia Mundi par exemple, avec qui ça se passe très très bien. C’est vraiment une très bonne maison, à tous points de vue, en termes de qualité, d’accueil, de relation, c’est vraiment très bien.

Et les Belles Lettres ?


Les Belles Lettres je ne les vois pas mais je leur commande des ouvrages car ils ont  dans leurs éditeurs distribués diffusés des maisons spécialisées dans le polar, Comme Ancrage ou la littérature populaire :les Moutons Electriques.


J’ai de très bonnes relations aussi avec la Sodis ; un représentant vient au moins une fois par trimestres Volumen aussi via le gars chargé de la diffusion pour le Seuil et les maisons associées. Actes Sud c’est par téléphone, par exemple.


Est ce que vous acceptez les best-sellers dans votre fond ?


Oui et non, si c’est un best-seller qui entre dans l’esprit du lieu, oui, j’ai très bien vendu Millénium par exemple. Mais il y a des auteurs que je n’ai pas envie de voir entrer ici ; en polar, pour vous situer, je n’ai pas Mary Higgins Clark., c’est d’une part un auteur qu’on pourrait acheter n’importe où.


Ca pourrait entrer dans le rayon polar, mais ça ne vous intéresse pas de le vendre…

Oui, ça se trouve partout, en neuf et en occasion. Je préfère acheter pour ma librairie et vendre aux clients d’autre livres, d’autres auteurs.

Vos relations avec les clients, que dire de votre rôle de libraire conseilleur ?  

Les gens viennent, certains pour discuter, d’autres pour commander ; la discussion fait vraiment partie du métier.

Depuis l’ouverture, des relations se sont créées avec les clients ?

Nous avons des clients fidèles qui reviennent régulièrement, pour discuter, ou d’autres cherchent des livres qui ne sont pas dans notre fonds mais qu’ils préfèrent commander ici plutôt qu’à la Fnac. Les conférences font que les gens viennent régulièrement et arrivent à se connaître entre eux. Parfois on offre un verre, les gens discutent.


Comment décidez-vous des animations et rencontres, comment les organisez-vous, quels contacts ?

En ce qui concerne le polar j’avais assisté il y a une vingtaine d’années à des conférences qui avaient été faites à l’Armitière par Patrick Gray et ça m’avait bien plu ; quand j’ai ouvert Polis, j’ai cherché à savoir s’il était encore sur Rouen. Et j’ai pris contact avec lui et lui ai demandé si ça l’intéressait d’assurer tant de conférences dans l’année sur tel thème. Sur des thèmes avec une préparation de petits documents avec biblio, filmo … 


Ça se passe toujours ici et c’est vous qui assurez la communication ? Vous communiquez en dehors des magasins ?

Nous avons donc les affiches qu’on met dans certains endroits que l’on connaît, chez des libraires par exemple. On envoie les informations par mail à nos clients ou si on a des sous on envoie une newsletter. Et surtout on est très bien vus par la presse locale, on a régulièrement des articles ce qui nous fait vraiment de la pub, à Paris Normandie, ils annoncent nos conférences. Ils nous soutiennent, ils aiment bien l’endroit.


Vous êtes une petite librairie mais est-ce que les distributeurs vous accordent tout de même des remises importantes ?

Cela dépend . Nous parlions tout à l’heure du Cercle de la librairie qui m’octroie un taux de remise ridicule, ce qui est un comble ! Sinon avec Harmonia Mundi j’ai des remises au-delà de trente, avec Actes Sud et Hypérion (diffuseur, Sodis distribueur) c’est pareil, avec le Seuil j’ai aussi au-delà de trente. Les pires : Hachette, chez qui je suis obligée de passer car ils distribuent Rivages que j’aime tant. Mais eux c’est « vous n’avez pas fait tant de chiffre alors on vous diminue votre taux de remise », dans une petite lettre bien sèche. Et Flammarion, sont pareils, je suis à moins de trente, je commande quand je ne peux pas faire autrement. Et il y a  les frais de port, à payer en plus, évidemment !
 
Avez-vous touché des aides financières, avez-vous essayé ? auprès de qui ?

La DRAC nous a aidés à l’ouverture de la librairie, nous avons touché une aide de 3000 € pour l’équipement informatique. Elle nous a aidés aussi pour la participation au festival nordique pour lequel nous tenons le stand polar dans la tente du festival.  L’ARL (Association régionale du livre) ne donne pas d’aide aux librairies. Mais nous entretenons de très bonne relations, nous sommes très bien soutenus et suivis par l’association.

Avez-vous pensé à faire un rayon jeunesse ?


J’avais pensé à faire un rayon polar jeunesse mais pour le moment je n’ai pas le temps d’y penser et de le développer. Et je ne connais pas très bien les enfants… et il y a l’Armitière jeunesse à côté ! Si j’avais quelque chose à faire un jour ce serait le polar jeunesse. Par ailleurs, personnellement, j’aime beaucoup les livres pour enfants en matière de graphisme, de présentation d’ouvrages.


Où rencontrez vous le plus de difficultés au sein de la chaîne du livre ?

Le grand ennemi, c’est la distribution, même si je ne suis pas concernée par l’office !



EVOLUTIONS DU METIER


Comment voudriez vous que Polis évolue ?


J’aimerais qu’elle reste comme ça, avec plus de vente peut-être, et une pièce de plus pour pouvoir faire un salon discussion, de rencontre.


Avez-vous déjà pensé à éditer vos propres livres ?

Oui, bien sûr, il y a des livres que j’ai déjà pensé à éditer. Ce qui m’intéresserai ce sont des ouvrages sur la théorie du polar. J’ai un tout petit rayon théorie du polar et je pensais rééditer aussi des textes d’auteurs de polar que eux-mêmes ont écrit sur leur conception du polar.


Comptez vous travailler davantage sur le web et peut-être agrandir votre site ?

Pour le moment notre site est purement informatif. Montrer qu’on existe, où est-ce qu’on est, qu’on utilise aussi pour annoncer les manifestations, les conférences, c’est Echelle Inconnue qui l’a créé. Il y a un problème de temps et d’argent, si on voulait sérieusement le faire évoluer cela nous coûterait cher, encore une fois nous préférons mettre l’argent dans les livres. Pour les ventes en ligne, il faut beaucoup de temps. Ca m’intéresserait, notamment, de faire un catalogue sur les livres d’occasion, mais c’est un réel problème de temps et d’argent. Si j’arrive à me rendre, à terme, plus disponible, car si nous devons travailler de plus en plus longtemps, je pourrai me dire qu’à la fin de mon activité professionnelle je pourrai me consacrer essentiellement à la librairie. Je verrai dans deux ou trois ans, le résultat de la librairie et si je n’ai plus à m’autofinancer, je pourrai faire plus de choses.


Enttretien réalisé par Adèle FELTGEN, L.P.




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Published by Adèle - dans Entretiens
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