Mardi 24 février 2009
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MURAKAMI Haruki
La course au mouton sauvage
Traduit du japonais par Patrick de Vos,
Seuil, 2002.
Rééd. « Points ».
Haruki Murakami, un auteur japonais ( 1949-)
Originaire de Kobe, Haruki Murakami étudie la tragédie grecque à l’université de Tokyo. Il dirige ensuite un club de jazz,
avant d’enseigner à Princeton durant quatre années. Son premier livre - non traduit - Écoute le chant du vent, publié en 1979 lui vaut le prix Gunzo. En 1995, suite au tremblement de
terre de Kobe et à l’attentat du métro de Tokyo, il choisit de retourner au Japon où il écrit un recueil de nouvelles intitulé Après le tremblement de terre. D’autres romans se
succèdent, notamment, Chroniques de l’oiseau à ressort , Au sud de la frontière, A l’ouest du soleil, Les Amants du Spoutnik, La Ballade de l’impossible. Son
roman initiatique Kafka sur le rivage, publié en 2006 le propulse dans la cour des Grands de la littérature. Son dernier roman Le Passage de la nuit paraît en 2007.
Le narrateur du roman La course au mouton sauvage apparaît dans un autre roman de Murakami, intitulé Danse, danse,
danse..
Résumé
Le narrateur est un jeune homme ordinaire à la vie monotone. Lui et son associé travaillent en tant que cadres publicitaires et traducteurs à
Tokyo, mais la routine s’installe désespérément jusqu’à ce qu’un intriguant courrier envoyé par son ami surnommé « le rat », vienne rompre sa tranquillité. Il s’agit de la photographie d’un
paysage montagneux dans lequel pâture un mouton marqué d’un symbole. Son correspondant lui demande de l’insérer dans sa revue. Le narrateur accepte, ignorant alors les conséquences de ce
geste. En vérité, le mouton figurant sur l’image est doté de pouvoirs surnaturels car il habite les hommes, se nourrit de leur esprit et s’en débarrasse. Cet animal mythique est à l’origine
de la création d’une puissante organisation d’extrême droite qui sévit alors au Japon. Cette bête extraordinaire inspire le grand maître qui contrôle ce gouvernement occulte et détient le
monopole en termes politiques, économiques et médiatiques. Cependant, cette organisation est menacée car le dirigeant, très affaibli, n’est plus sous l’emprise du mouton. La mort du maître
signifierait le démembrement de l’organisation, l’achèvement d’une volonté, et le secrétaire du maître ne peut s’y résoudre.
Ainsi, lorsque ce dernier aperçoit la photo de la publication, il reconnaît le mouton et remonte jusqu’à la source, à savoir, le narrateur.
Lorsqu’il le rencontre, il le somme de partir à la recherche de l‘animal. Sous la menace, le malheureux se plie aux exigences de cet homme et commence sa quête insensée. Sa « girlfriend »
qui semble animée d’une sorte de sixième sens et dont il ne cesse d’admirer les oreilles… l’accompagnera dans son
périple.
Les personnages
Ce roman dévoile de singuliers personnages qui caractérisent bien l’univers murakamien.
Ils sont désignés par des surnoms ; ce choix de l’auteur n‘est pas innocent et renforce la dimension fictive du roman. A défaut d’être concrets,
les personnages sont flous, intangibles, comme l’histoire du roman.
Le personnage principal est le narrateur du roman, il énonce son récit à la première personne et ne possède pas d’attributs particuliers, voire magiques. Le
lecteur peut ainsi s’identifier aisément au narrateur.
Son associé manque de courage, n’ose pas prendre de responsabilités et s’avère être un buveur invétéré.
Le « rat » est à l’origine de cette course au mouton sauvage, il est à l’initiative de l’action puisqu’il envoie la photographie du mouton. Ce personnage
loufoque constitue la ligne directrice du roman ; sans lui, les personnages seraient des automates, des êtres translucides.
Le rat ponctue le récit d’humour durant ses fréquentes apparitions dans le récit.
L’ « homme », le secrétaire du maître, est un des personnages subalternes du roman, il est « l’œil » qui
suit et surveille le narrateur lors de son périple.
La « girlfriend » du narrateur possède une caractéristique physique hors du commun puisque ses oreilles lui permettent de prédire l‘avenir.
Cette femme possède une double apparence : elle reste commune avec ses cheveux relâchés, mais lorsqu’elle découvre ses oreilles, elle devient
radieuse. Telle une créature enchanteresse, elle transcende l’espace qu’elle occupe. Considérons l’effet qu’elle produit auprès du narrateur lorsqu’elle les laisse apparaître : « Je la regardais
bouche bée, le souffle coupé. Ma gorge était désespérément sèche, mon corps se retrouva sans voix. Un instant je crus voir onduler les murs en crépi blanc. La rumeur de conversations à
l’intérieur du restaurant et le cliquetis des couverts se muèrent un instant en une sorte de pâle et trouble nuage. J’entendais un ressac de vagues, respirais une bonne vieille odeur de
crépuscule. Et ce n’était encore là qu’une infime partie de tout ce que je ressentis pendant ces quelques petits centièmes de seconde[…] elle était irréellement belle, tout se dilatait comme
l‘univers, et tout s‘y condensait comme dans un profond glacier […] elle et ses oreilles ne faisaient qu’une seule et unique chose qui, tel un antique rayon de lumière, glissait le long de
la pente du temps. »
L’écriture
Murakami nous propose une glissade vers l’imaginaire en agrémentant son récit d’images métaphoriques.
Il utilise également de nombreuses descriptions qui envoûtent le lecteur et le transportent dans un monde onirique : « Je ne me rendis pas
compte que la voiture roulait déjà. J’avais l’impression de me trouver à bord d’une cuve en or glissant à la surface d’un lac de mercure. », page 81.
« Il régnait un tel calme, que je me croyais assis au fond d’un lac avec du coton dans les oreilles », page 81.
D’autres descriptions demeurent étranges mais transfigurent toujours le réel en poésie: « Ses chaussures étaient couvertes d’une boue
durcie, comme une épaisse croûte de pain brioché ». « Les deux bâtiments n’allaient vraiment pas ensemble. Un peu comme des sorbets servis en même temps que des brocolis sur un plat en argent »,
page 87.
Dans son récit, Murakami intègre de nombreux dialogues, la plupart d’entre eux sont animés par le narrateur, il n’y a jamais plus de deux interlocuteurs, le
narrateur en fait toujours partie. Cette démarche stylistique permet d’introduire une dynamique dans le récit et rapproche le lecteur des personnages.
Narration
Par le biais de ce roman, l’auteur nous propose un parcours atypique puisqu’il vogue sur plusieurs genres mêlant notamment
l’histoire fantastique, le récit d‘aventure et l’enquête policière. Il confère d’une façon délicieusement instable une dimension réelle et merveilleuse à son roman, ce qui le rend
captivant.
Murakami nous propose un roman insolite en nous faisant évoluer dans un monde qui sans cesse oscille du réel à l‘imaginaire. Il réussit à sublimer
le quotidien.
Seul Murakami détient les clés de son oeuvre mais il nous y ouvre généreusement les portes et nous transporte dans son univers
fantasque.
Au niveau de la structure du roman, les différentes parties du récit sont introduites par des titres situant le contexte et le lieu de l’action ; l’auteur
fournit ainsi des pistes au lecteur pour que celui-ci puisse se repérer aisément et suive le fil et les turbulences du roman…car quelquefois figurent au sein de la narration des
flash-back.
Le thème de l’existence gravite autour de l‘oeuvre ; selon Murakami, nous serions des « existences instantanées » dans ce vaste monde.
L’homme serait un être de passage sur la Terre, il y erre puis s’efface ; la vie serait un voyage, c'est l’impression qu’il souhaite
véhiculer à travers ses romans.
La part de réalisme magique au sein du roman
L’apparition du mouton « magique », les oreilles extraordinaires de la « girlfriend », l’épisode du chauffeur qui communique avec Dieu, constituent autant d’éléments merveilleux qui inscrivent le
roman dans le courant du réalisme magique.
Parmi les bases réelles de l’histoire, nous trouvons un narrateur pouvant être assimilé à « monsieur tout le monde » ; dans un second temps, nous ne sommes
pas déroutés quant à la localisation de l’histoire puisque celle-ci se déroule dans la ville de Tokyo et se poursuit sur l’île d’Hokkaido.
Par ailleurs, l’épisode du despotisme effréné du Maître rappelle la dictature qui sévissait au Japon au XIIème siècle.
Au terme de notre réflexion, nous pouvons affirmer qu’ Haruki Murakami est un grand maître de la littérature
nipponne contemporaine qui, à travers sa plume originale et poétique, exerce avec brio l’art de la séduction auprès de son lecteur.
Laura Eiselé, 2ème année Bib.
Autres articles sur Haruki Murakami :
Les amants du spoutnik, article de Julie
L'éléphant s'évapore : articles de Noémie et de
Samantha
Le Passage de la nuit : articles de Marlène, Chloé, E.
M., Virginie.
Kafka sur le rivage : articles de
Marion,
Anthony, P.
La Course au mouton sauvage : articles de J., et B.
Par Laura
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Publié dans : Réalisme magique
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