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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 07:09







Aldous HUXLEY
Le Meilleur des mondes
, 1932
Pocket, 2002



























L'auteur


Aldous Huxley est né en 1894 en Angleterre. Il est issu d’une famille aisée et intellectuelle : son père était médecin et sa mère, une des premières femmes diplômées d’Oxford, a fondé une école pour jeunes filles. Son frère était biologiste et fut secrétaire général de l’UNESCO. Aldous Huxley a étudié à Eton et Oxford. A l’âge de 16 ans il contracte une maladie qui endommage gravement sa vision. Passionné de biologie et de médecine, il se tourne néanmoins vers les lettres et écrit des romans, des essais, des récits de voyage, de la poésie et même des scénarios de films. Auteur engagé, la nationalité américaine lui est refusée car il déclare ne pas vouloir prendre les armes pour défendre les Etats-Unis. De plus, il multiplie les essais et conférences pour dénoncer le militarisme et le totalitarisme. Il meurt en 1963 d’un cancer de la gorge.



Le Meilleur des mondes




Le Meilleur des mondes
, paru en 1932, est l’œuvre la plus célèbre d’Aldous Huxley. Le livre est donc rédigé pendant la période de l’entre-deux-guerres, caractérisée par la montée du totalitarisme et le progrès scientifique, deux éléments fondateurs de cet ouvrage. En 1959, Aldous Huxley publie l’essai Retour au meilleur des mondes où il s’inquiète de la progression du totalitarisme.






Le fonctionnement du meilleur des mondes


L’histoire se déroule à Londres, six siècles dans le futur. La société est désormais composée de cinq castes, désignées par les cinq premières lettres de l’alphabet grec (alpha, bêta, gamma, delta et epsilon), les Alphas étant la caste supérieure. La reproduction vivipare n’existe plus, les bébés sont « créés » en laboratoire par fécondation artificielle et se développent dans des flacons. Les Alphas et Bêtas sont des individus uniques issus d’embryons uniques alors que les castes inférieures sont obtenues grâce à la bokanovskisation qui permet d’obtenir un nombre très élevé de jumeaux à partir du même œuf (jusqu’à quatre-vingt-seize individus). Les embryons sont surveillés pendant leur croissance et modifiés (ajout d’alcool, température extrême…) afin de correspondre aux nécessités de leur future fonction. Par exemple, certains embryons reçoivent un afflux de sang et d’oxygène lorsqu’ils traversent un tunnel chaud d’où une sensation de bien-être qu’ils associent alors à la chaleur. Ces embryons sont destinés à devenir une fois adultes des mineurs ou des ouvriers dans les aciéries.

Les individus sont ensuite conditionnés tout au long de leur enfance notamment grâce à l’hypnopédie (technique qui consiste à enseigner des principes pendant le sommeil). Ainsi les personnes, en plus d’être conditionnées physiquement, le sont psychologiquement. Les Epsilons apprennent à aimer être un Epsilon et à se comporter comme tel. La société est donc complètement stable. Pour parfaire cette stabilité, chaque individu reçoit quotidiennement du soma, drogue sans effets secondaires, qui permet à l’individu de s’échapper du quotidien, de « planer ». Le meilleur des mondes est également caractérisé par une liberté sexuelle totale, à l’opposé de notre société actuelle, puisque ce sont la chasteté, la monogamie et la fidélité qui sont considérées comme des comportements déviants. Les personnes évoluent ainsi dans une société sans douleurs, sans questionnements et sans passions : la notion d’amour, de famille et de couple n’existe pas donc les douleurs que ces liens suscitent ont disparu. Par exemple, les individus ont été conditionnés pour ne pas avoir peur de la mort. Ainsi les souffrances physiques ont été abolies grâce aux progrès de la médecine (les maladies, la vieillesse sont des notions dépassées), tous les besoins des individus sont comblés grâce à une société de surconsommation et de loisirs. Les inquiétudes ont également disparu puisque les individus n’ont aucune source potentielle de questionnement : la religion, l’art, la littérature ont été supprimés.

L’intrigue

Lenina est une jeune Bêta qui travaille au Centre d’Incubation et de Conditionnement. Elle apparait comme très jolie et a eu de nombreux amants. Elle est invitée par Bernard Marx à visiter une réserve de sauvages aux Etats-Unis. Bernard travaille au Bureau de Psychologie. Son défaut physique (il est plus petit que la norme des Alphas) l’amène à avoir un regard presque critique sur la société. Il apparaît aux yeux de ses concitoyens comme bizarre et peu fréquentable. En réalité, Bernard n’est pas adapté à la société, il semble que son conditionnement ne soit pas parfait. Lors de leur visite dans la Réserve, Lenina et Bernard rencontrent Linda et son fils John. Linda est l’ancienne petite amie du Directeur de l’Incubation et du Conditionnement. Elle s’est perdue dans la Réserve lors d’une visite une vingtaine d’années plus tôt. Honteuse d’être enceinte, elle n’a pas osé revenir dans la société civilisée. John a grandi dans la Réserve mais il a été éduqué par Linda qui lui a appris à lire et lui a décrit la société qui se trouvait en-dehors de la Réserve. Néanmoins, il a également reçu les principes des Indiens (la croyance dans le mariage, en Jésus…) Il a lu Shakespeare, auteur interdit dans le meilleur des mondes, et en cite souvent des passages entiers.

La première partie du livre décrit le meilleur des mondes alors que la deuxième partie est centrée sur l’arrivée de John
ramené par Lenina et Bernard dans le monde civilisé et moderne. John est horrifié par ce monde où tant de personnes peuvent être identiques, où les sentiments n’existent pas. Amoureux fou de Lenina, il permettra à la jeune femme de connaître les émois de l’amour mais la différence de pensée des deux personnages est trop grande (notamment au niveau de la représentation de la sexualité) pour que les deux protagonistes puissent former un couple. John permet à Aldous Huxley de dénoncer cette société dite « idéale », où le malheur n’existe pas sans pour autant que le bonheur existe. Les personnages principaux sont tous d’une manière ou d’une autre inadaptés à ce monde, John plus que les autres, preuve que la réflexion des individus demeurera toujours. John représente la vision du lecteur, non conditionné, qui découvre horrifié ce monde où chaque geste quotidien des individus, chacune de leur pensée, est le fruit de leur « éducation ».

Une société de surconsommation

La religion n’existe pas dans le meilleur des mondes. Cependant, les individus croient en « Ford » qui est en réalité une incarnation de la société elle-même. Ce nom provient de Henry Ford, industriel américain qui a mis en place lors des années 1920, le travail à la chaîne et la production de masse. Les personnages effectuent souvent le signe T comme un geste symbolique. Ce geste est là aussi rattaché à Henry Ford qui a industrialisé la fabrication de l’automobile de modèle T. Cette voiture fut la première réalisée à grande échelle : elle fut vendue à plus de 15 millions d’exemplaires. Aldous Huxley condamne ainsi le fordisme et le taylorisme, méthode de travail qui amène l’ouvrier à effectuer des tâches mécaniques et répétées.

De plus, le meilleur des mondes se caractérise par une surconsommation. Les individus sont amenés à consommer toujours plus. « Mieux vaut finir qu’entretenir », « Plus on reprise, moins on se grise » font partie des maximes répétées aux enfants pendant leur sommeil. L’économie devient une fin en soi destinée à occuper les personnes, plutôt qu’un moyen.

Avis personnel

Aldous Huxley possède un style très fluide, très facile à lire. Le lecteur est tout de suite plongé dans cet univers utopique grâce à des découpages proches d’une séquence cinématographique. En effet, les premiers chapitres sont composés d’une alternance de différentes scènes qui se déroulent simultanément. Cela donne l’impression au lecteur de suivre un film qui se déroule de scène en scène et de découvrir ainsi progressivement toutes les facettes de ce monde et des personnages. Une fois immergé dans ce monde, le style devient plus linéaire mais également plus dénonciateur avec notamment, à la fin de l’ouvrage, le long dialogue entre le grand Administrateur et John le Sauvage. La lecture de ce livre ne laisse pas indifférent, elle amène à la réflexion. En effet, même si ce livre date de 1932, il reste d’actualité. Bien que le fordisme et le taylorisme aient été remis en question ces dernières années et remplacés par le toyotisme, ils sont encore présents dans notre société. Les progrès de la médecine et de la biologie nous rapprochent de plus en plus de la réalisation possible d’une telle société. Un livre à lire pour nous redonner le goût de la liberté et nous montrer la chance que nous avons d’évoluer dans une société bien plus démocratique. Et pour nous prouver que l’absence de malheur n’induit pas la présence systématique du bonheur.

Coralie Gandar, 2ème année Edition-Librairie

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Published by Coralie - dans dystopies
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