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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 07:57














Maurice PONS
Les Saisons 

Christian Bourgois éditeur, 2000












Un bien étrange ouvrage que ces Saisons de Maurice Pons. Un de ces livres à la marque indélébile qui s’empare de vous, s’insinue et hante votre esprit longtemps après l’avoir refermé. C’est un curieux sentiment que de commencer une lecture avec bonhomie, saisi par une douce excitation et une juste perplexité et se retrouver,  au fil des pages et de l’intrigue, comme marabouté, possédé par une force qui ayant mesuré les vôtres, les domine et vous laisse vidé, confus.

L’histoire c’est celle de Siméon, pérégrin fatigué et meurtri  par des années de captivité sous le soleil mordant du désert, qui chemine en quête d’un havre où les blessures de l’existence auraient le temps de cautériser. Mais là où ses pas le mènent n’est  point un pays de cocagne, c’est une vallée infernale, un monde clos, putride où il  pleut quarante mois et gèle quarante autres, où ne pousse que la lentille, base de toute l’alimentation et où les habitants aux corps et esprits mutilés n’ont plus grand-chose d’humain. Malgré tout, il s’y installe et espère en un séjour heureux
 
Ce livre se nourrit de cette confrontation entre Siméon, apprenti écrivain hanté par la mort de sa sœur torturée, emmitouflé dans l’espoir en une nouvelle  humanité, et une population « lépreuse », survivant dans un village en ruine, au milieu de la crasse  la plus noire et la méchanceté la plus crue, se vautrant  dans la merde, le glaire et la gangrène comme les porcs dans la fange. Magnifique et pathétique. Siméon, qui  loue le climat salvateur pour en souffrir ensuite, s’échine à vouloir changer le monde et les hommes pour s’abîmer ensuite aussi bien physiquement que moralement.

Pour ne pas décrépir sur place, Siméon convainc les habitants qu’un ailleurs, au-delà des montagnes, existe, où  réside un éternel printemps doux à l’âme et au corps, où la lentille est abolie et le riz abonde. Ainsi le village se met en marche en une procession d’éclopés, de miséreux,  pour un ultime périple vers cet Eden fantasmé. Las, après maintes péripéties, au sommet du col qui devait constituer la dernière épreuve, la troupe interlope croise en sens inverse une autre cohorte aussi souffrante… elle aussi rêve d’un ailleurs.

Ce livre a la beauté du désespoir, effrayant comme un tableau de Bacon.

Matthieu Lecucq, A.S Édition-Librairie
            

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