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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 10:54

















Salman RUSHDIE
L’Enchanteresse de Florence

Traduit de l’anglais par Gérard Meudal
Plon, collection Feux croisés
Septembre 2008














L’auteur


Salman Rushdie est né en 1947 à Bombay, année de l'indépendance et de la partition de l’Inde et du Pakistan. Il passe son enfance dans cette étrange ville qui mêle cultures anglaise et indienne. A l’âge de 13 ans, il choisit d’aller étudier en Angleterre où il entamera, une fois adulte, sa carrière d’écrivain. Son premier roman – Grimus – est publié en 1975 mais c’est avec Les Enfants de Minuit que Rushdie accède à la notoriété. Ce roman reçoit en effet divers prix dont le prestigieux Booker Prize en 1981. En 1989, il publie Les Versets sataniques, roman qui fera basculer sa vie puisque, victime d’une demande de mise à mort proclamée par des chefs musulmans, il est contraint de vivre reclus durant de longues années. Il ne cesse pourtant pas d’écrire et devient ainsi l’emblème de la lutte pour la liberté d’expression.

Tous ses livres seront marqués par un incessant questionnement sur l’Est et l’Ouest, sujet important à ses yeux du fait de son enfance passée entre ces deux mondes. Son écriture mêle aisément le mythe ou la magie à des éléments historiques, c’est pourquoi ses livres sont considérés comme des œuvres de réalisme magique. Cependant « cette étiquette embrouille les lecteurs, pense l’auteur, car tout ce qu’ils retiennent, c’est le terme « magique », ils n’entendent pas vraiment le mot « réalisme ». Alors que le fantastique doit être encadré par une compréhension très claire du réel. »




Le roman

« Un voyageur qui serait passé par là – et celui précisément qui arrivait en ce moment même sur le chemin longeant le lac – aurait pu croire qu’il s’approchait du trône d’un monarque si fabuleusement riche qu’il pouvait se permettre de déverser dans un immense cratère une partie de ses trésors afin de plonger ses hôtes dans la stupeur et l’émerveillement. »

Dès les premières pages de son roman, Salman Rushdie nous mène aux portes de Sikri, fabuleuse capitale de l’Empire moghol où règne le grand Akbar durant le XVIe siècle. Le voyageur qui s’apprête à entrer dans la ville se nomme Niccolo Vespucci ; il est venu de Florence pour apprendre un grand secret à l’Empereur Akbar. Quand il parviendra à coups de ruses et de tours de passe-passe à l’approcher, il lui annoncera en effet que lui, jeune blondinet venant d’un pays lointain, est en réalité son oncle. Fabulation ou insolite réalité ? Charmé par cet étranger troublant et attachant, Akbar acceptera d’écouter son histoire.

« Il était une fois, en Turquie, un prince aventurier nommé Argalia dont la suite comprenait quatre géants terrifiants ; il y avait aussi une femme avec lui, Angelica, princesse d’Inde et de Cathay, la plus belle … »

Commence alors le long récit de la légende de l’Enchanteresse Qara Köz (ou Angelica), princesse moghole oubliée et reniée par les siens, par ordre de son frère Babur, qui se trouve être également le grand-père d’Akbar. Niccolo Vespucci raconte comment cette princesse étrangère a séduit et envoûté la ville de Florence et ses habitants, comment elle fut considérée tour à tour comme une sainte et une sorcière.

Par la force de son récit, Niccolo Vespucci arrivera à faire renaître le mythe de l’Enchanteresse au sein même de la cour d’Akbar. Modèle et amie pour les uns, fantasme sexuel pour les autres, Qara Köz deviendra très vite une véritable obsession dans les esprits du peuple moghol.


A l’origine de ce roman, c’est une simple préface que Salman Rushdie écrit pour une biographie de Babur, le fondateur de l’empire moghol. Il s’aperçoit alors qu’il existe des similitudes entre la pensée de Babur, considéré comme un tyran, et celle de Machiavel, philosophe florentin. Il décide de creuser ce concept et va entreprendre de nombreuses recherches sur l’empire moghol et sur la Renaissance italienne.

Alors que son idée première est de mettre en place une histoire qui relierait ces deux mondes a priori très différents, Salman Rushdie s’aperçoit peu à peu que Florence et Sikri, capitale de l’empire moghol, sont en fait les deux faces d’une même et unique pièce de monnaie. Finalement, la légende de l’Enchanteresse de Florence ne servira pas à faire le pont entre ces deux civilisations mais permettra au contraire de mettre en lumière leurs nombreux points communs. On découvre ainsi deux cultures riches et étonnantes, toutes deux chargées d’une intense sensualité et d’un hédonisme certain. Salman Rushdie explique : « La Florence que je connaissait à travers les livres d’histoires de l’art, c’était la ville de l’élégance, de la beauté, de la sophistication, de la philosophie… Mais parallèlement à ça, j’ai découvert un lieu barbare avec des gens qui se sodomisaient dans tous les coins de rue et qui, à chaque fois qu’ils étaient excités, se mettaient à brûler leur ville ! » Le ton est donné : sans négliger ce qui fait le prestige de la culture florentine ou moghole, Rushdie va surtout s’épancher sur les éléments de la vie quotidienne des peuples, sur leurs travers, leurs obsessions ou leurs étranges lubies.

L’auteur nous propose alors une fabuleuse balade dans l’espace-temps : un bond dans l’Italie du XVe, un autre dans l’Inde du XVIe, en passant par le Moyen-Orient ou encore par l’Amérique. Une vingtaine de personnages nous accompagnent dans cette balade, personnages qui deviendront tour à tour les héros de leurs propres histoires. Malgré l’omniprésence du puissant Akbar, du mystérieux Vespucci et de l’envoûtante Qara Köz, espions, philosophes, peintres, guerriers mais aussi courtisanes, traîtres, prostituées, étrangers, chacun d’entre eux devient le centre de l’intrigue l’espace de quelques pages. Cette multitude de récits nous dessine un monde chargé tout à la fois de magie, d’érotisme, de superstition et de sagesse.

L’enchanteresse de Florence est construit comme une valse dont la légende de l’Enchanteresse est bel est bien le thème principal, mais de nombreuses mélodies viennent s’y superposer chacune à son tour. Tout comme dans une valse, il arrive que la tête nous tourne, il devient difficile de suivre le rythme et le mouvement, mais malgré cette perte de repères, la musique continue et nous ne pouvons nous empêcher de continuer notre lecture.  A la fois roman historique, politique ou philosophique, L’Enchanteresse de Florence
 
est un roman extrêmement complet dont le but recherché n’est pas tellement celui d’informer mais celui de donner à voir, de permettre à l’imagination de se perdre entre magie et réalité.
Marianne SANDEVOIR, 2ème année Édition-Librairie


Autres articles sur Salman RUSHDIE :

études de M.F. D. et de E.S. sur Les Enfants de minuit.

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Published by Marianne - dans Réalisme magique
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