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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 07:06








Philip K DICK,
Le maitre du Haut Château
,
The Man in the High Castle, 1962
traduit de l'américain par Jacques Parsons,
J’ai lu, 1974


















Résumé


Roosevelt assassiné, les forces de l’Axe ont remporté la guerre, divisant le monde en deux pôles dominés par les vainqueurs. Les Allemands, contrôlant l’Europe, continuent leurs génocides et leur quête de pureté génétique même après le décès d’Hitler, étendant progressivement le carnage à l’Afrique et partant à la conquête de l’espace. De l’autre côté de l’Atlantique, les Japonais dirigent le monde de l’Asie à l’Est des Etats-Unis asservis, imposant une culture fondée sur une législation omniprésente qui balise la société et détermine rigoureusement codes de conduite et classes sociales. Nous sommes en 1962, toute velléité de résistance a disparu, la propagande a parachevé son rôle de conditionnement de la pensée au point que les Américains sont persuadés pour la plupart de l’effective supériorité de leurs occupants. La vie dans le bloc japonais est rythmée par les oracles Yi-King à qui l’on confie de manière systématique les décisions importantes de son existence.

Et pourtant dans ce contexte de rigidité et de censure, les prémices d’une remise en cause du discours officiel (où la supériorité des vainqueurs est génétiquement établie, leur victoire, inéluctable) vont survenir grâce à un livre : La sauterelle pèse lourd. Un roman, une fiction, une uchronie dans l’uchronie qui laisse entrevoir aux personnages un monde où les Alliés ont gagné la guerre…

L’auteur, l’œuvre et Le maitre du haut château.

Philip K. Dick signe en 1962 avec Le maitre du Haut Château l’un de ses livres les plus reconnus par le public même en dehors des littératures de genre, il obtient le Prix Hugo en 1963. Il s’agit de l’une des plus grandes récompenses internationales pour les littératures de l’imaginaire. Ce prix est décerné tous les ans depuis 1953 par les membres de la convention mondiale de science-fiction. J.K. Rowlings, Frank Herbert, Orson Scott Card ont notammen
t été primés.

Que dire de cet auteur am
éricain prolifique ? Il est né en 1924 et publie sa première nouvelle en 1952. Mais cela ne dit rien de sa vie, de son œuvre, de ses études de philosophie avortées à cause de ses sympathies communistes qui justifient son renvoi de la faculté, dans une période où le maccartisme bat son plein. Cela ne dit rien de sa volonté d’être accepté comme un grand écrivain tout en n’écrivant « que » de la science-fiction. Une vie marginale, des mariages ratés, la mort de sa sœur jumelle, et la drogue, de plus en plus présente qui lui brouille l’esprit au point qu’il pense avoir des visions de l’avenir, des visions du passé. Le succès tarde à venir, il frôle le sectarisme, s’intéresse à la scientologie. Ses écrits arrivent trop tôt, trop pessimistes, trop paranoïaques pour la critique. Trop axés sur les dérives potentielles de notre société. La France parle de lui dans les années 70, ce sont les prémices de la reconnaissance. Et enfin, merci Hollywood, une adaptation, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques devient Blade Runner, et marque le début de la consécration dans son pays. Depuis, le cinéma a largement puisé dans ses nouvelles et récits la matière première de ses films de science-fiction en réaction au space opera, Minority Report, Total Recall, Pay Check, Next. Le maitre du Haut Château n’a pas, pour l’instant, fait l’objet d’un passage à l’écran.

Il y reconstitue un monde dont l’histoire s’est séparée de la nôtre lors de la mort de Roosevelt, et rend compte des effets sociaux, politiques, culturels qui découlent de la victoire de l’Axe. La plausibilité de ce monde fait penser au lecteur : « oui, cela aurait pu se dérouler de cette manière ». Chacun des protagonistes de l’histoire, un antiquaire soucieux de se faire accepter par l’élite japonaise aux Etats Unis, un juif caché qui va créer des bijoux insolites aux formes abstraites, une jeune femme fascinée par ce livre vendu sous le manteau qui remet en question la domination des nazis, permet au lecteur de découvrir cette société sous différents angles, en partageant les ennuis, les sentiments, la rancœur des personnages.

Comme beaucoup d’uchronies sur la Seconde Guerre mondiale cette histoire permet de s’interroger à nouveau sur les rapports vainqueur-vaincu, dominant-dominé, sur la légitimé d’un peuple à imposer sa culture à un autre, suite à une victoire militaire. Philip K Dick réinterroge notre histoire et notre société en nous parlant d’un monde qui n’a été séparé du nôtre que par la mort d’une personne, et qui en a été bouleversé.

Le cadre du récit est admirablement posé, chaque élément contribuant à donner un aspect réaliste à l’histoire. Cependant les différentes intrigues qui se nouent autour des personnages manquent de vivacité et en particulier celle ayant trait à ce mystérieux écrivain visionnaire, le maitre du Haut Château. Et si l’on attend tout de même ardemment le dénouement, on ferme le livre déçu de n’avoir eu, en lieu et place du feu d’artifice attendu, qu’une petite étincelle.


Manon Picot, 2ème année Edition-Librairie

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Published by Manon - dans Uchronies
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commentaires

Manon 08/04/2009 18:20

Bonjour, je suis contente de voir que mon article a retenu votre attention ; pour la biographie de l'auteur j'ai utilisé les informations biographiques données par la préface d'Ubik, le scénario chez Moutons électriques. Je ne manquerai pas d'aller consulter votre blog, vos recherches doivent être très intéressantes. Cordialement, Manon

Jérémy Zucchi 05/04/2009 11:29

C'est toujours un plaisir de lire des critiques des oeuvres de Philip K. Dick! ;-) J'ai quelques commentaires à écrire, désolé si je suis un peu pointilleux, mais je fais justement un mémoire de master 2 sur les adaptations au cinéma des oeuvres de Dick, donc naturellement...
Pour ma part, je pense que c'est cette "petite étincelle" qui rend le roman poignant. Il n'y a pas de résolution satisfaisante, et on a le sentiment que les personnages sont condamnés à rester dans ce monde dominé par les nazis, tout en connaissant (et c'est ça le plus terrible et le plus bouleversant) l'existence d'un autre monde. C'est un livre que j'ai bien plus apprécié la seconde fois que je l'ai lu. J'ai vraiment découvert ses niveaux multiples, je n'attendais plus ce "grand final" qu'on peut regretter à la première lecture. Dick l'avait écrit d'ailleurs, mais il a préféré terminer son roman sur une note plus intimiste.
Vous avez parlé d'étincelle, et ça tombe bien, car l'étincelle est un motif très important dans l'oeuvre de Philip K. Dick, comme j'ai essayé de le montrer dans un article de mon blog sur la lumière dans deux passages du "Maître du haut-château" et de "Substance mort" :

http://jeremy-zucchi.over-blog.com/article-28115386.html

Vous dîtes qu'il a été intéressé par la scientologie, est-ce que vous pouvez m'indiquer la source de cette information? Autre remarque, concernant la photo: on dirait le robot fait récemment à l'image de Philip K. Dick, n'est-ce pas? Dick avait bien plus de vie sur les photos ! ;-)

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