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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 08:07







Yasmina REZA
« Art », in Théâtre

Paris : A. Michel, 1999
Le Livre de poche, 2007














Quelques éléments biographiques et bibliographiques

Née le 1er mai 1959 à Paris d’un père ingénieur juif mi-russe mi-iranien et d’une mère violoniste hongroise, Yasmina Reza est actrice, romancière et auteur dramatique.

Elle décroche son bac à 16 ans et suit des études de théâtre et de sociologie à Nanterre où elle obtient une licence en 1978.

En 1987, elle reçoit un premier Molière (meilleur auteur) pour sa pièce Conversations après un enterrement, influencée par le théâtre de Nathalie Sarraute.

En 1995, elle reçoit deux Molières (celui du meilleur auteur et celui du meilleur spectacle privé) pour sa pièce « Art », créée un an plus tôt et mise en scène par Patrice Kerbrat. Interprétée par Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini à la Comédie des Champs-Elysées, ce sera son premier grand succès, qui plus est un succès mondial. Le livre est traduit en 35 langues.

En janvier 2008, elle met en scène sa dernière pièce intitulée Le dieu du carnage.

Elle a également publié quelques romans et récits, comme Nulle part en 2005.

Un ouvrage en particulier a beaucoup fait parler d’elle, même s’il lui a valu de virulentes critiques de la presse : L’aube le soir ou la nuit, qui raconte sous forme de livre-enquête la conquête de l’Elysée par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007.

Elle a également écrit quelques scénarios, a joué dans des pièces de théâtre et fait quelques apparitions au cinéma.

Tous les livres de Yasmina Reza sont actuellement traduits dans une trentaine de langues et ses pièces sont jouées dans le monde entier.


La pièce « Art »

Synopsis

 

Marc est invité par son ami Serge à venir voir le nouveau tableau qu’il s’est acheté : un monochrome blanc. Marc, complètement atterré par cet achat, va retrouver leur ami commun, Yvan, pour lui faire part de son incompréhension et connaître son avis. Yvan ira lui-même voir le tableau pour se forger une opinion. S’ensuivra toute une discussion autour de cette oeuvre, et qui ira plus loin même que la question de l’art, puisque c’est l’amitié entre les personnages qui est en jeu.

Les personnages

La pièce comporte trois personnages, trois amis quadragénaires, et au milieu, le tableau blanc qui joue un rôle à part entière.

Ce sont, par ordre d'apparition sur scène, Marc, Serge et Yvan.

Marc

De condition aisée, en couple avec une certaine Paula, il connaît Serge depuis 15 ans. Ce dernier le présente au début de l’œuvre comme ceci :

« Mon ami Marc, qui est un garçon intelligent, garçon que j’estime depuis longtemps, belle situation, ingénieur dans l’aéronautique, fait partie de ces intellectuels, nouveaux, qui, non contents d’être ennemis de la modernité en tirent une vanité incompréhensible. Il y a depuis peu, chez l’adepte du bon vieux temps, une arrogance vraiment stupéfiante. »

Marc est rationnel et reste sceptique face à l’art contemporain. Il donne son point de vue sans aucune retenue à Serge : « C’est une merde. »

Serge

Snob extravagant qui fréquente le monde de l’art, Serge est divorcé de Françoise et a deux enfants. Marc en parle en ces termes :

« Mon ami Serge est un ami depuis longtemps. C'est un garçon qui a bien réussi, il est médecin dermatologue et il aime l'art. » … « Un garçon aisé mais qui ne roule pas sur l'or. Aisé sans plus, aisé bon. »

Yvan

Yvan est le médiateur, toujours prêt à éviter un conflit. Il a le sentiment d’avoir raté sa vie et est rongé par son futur mariage (qui doit avoir lieu dans 15 jours) avec Catherine, la nièce de son nouveau patron. Il se présente tout seul :

« Je m’appelle Yvan. Je suis un peu tendu car après avoir passé ma vie dans le textile, je viens de trouver un emploi de représentant dans une papeterie en gros. Je suis un garçon sympathique. Ma vie professionnelle a toujours été un échec et je vais me marier dans quinze jours avec une gentille fille brillante et de bonne famille. »

Pour Marc, « Yvan est un garçon tolérant, ce qui en matière de relations humaines est le pire défaut. »


Thèmes

L’Art


Beaucoup de gens ont vu dans cette pièce une critique de l’art contemporain. C’est surtout la valeur de l’art qui est remise en question par Marc, choqué du prix de l’œuvre : 200 000F. L’œuvre est réduite à sa valeur monétaire, il n’en juge pas la valeur intrinsèque. Dans cette pièce, ce sont en fait les pratiques culturelles de la classe aisée qui sont mises à mal, mais la critique est surtout centrée sur l’intolérance envers ce que l’on ne comprend pas.

L’Amitié

C’est le véritable sujet de la pièce. Yasmina Reza nous dépeint une amitié passionnée, intransigeante et douloureuse. On comprend que ce qui ennuie Marc, finalement, ce n’est pas que Serge ait acheté un tableau mais qu’il ait trouvé un autre objet d’admiration que lui. Marc lui reproche de faire passer sa passion pour l’art avant leur relation et explicite sa conception de l’amitié :

« … J’aimais ton regard. J’étais flatté. Je t’ai toujours su gré de me considérer comme à part. J’ai même cru que cet à part était de l’ordre du supérieur jusqu’à ce qu’un jour tu me dises le contraire. »

« Je cherche désespérément un ami qui me préexiste. Jusqu’ici, je n’ai pas eu de chance. J’ai dû vous façonner… Mais tu vois, ça ne marche pas. »

Structure

La pièce est composée de nombreuses séquences, organisées de façon rigoureuse en deux parties principales. Dans un premier ensemble, on observe des scènes de duos (Serge et Marc / Yvan et Marc / Serge et Yvan / Marc et Yvan / Serge et Marc) qui prennent chaque fois pour objet celui qui manque, et qui sont entrecoupés par des apartés.

Dans un deuxième bloc, on a une longue scène avec les trois personnages : il n’y a plus d’intervention monologique détachée comme avant.

Puis, une séquence finale regroupe trois brèves conclusions sous forme de trois monologues.

Les monologues dans la pièce coupent le dialogue, qui se transforme au fur et à mesure en querelle, et semble d’emblée voué à l'échec. Cela empire lors de l’entretien entre les trois amis, entraînés dans une sorte de spirale dont il n’arrivent plus à se sortir. Yvan, au milieu, tente d'arbitrer le conflit mais ne fait que l'envenimer davantage, malgré lui. Le pauvre est pris comme bouc émissaire :



SERGE. Tu nous fous la soirée en l’air, tu…

YVAN. Je vous fous la soirée en l’air ?!

SERGE. Oui.

YVAN. Je vous fous la soirée en l’air ?! Moi ?! Moi, je vous fous la soirée en l’air ?!

MARC. Oui, oui, ne t’excites pas !

YVAN. C’est moi qui vous fous la soirée en l’air ?!!…

SERGE. Tu vas le répéter combien de fois ?

YVAN. Non mais répondez-moi, c’est moi qui fous la soirée en l’air ?!!…

MARC. Tu arrives avec trois quarts d’heure de retard, tu ne t’excuses pas, tu nous soûles des tes pépins domestiques…

SERGE. Et ta présence veule, ta présence de spectateur veule et neutre, nous entraîne Marc et moi dans les pires excès.


La tension monte jusqu’à son paroxysme : Serge et Marc finissent par en venir aux mains et c’est Yvan qui prend malencontreusement le coup, ce qui met fin au pugilat et donne lieu à des explications.

Le moment fort de la pièce arrive avec l’acte symbolique de Serge qui veut prouver à Marc que son amitié compte plus que son achat et cela passe par le sacrifice du tableau qui sera défiguré, dans une scène très drôle, par Marc.

La structure est stricte : la dernière scène fait écho à la première : c’est Marc qui entame la pièce par un monologue, et c’est sur un monologue de Marc qu’elle s’achève également. La boucle est bouclée. Mais entre temps il a changé.

Voici ce qu’il dit au début de la pièce :

« Mon ami Serge a acheté un tableau.
C’est une toile d’environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux. »



Et voici son interprétation finale, somme toute poétique :

« Sous les nuages blancs, la neige tombe. On ne voit ni les nuages blancs, ni la neige. Ni la froideur et l’éclat blanc du sol.
Un homme seul, à skis, glisse.
La neige tombe.
Tombe jusqu’à ce que l’homme disparaisse et retrouve son opacité.
Mon ami Serge, qui est un ami depuis longtemps, a acheté un tableau.
C’est une toile d’environ un mètre soixante sur un mètre vingt.
Elle représente un homme qui traverse un espace et qui disparaît. »


Joëlle, AS BIB-MED.


Pour voir un extrait de la pièce dans la mise en scène de Gilles Kerbrat :

 






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Published by Joêlle - dans théâtre
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commentaires

valentine 29/10/2015 22:03

Merci d'avance

valentine 29/10/2015 22:02

Quel sont les procédés littéraires remarquable? Quel est la visée de l'auteur? Quel est le vocabulaire clef ? Le contexte historique ? La réception de l'œuvre?

Malo Guiard 06/04/2016 11:18

Pour comprendre l'interet de cette oeuvre, il faut se mettre dans le contexte d'une grande différence entre l'art moderne qui est apparu à XXIème siècle et l'art ancien du XVIII qui devait avoir un nombre de détails plutôt conséquents tandis que ici on peut voir un art particulièrement simpliste et pour de non connaisseur, à la limite de l'absurde. L'auteur cherche à nous faire comprendre que malgré le manque de détails et la vision si futile des personnes qui n'ont pas le sens de l'analyse direct, l'art d'aujourd'hui est toujours aussi répandue et flou dans le coeur des gens. Il faut percevoir cette oeuvre d'un oeil dénonciateur car on voit tout a fais ici que l'auteur dénonce le fais de l'ignorance de certains.

Cette m'a réponse est retardative mais j'espère qu'elle t'aidera

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